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Essai routier de l’Alfa Romeo 4C -Hardcore

6 juillet 2016 - Par Frédéric Masse

Il y a très peu de voitures sans compromis dans l'industrie automobile actuelle. À travers les groupes témoins, les sondages, la sophistication, les simulations... le profit aseptise trop souvent le produit final. Visiblement, le processus de création de l’Alfa Romeo 4C, porte-étendard de la renaissance de la marque italienne en Amérique du Nord, aura été tout autre. Je ne me souviens plus avoir essayé une voiture si radicale. En fait, oui... peut-être une moto sport ou encore, une Lotus. Je vous raconte. 

Un seul objectif : poids plume

Je vous avertis. Au premier abord, à moins d'être un fervent de voitures de course, vous détesterez la 4C. Je vous le dis. À l’exception de sa ligne extérieure spectaculaire (qui amène son lot de WOW, de pouces en l'air et de questions au centre commercial), elle ne fait initialement rien pour se faire aimer. Elle est sauvage. Déjà, monter à bord est un exploit, tout comme en sortir d'ailleurs... exactement comme dans une voiture de course. Les baquets, hyper-ajustés, surprennent, tout comme dans une voiture de course. Puis, on met le moteur en marche avec une clé. Oui, une clé. Pas de bouton. Pas de directives spéciales. Pas de tableau de bord chargé d'indications. Une simple clé. Un immense vroom, que dis-je, une explosion fait augmenter le rythme cardiaque instantanément ! Pas nécessairement que le son du quatre cylindres turbo de 1,6 litre soit le plus agréable au ralenti, mais on le dirait carrément logé dans l'habitacle (ce qui n'est pas faux, d'ailleurs, avec sa position centrale)... tout comme dans certaines voitures de course… Vous me voyez venir sans aucune subtilité, hein ? Le hic, c'est qu'il pleut. Tous les défauts de la voiture sont alors exacerbés... comme une voiture de course. Tout me sort de ma zone de confort : la direction sans assistance (qui demande réellement un effort dans les stationnements), les pneus qui adhèrent peu sur la chaussée mouillée, la visibilité arrière difficile, les accélérations trop brutales qui font décrocher le train arrière, le son hurlant du moteur, l'intérieur minimaliste... En un mot, ma première demi-heure au volant fut tout sauf agréable.

Prise 2

En soirée, le temps tourne. Le soleil assèche l'asphalte et le réchauffe. Il est temps de sortir la bête. C'est là que je découvre la bipolarité de la 4C. Elle n'a pas seulement l'air d'une voiture de course, elle l'est ! Une fois ses pneus réchauffés, elle adhère au bitume d'une manière extrême. Elle est stable, compacte, solide. Sa petite taille, son petit poids, sa répartition des masses, ses roues (18 pouces à l'avant et 19 pouces à l'arrière) placées aux quatre extrémités lui permettent d'entrer dans des zones réservées aux exotiques... ou aux voitures de course. C'est sidérant ! Même lorsqu'elle décroche, elle le fait de manière si instinctive que les dérapages vous arrachent un sourire instantanément. Ne vous méprenez pas toutefois : une fois tous les systèmes d'assistance supprimés (et même avant, parfois), l'italienne peut mordre, même les chauffeurs plus expérimentés. 

Son volant, une fois en mouvement, vous connecte directement à la route. Ne cherchez pas une sensation comme dans les voitures assistées ; laissez-la plutôt travailler et elle se transformera en vrai missile. Cette direction permet notamment d'aborder les courbes et les virages sans avoir à croiser vos mains (du moins, dans 90 % du temps). La moindre sensation transmise par le bitume se rendra à vos doigts. C'est hallucinant ! Puis, j'appuie à fond. Une avalanche de vroom, de sons de turbo, de vibrations de pot d'échappement se rendent jusqu'à mes oreilles. En moins de 4,5 secondes, vous aurez atteint 100 km/h à partir de l'arrêt. Ses 238 chevaux et ses 258 livres-pieds de couple à 2 200 tr/min suffisent amplement au petit poids plume de 925 kilos. À titre de référence, elle mesure près de 20 pouces de moins qu'une Porsche Cayman ! Pas surprenant qu'elle lui retranche pratiquement une seconde au 0-100 km (4,1 secondes contre 5,3 secondes).

