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De Beauport à Windsor, Shania Twain suit sa route

27 mai 2015 - Par Jacques Noël

Gagnante de cinq Grammy Awards, neuf Billboard Awards et 12 prix Juno, la reine de la country music canadienne ne l'a vraiment pas eu facile.

Fille de Clarence Edwards et de Sharon Morrison (1945-1987), Eilleen Regina Edwards (Shania Twain) a vu le jour dans une salle d'accouchement enfumée (le « doc » a offert une cigarette à Sharon après l'accouchement !) le 28 août 1965, à Windsor. Ses parents avaient quitté le nord de l'Ontario pour une vie meilleure dans la ville canadienne de l'automobile.

e Clarence, Marie-Régina Benson (1910-1997), qui a donné son prénom à la chanteuse, est d'origine canadienne-française. Elle est la fille de Joseph Benson (Anthony Benson et Angélique Mondoux) et d'Emma Bray (Olivier Bray et Adèle Denis). Les Bray venaient de Saint-Polycarpe, et les Mondoux, de Coteau-du-Lac au Québec.

Eilleen a failli avoir un père franco-ontarien comme sa sœur aînée. À 17 ans, Sharon était tombée enceinte de Gilbert, un francophone de Sturgeon Falls. Un accident d'auto l'a fauché quelques semaines avant le mariage. Jill, nommée en mémoire de son père, naîtra au printemps 1963. À l'automne de 1964, Sharon rencontre Clarence dans un bar de Sudbury. Clarence l'amène à Windsor où il bosse pour Chrysler. Mais le mariage ne tient pas longtemps. Sharon le quitte en catastrophe avec Jill, Eilleen et Carrie Ann (née en 1967) sous les bras ; elle se réfugie chez sa mère, Eileen Pearce-Morisson (1911-1972) à Timmins.

Mère de trois jeunes enfants, à 22 ans seulement, Sharon se remarie avec Jerry Twain, un Ojibwé de 20 ans. Eilleen Regina Edwards devient Eilleen Twain. Les temps sont durs pour la jeune famille recomposée. On manque de nourriture et de vêtements chauds pendant les hivers glaciaux, dans un logement trop petit ou une maison sans chauffage. Les Twain galèrent de ville en ville. À Sudbury, une ville minière à moitié francophone comme Timmins, les voisins canadiens-français suscitent l'envie de la jeune Eilleen, qui souffre énormément dans sa famille violente et dysfonctionnelle. « Je trouvais que leur mère prenait bien soin de sa famille. J'étais en mesure de dire qu'elle était une bonne cuisinière uniquement aux délicieux arômes des plats qu'elle préparait et qui voyageaient de leur petite maison jusqu'à notre appartement. » Pour subvenir aux besoins de la famille qui compte maintenant cinq enfants, Eilleen commence à chanter à huit ans dans les bars enfumés, de minuit à deux heures du matin (pas encore de DPJ dans le nord de l'Ontario...). « Ma mère vivait pour ma carrière. Quand je chantais, elle devenait émotive et, souvent, les larmes lui montaient aux yeux. Elle savait que j'avais du talent et elle vivait avec l'espoir que mes capacités seraient pour moi une chance de m'en sortir mieux. »

Bourg de Fargy de Beauport, en 1965, là où a habité l’un des ancêtres de Shania Twain, René Dubois. Source : leveillee.net/ancestry/CarteFargy1665.htm


À 17 ans, de retour à Timmins, elle fonde le groupe Longshot avec quatre musiciens : Rick Dion, Guy Martin, Mike Mitchell et Mike Chabot. Elle joue toutes les fins de semaine au club de J.P. Aubé. Sa carrière émerge autour de Franco-Ontariens. Mais le malheur frappe brutalement : le 1er novembre 1987, le Québec perd René Lévesque, et Eilleen Twain, ses deux parents dans un accident d'auto. La tragédie lui inspirera la chanson God Bless the Child.

À 22 ans, Eilleen doit interrompre sa carrière pour élever sa fratrie. Son chum, Paul Bolduc, un menuisier de Timmins, l'aide un peu à aménager la maison. « Quand ils (ses frères et sœurs) sont partis, je me suis sentie comme une femme de 45 ans dont les enfants sont partis à l'université. J'avais ma vie entière à vivre maintenant. Je n'avais plus à cuisiner et faire le ménage pour tout le monde. Je n'avais plus de factures à payer à part les miennes. J'ai décidé que je voulais me lancer. »

Et pour la gloire, elle se lance. Elle part seule pour Nashville en 1992, où on lui a offert la possibilité de faire un premier album. Eilleen Twain devient Shania Twain : « Je suis ma route » en ojibwé. En 1997, Come on Over, son troisième album, est vendu à 40 millions d'exemplaires, un record mondial pour une chanteuse, record qui tient toujours et qui ne sera sans doute jamais battu en cette ère numérique. En 1999, l'Academy of Country lui décerne le titre de l'artiste de l'année, une première pour une non-Américaine.

