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Au coeur du Vieux-Québec, la maison des Taschereau

3 octobre 2016 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Un vieux dicton dit que les chats ont neuf vies. Il en est souvent ainsi pour les maisons de notre Vieux-Québec. Le restaurant Le Continental occupe depuis 60 ans une maison patrimoniale qui ne manque pas d’intérêt. Pendant fort longtemps, les badauds et passants l’appelèrent « la maison des Taschereau ».

Une belle maison dans une rue prestigieuse

Au temps du gouverneur Frontenac, la rue Saint-Louis était déjà devenue la rue résidentielle la plus prestigieuse de la partie haute de la ville. Cette artère, qui partait du château du gouverneur, avait été nommée en l’honneur du roi des croisades, le bon saint Louis. Et c’était avec beaucoup de pompes qu’on célébrait chaque année la Saint-Louis à la cathédrale, puisqu’il était le saint patron du roi de France. Et les rois Louis Xlll, Louis XlV, Louis XV et Louis XVl se succédèrent comme souverains de la Nouvelle-France.

À compter du début des années 1800, avec l’installation du palais de justice à l’angle de la place d’Armes, de nombreux avocats s’établirent dans la rue Saint-Louis. C’est ainsi que la maison qu’occupe de nos jours le restaurant Le Continental fut construite en 1844 pour l’avocat Jean-Thomas Taschereau. Ce dernier, qui avait alors 30 ans, emménagea dans la nouvelle maison avec sa jeune épouse, Louise-Adèle Dionne, fille du seigneur Amable Dionne, et leur premier enfant.

Jean-Thomas Taschereau était, lui aussi, fils de seigneur. Il avait vécu son enfance au manoir de Sainte-Marie de Beauce. Il avait découvert Québec en tant qu’élève au Petit Séminaire où, dit-on, il se distingua. Puis, comme ce fut le cas de bien des Taschereau, il se mit à l’étude du droit. Il fut clerc chez un de ses cousins, puis fut admis au Barreau en 1836.

Le distingué juge Jean-Thomas Taschereau (Photo tirée du livre Les juges de la province de Québec de Pierre-Georges Roy, 1933.)


Une maison bien vivante

Heureusement que le jeune avocat Taschereau s’était fait construire une grande maison. Cinq enfants naquirent de son premier mariage. Puis sept enfants s’ajoutèrent avec son deuxième mariage. Sa seconde épouse, Marie-Joséphine Caron, avait grandi rue Saint-Louis, où s’était établi son père, le solide et costaud avocat René-Édouard Caron, qui fut maire de Québec. Cette Marie-Joséphine était dotée d’une belle voix. C’est d’ailleurs elle qui fut la première personne au Canada à chanter le solennel Minuit, chrétiens lors d’une messe de minuit.

Un mondain juge savant

Avec ses lourds dossiers sous le bras, Jean-Thomas Taschereau prit coutume de marcher les quelques pas qui séparaient sa maison du palais de justice. Ses talents et sa bonne réputation lui valurent de devenir juge en 1855, ainsi que professeur à temps partiel à compter de la même année à l’Université Laval. À sa maison, alors que son bureau était chargé de bouquins, son salon était accueillant et joyeux. Un journaliste de l’époque disait de notre juge Taschereau qu’il « réunissait deux qualités qu’on croit souvent, à tort, incompatibles : c’était un travailleur acharné, en même temps qu’un homme du monde des plus aimables ». Et il concluait : « C’était un vrai plaisir de le rencontrer en société. » En cela, il était bien différent de son célèbre frère, l’austère cardinal Taschereau. De surcroît, la politique les séparait, le juge étant conservateur, le cardinal libéral.

En 1878, notre juge Taschereau fut élevé à l’éminente position de juge de la Cour suprême du Canada. Mais sa santé se fit de plus en plus frêle et les périples à Ottawa, de plus en plus épuisants. Il prit sa retraite en 1888. Il termina sa vie dans sa maison de la rue Saint-Louis où il mourut en 1893, l’année même où l’on inaugurait, pas très loin, le château Frontenac. Le journal L’Événement lui rendit le plus bel hommage que l’on peut rendre à un juge en soulignant qu’il avait toujours eu la confiance de ses concitoyens « pour la droiture invariable de ses décisions ».

 

 

 

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