Puisque cette Alfa est extrême, il en est de même pour son châssis monocoque tout fait de fibre de carbone, qui ne pèse que 65 kilos... Une exclusivité dans la catégorie, qui est normalement réservée aux voitures exotiques coûtant des milliers et des milliers de dollars de plus. Idem pour sa transmission à double embrayage à six rapports (avant que vous le demandiez, non, il n'y a pas de transmission manuelle) que l'on peut évidemment laisser travailler seule, en appuyant sur le bouton a/m, ou se transformer en pilote, en appuyant sur le bouton 1, et utiliser les palettes derrière le volant. J'avais d'ailleurs entendu de bien mauvaises choses à propos de cette transmission. N'en écoutez rien, cette dernière travaille bien et relativement en douceur. Les détracteurs ne sont visiblement pas des habitués de voitures sport. 

Au freinage, le poids plume a un impact direct sur les performances. Munie de Brembo aux quatre roues, elle freine, que dis-je, elle stoppe en un instant ! Il vous faudra 35 mètres pour faire le 100-0 km/h. Elle éclipse, là encore, des exotiques. 

Dans l'habitacle, le compromis n'existe toujours pas. Il n’y a pas d'espace de rangement réel et, à l’exclusion d’un petit porte-gobelet (dans lequel mon cellulaire n'entre pas), de même qu'un minuscule petit espace situé entre les dossiers de bancs, vous ne trouverez aucun endroit pour déposer votre bataclan. C'est agaçant, mais purement esprit de course. Pour ce qui est du coffre, il est à l'arrière et, devinez quoi, il est minuscule. Ne pensez pas vous rabattre sur l'avant comme dans une Porsche. Le capot est fixé. Alors, pour une plus longue escapade, on repassera. Les sièges, eux, sont parfaits pour la fonction. Pas nécessairement les plus confortables, mais ô combien soutenants ! La finition ? Correcte. On y voit beaucoup de carbone visible de la construction monocoque. L'esprit est minimaliste, extrême pour une raison simple : le poids. Visiblement, les ingénieurs en ont fait une véritable obsession !

Comme vous avez pu le lire, la belle petite Alfa Romeo fait dans le hardcore. On l'achètera donc pour ce qu'elle est, c'est-à-dire parce qu'elle offre une expérience qui se rapproche de celle d'une voiture de course. Son poids minuscule, sa taille, sa conception, l'utilisation d'un châssis monocoque en carbone, la non-convivialité… elle est, en quelque sorte, la moto des voitures. Pour près de 80 000 $, vous pourrez certainement vous offrir bon nombre de bagnoles sportives et elles seront toutes plus civilisées. Ou, vous pourrez opter pour la 4C et :

  • 1) obtenir des accélérations dignes de certaines exotiques qui vous demanderont 100 000 $ de plus sans aucune gêne ;
  • 2) profiter d’une conduite et d’une expérience globale dignes d’une voiture de course ;
  • 3) vous faire remarquer comme si vous conduisiez une Lamborghini ou une Ferrari ;
  • 4) profiter d'une expérience et d'une offre uniques dans l'industrie ;
  • 5) consommer peu d'essence pour une voiture de ce type ;
  • 6) rouler dans une exotique italienne.

Il faut savoir ce que l'on veut. Extrême ou pas ? Moi, j'ai adoré lors de ma courte expérience. Pour plus de civisme, la Porsche Cayman ou encore la Jaguar F-Type vous attendent dans le détour. Chose certaine, si vous en faites l'essai, ne vous fiez pas à la première impression. La 4C est tellement sauvage qu'il faut du temps pour l'apprivoiser. Mais, une fois que vous l'aurez fait, elle vous récompensera amplement par son offre unique et exceptionnelle. 

Erratum
Un lecteur assidu me faisait remarquer que les mathématiques ne sont pas ma force. Dans l'essai de la Mercedes C 450 AMG du mois dernier, vous auriez dû lire que la répartition de la traction entre l'avant et l'arrière est de 67 % à l'arrière et 33 % à l'avant... Et non 23 %. Où était passé le 10 % manquant ? Probablement dans la calculatrice. Merci pour cette remarque, Michel Nadeau. 

 

 

 

 

 

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