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La vieille maison où mourut Montcalm

6 novembre 2014 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Notre passante rue Saint-Louis fut longtemps la rue résidentielle la plus prestigieuse du Vieux-Québec.

On y voit d’ailleurs encore un bon nombre de distinguées maisons bourgeoises d’influence britannique, qui y furent érigées entre les années 1810 et 1850. Elles ont succédé à de vieilles maisons de la Nouvelle-France. Et l’une de ces dernières, la maison Arnoux, chargée d’histoire, est malheureusement tombée sous le pic des démolisseurs en 1893. Il ne subsiste qu’une seule photographie pour la garder vivante dans nos mémoires. Située du côté sud de la rue Saint-Louis, cette maison, au toit très pentu percé de lucarnes, faisait face à la rue du Parloir.

Le marquis Louis-Joseph de Montcalm (1712-1759)

Une maison de l’époque de Frontenac

C’était déjà une vieille maison lorsque le marquis Louis-Joseph de Montcalm vint s’installer à Québec en 1756 comme lieutenant général des troupes du roi Louis XV en Nouvelle-France. Le marquis, qui s’installa dans une maison de la rue des Remparts, eut souvent à se rendre rue Saint-Louis, où résidaient des familles de la noblesse et où madame Péan, la maîtresse de l’intendant François Bigot, tenait salon.

Montcalm fut reçu en des jours heureux dans la maison qui nous intéresse, celle du chirurgien-major quadragénaire André Arnoux, originaire de Saint-Paul-de-Vence, et de sa jeune épouse, Suzanne Levret, originaire de Toulon, qui avait 23 ans de moins que lui. Membre du Régiment de la Reine, Arnoux, après avoir servi dans des hôpitaux en France, avait longtemps été chirurgien à bord de navires de guerre et avait amassé une certaine fortune en vendant des médicaments. Les liens de Montcalm avec le couple Arnoux furent suffisamment grands pour qu’il acceptât d’être le parrain de l’un de leurs enfants, baptisé à la cathédrale de Québec.

La partie gauche de la maison du chirurgien-major Arnoux avait été construite en 1674 pour Charles Palantin, dit Lapointe, soit deux ans après l’arrivée à Québec du gouverneur Frontenac et la mort de Marie de l’Incarnation. Elle avait été érigée à la même époque que la maison Jacquet de la même rue Saint-Louis (qui abrite de nos jours le restaurant Aux Anciens Canadiens). La maison Arnoux avait été allongée du côté droit une vingtaine d’années plus tard. Et c’est ainsi que la connut Montcalm.

 

Les dernières heures de Montcalm

L’Angleterre du roi George II voulant s’emparer de la Nouvelle-France, la guerre faisait rage en Amérique. En 1758, le chirurgien-major Arnoux était avec les troupes de Montcalm lors de la bataille du fort Carillon (dans l’actuel État de New York). À l’été de 1759, la ville de Québec fut assiégée par l’armée britannique de James Wolfe. Y eut-il jour plus triste à Québec que cette journée du 13 septembre 1759, où se déroula la bataille des plaines d’Abraham ? À la fin de l'avant-midi, on vit le marquis de Montcalm, blessé au bas du dos, s'accrochant péniblement à son cheval noir et soutenu par trois soldats, revenir des plaines d'Abraham, franchir la porte Saint-Louis et descendre la rue Saint-Louis jusqu’à la maison du chirurgien-major Arnoux.

André Arnoux était absent, ayant suivi les troupes du commandant Bourlamaque qui défendaient le lac Champlain et la rivière Richelieu. C’est donc l’un de ses frères, vraisemblablement le chirurgien Blaise Arnoux (mais peut-être aussi l’apothicaire Joseph Arnoux), qui examina le marquis de Montcalm et se rendit bien compte de la gravité des blessures. Un projectile avait, à la hauteur des reins, brisé les os en éclats et déchiré les muscles et les organes internes. À Montcalm qui, avec lucidité, lui demandait combien de temps il pouvait espérer survivre à ses blessures, l’examinateur, qui ne doutait pas de sa science, répondit qu’il survivrait jusqu’à trois heures de la nuit !

Ayant à ses côtés son fidèle aide de camp Marcel, le marquis de Montcalm dicta et signa des lettres d’adieux à sa vieille mère, à son épouse et à ses enfants. Il avait 47 ans et allait mourir loin d’eux. Ignorant que James Wolfe était mort sur les plaines d’Abraham, il dicta une lettre à son intention, l’exhortant à être bon « pour nos malades et blessés ». Un prêtre vint lui administrer les derniers sacrements. Souffrant, mais conservant tout son esprit jusqu’à la fin, il mourut dans la nuit, à cinq heures du matin, ayant ainsi survécu deux heures au sombre pronostic qu’avait fait l’un des frères Arnoux. Ses obsèques furent célébrées par le vieux chapelain Resche des Ursulines et il fut inhumé dans la crypte de la chapelle des Ursulines (depuis 2001, son tombeau est dans un mausolée du cimetière de l’Hôpital Général).

 

Le destin de la maison Arnoux

Le chirurgien-major André Arnoux ne survécut pas même un an à Montcalm, décédant en 1760 à Montréal, où il avait suivi les troupes du chevalier de Lévis. Sa jeune veuve rentra en France avec leurs enfants. Dans les années 1790, la maison Arnoux fut occupée par l’atelier du talentueux sculpteur, peintre et architecte François Baillairgé. On a raconté qu’un illustre voisin, le prince Édouard (qui deviendra le père de la reine Victoria), s’arrêtait à la maison Arnoux pour voir l'évolution des œuvres de Baillairgé. En 1893, afin de rendre possible l'agrandissement des populaires écuries de louage de Patrick Campbell, les Frontenac Livery and Hack Staples, la maison Arnoux fut démolie. Plus tard, une maison fut construite sur le site au 20e siècle. Et sur la façade de cette nouvelle maison, on peut voir une plaque historique nous rappelant que se trouvait jadis à cet endroit la maison Arnoux où mourut Montcalm.

Sources des illustrations : A.J.H. Richardson, Quebec City : Architects, Artisans and Builders, Ottawa, 1984 ; L’enracinement. Le Canada de 1700 à 1760, Ottawa, 1985.  

 

 

 

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