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Gus Dorais - Celui qui a révolutionné le football

3 octobre 2016 - Par Jacques Noël

Une page importante de l'histoire du football s'est écrite à l'été 1913, sur la plage de Sandusky, en Ohio. Alors qu'ils travaillaient comme sauveteurs, Gus Dorais et son ami Knute Rockne ont développé la passe avant qui allait changer pour toujours la face du football.

Jusque-là, le football américain, enfant du rugby anglais, se jouait essentiellement au sol. Les passes étaient latérales, mais rarement par-dessus le bras. Ces dernières, permises seulement depuis 1906, étaient peu utilisées ; on les considérait, en fait, comme un truc (gimmick), une astuce peu sérieuse qu'on n’utilisait que dans les causes perdues, un peu comme le retrait du gardien de but en fin de troisième période au hockey, lorsqu'on perd par un ou deux buts.

Gus Dorais à l’Université de Notre Dame en 1913 (Source : findagrave.com)


S'inspirant du lancer au baseball ‒ sport bien américain, celui-là ‒, le quart-arrière Gus Dorais s'était pratiqué tout l'été sur la plage du lac Érié avec son pote Rockne, Norvégien d'origine, futur entraîneur de l'équipe de l'Université Notre Dame. À l'automne 1913, le duo était fin prêt pour le grand jour.

Le 1er novembre, Notre Dame affronte la puissante et nettement supérieure équipe de l'Armée américaine à West Point. Dorais terrorise la défensive de l'Armée avec son arme secrète, complétant 14 de ses 17 passes pour un gain total de 242 verges, un record qui tient toujours à ce jour. Une des passes atteint les 40 verges ; un record évidemment pour l'époque. Notre Dame humilie l'Armée 35 à 13. Le football ne sera plus jamais le même.

Kunte Rockne : ce coéquipier qui assurera à Dorais d'écrire son nom dans les livres d'histoire.


Dorais n'a pas inventé la passe avant, mais c'était la première fois que, dans un match important, on l'utilisait régulièrement, de façon aussi efficace. Jusque-là, aucune des grandes équipes établies comme l'Armée, Harvard ou Yale (les meilleures équipes du début du siècle étaient universitaires ; la NFL ne naîtra qu'une décennie plus tard) ne l’avaient encore fait. Il faut dire qu'une passe incomplète coûtait une punition de 15 verges et si elle échouait sans être touchée par le receveur, elle se soldait par la perte du ballon. L'idée de lancer le ballon par-dessus l'épaule, de façon spirale, était relativement neuve et très peu utilisée. Mais tout changea après l'exploit de Dorais, ce qui fit du Franco-Américain le père du football moderne. « On a maîtrisé la technique consistant à perdre le ballon avec les mains détendues et celle, plus difficile, consistant à l'attraper avec une main », a dit Rockne plus tard.

Le New York Times a publié un article sur l’exploit en novembre 1913.


En quatre ans à Notre Dame, le « petit général » de la mecque du football américain a maintenu une fiche de 24 victoires, une nulle et trois défaites. « Toute liste respectable des meilleurs quarts-arrières de l'équipe doit commencer par la dynamo sans peur, Gus Dorais », a écrit un journaliste à l'époque. Par la suite, Dorais a connu une longue carrière d’entraîneur, surtout à l'Université de Detroit (1925-1942) et pour les Lions de Detroit (1943-1947) dans la NFL. Il est mort le 3 janvier 1954 et a été introduit au Hall of Fame du football collégial la même année.

Gus Dorais en 1940


De Châteauguay à Chippewa Falls

Charles Émile (Gus) Dorais est né à Chippewa Falls, au Wisconsin, le 2 juillet 1891. Son père, Antoine Dolvida Dorais (1859-1911), venait de Châteauguay. Les Dorais y étaient établis depuis quatre générations, depuis 1766. L'ancêtre, Jean Doré, arrivé à Montréal vers 1730, était parti de la Charente-Maritime. Louis Dorais, le grand-oncle de Gus, a été député conservateur de Nicolet dans les années 1880.

Deuxième des 12 enfants de Thomas Avila (1832-1908) et de Mathilda Marcille (1837-1913), il semble qu'Antoine Dolvida ait émigré seul au Wisconsin avant 1880. À cette époque, Chippewa avait la plus grosse scierie au monde. Le village avait été fondé en 1797 par Michel Cadotte, fils d'un coureur des bois et d'une mère ojibwée. Sa femme, Malvina Murphy (1868-1956), née à Chippewa Falls, était la fille de John Murphy, né au Québec en 1836 de parents irlandais et mort à Chippewa en 1904, et de Marie Émilie Bonneville, née en 1836 à La Prairie, morte à Chippewa en 1902.

Journalier, Antoine ne fut pas un père modèle, abandonnant sa femme et ses trois enfants après une perte d'emploi, pour aller chercher l'aventure en Californie. Il est mort à Butte, au Montana, en 1911. Pour survivre, Mme Dorais fait des lavages, travaille comme sage-femme et pratique 36 métiers. Très tôt, Charles Émile brille dans les sports, surtout au football. Sa petite taille (5,7 pieds et 145 livres) l'empêche d’obtenir une bourse pour l'Université du Minnesota. En 1910, il s'inscrit à Notre Dame et se lie d'amitié avec Kunte Rockne, qui l’assurera d'écrire son nom dans les livres d'histoire.

Charles tient son surnom de Gustave Doré. Pendant un cours portant sur l'Enfer de Dante, le prof avait présenté le livre du grand classique italien illustré par Doré. En anglais, Doré et Dorais se prononcent de manière identique. C’en était assez pour que les étudiants appellent Dorais, Gus, diminutif de Gustave.

Décédé en janvier 1954, Dorais a été introduit au Hall of Fame du football collégial la même année.


Comme les parents de Gus étaient québécois, on peut penser que le père du football moderne parlait français, sans doute même avant d'avoir parlé anglais. Comme Jack Kerouac, un autre joueur de football qui, lui, a dû mettre fin à sa carrière à la suite d’une vilaine blessure à la jambe. Kerouac est devenu le père de la Beat Generation ; Dorais, le père du football moderne. Époustouflante, quand même, cette diaspora.

L’exploit de Gus Dorais et Knute Rockne (en anglais). 


LIGNÉE PATERNELLE DE GUS DORAIS

 

DORAIS, Antoine Dolvida (1859-1911)

MURPHY, Malvina (1868-1956)

Mariés vers 1884

 

DORAIS, Thomas Avila (1832-1908)

MARCILLE, Matilda (1837-1913)

m. le 25 octobre 1855, Saint-Urbain, Beauharnois

 

DORAIS, Léon (1804-1853)

LAMAGDELEINE, Félicité (1801-1882)

m. le 29 août 1825, Saint-Joachim, Châteauguay

 

DORAIS, Jean-Baptiste (1768-1813)

PRIMEAU, Marie (1773-1811)

m. le 5 décembre 1792, Saint-Joachim, Châteauguay

 

DORÉ, Jean-Baptiste (1741-1823)

REID, Marie-Anne (1743-1820)

m. le 7 janvier 1766, Saint-Joachim, Châteauguay

 

DORÉ, Jean (1701-1779)

RENAUD, Madeleine (1714-1773)

m. le 16 août 1731, Montréal


 

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