Marquée profondément par son enfance difficile qu'elle n'a jamais oubliée, la « p'tite fille » de Timmins, qui vit maintenant sur les rives dorées du lac Léman avec son nouveau mari (Frédéric Thiebaud, un Suisse roman), a mis sur pied une fondation (Shania Kids Can) qui vient en aide aux élèves qui ont des problèmes à la maison. « Je me suis juré très tôt dans la vie qu'un jour, j'aiderais les enfants comme moi à faire face aux difficultés et à s'en sortir en dépit de tous ces inconvénients. »

DE BEAUPORT À WINDSOR

Originaire de Poitiers, René Dubois dit Brisebois (1639-1699) débarque à Beauport en 1658 : le seigneur Giffard lui a concédé une terre dans le Bourg-de-Fargy. Permutation des deux syllabes de Giffard, le petit bourg, qui donne sur le fleuve, s'étend entre la rivière Beauport et la rue Pie-XII. C'est le cœur du Vieux-Beauport actuel. Giffard avait fait construire un imposant manoir ainsi que deux moulins le long de la rivière.

En 1665, René épouse Anne-Julienne Dumont (1646-1704), une Fille du roi qui lui donnera 10 enfants. La famille déménage à Cap-de-la-Madeleine en 1681 ; René mourra à Batiscan en 1699. Son fils Jean-François (1668-) s'établit à Pointe-Claire. Il fera deux voyages dans l'Ouest en 1701 et 1702, croisant certainement de nombreux Ojibwés (les Français les appelaient les Saulteux) qui occupaient, et occupent toujours, toute la région autour du lac Supérieur.

La virée en canots d'écorce, de Montréal à la Rivière-Rouge (Saint-Boniface), aller-retour, le même été, relevait de l'ultratriathlon quotidien ! Quarante coups de rames à la minute, huit à dix heures par jour, sous la pluie, le vent, le froid, le soleil brûlant. Des nuits à dormir à la belle étoile, à se faire dévorer par les moustiques. Des portages à n'en plus finir avec 30 kilos sur le dos. Fallait être fait vraiment fort ! Mais la paie était bonne : trois fois celle d'un chirurgien, 10 fois celle d'un soldat.

Les Brisebois prospéreront dans l'ouest de l'île de Montréal pendant un siècle et demi jusqu'au départ de Moïse (1852-1929) pour l'Ontario. Sa fille Élizabeth est l'arrière-grand-mère de la reine de la musique country canadienne.

 

LIGNÉE DES BRISEBOIS DE LA FAMILLE DE SHANIA TWAIN
EDWARDS, Clarence
MORRISON, Sharon (1945-1987)
m. 1964
 
MORRISON, George Bertram (1906-)
PEARCE, Eileen (1911-1972)
m. ?
 
MORRISON, James Bertram (1874-)
BRISEBOIS, Elizabeth 
m. 28 mars 1900, Nipissing, Ontario
 
BRISEBOIS, Moïse (1852-1929)
FIRMIN, Ester-Anne (1856-1926)
m. 16 juillet 1882, Peterborough, Ontario
 
BRISEBOIS, Eusèbe (1828-)
CHARBONNEAU, Zoé (1826-1861)
m. le 11 novembre 1851, Saint-Timothée, Beauharnois
 
BRISEBOIS, François-Xavier (1800 ?)
ROBILLARD, Euphronsine (1803-)
m. le 5 octobre 1824, Sainte-Anne-de-Bellevue
 
BRISEBOIS, Augustin (1765-)
ST-AMAND, Agnès (1772-)
m. 10 novembre 1788, Sainte-Geneviève, Pierrefonds
 
BRISEBOIS, Jean-Baptiste (1727-)
BEAULME, Agathe (1736-1777)
m. 19 février 1753, Pointe-Claire
 
BRISEBOIS-DUBOIS, René (1699-1786)
LANTHIER, Angélique (1704-1764)
m. 28 mai 1725, Pointe-Claire
 
DUBOIS dit BRISEBOIS, François (1668-1710 ?)
VINET, Cunegonde (1674-1760)
m. 31 août 1693, Montréal
 
DUBOIS dit BRISEBOIS, René (1639-1699)
DUMONT, Anne-Julienne (1646-1704)
m. 25 novembre 1665, Québec

 

 

 

 

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