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Y et Z : Les nouvelles générations qui bousculent les précédentes

31 octobre 2016 - Par Donald Charette

Scotchés à leur téléphone intelligent en permanence, ils sont indépendants, arrogants, gâtés, égoïstes, paresseux... Les générations récentes traînent avec elles des caractéristiques - certains diront des préjugés - qui en font des consommateurs ou des employés différents.

Le défi pour les entreprises, c'est de comprendre ce qui les anime et les motive. Stéphane Simard cherche à décoder ceux qu'on appelle les Y (grosso modo, les 21-30 ans qu'on désigne également comme les milléniaux) et la cohorte qui les suit, les Z (ils ont entre 13 et 21 ans). Enseignant, gestionnaire, conférencier, Stéphane Simard a publié en 2008 un livre, La génération Y, qui est devenu un best-seller. Il vient tout juste de sortir un nouvel essai intitulé La génération Z. Ce qu'il faut savoir pour en faire des employés ou des clients fidèles.

« Le syndicalisme, ça achève. Le jeune est allergique à la hiérarchie, il ne voit pas pourquoi il parlerait au délégué syndical quand il peut parler au patron directement. » - Stéphane Simard, enseignant, gestionnaire, conférencier et auteur des livres La génération Y et La génération Z. Ce qu'il faut savoir pour en faire des employés ou des clients fidèles.

Il nous livre ici certains constats. « Au départ, je me suis intéressé aux Y, parce que j'ai constaté dans ma pratique que beaucoup de gens sont malheureux au travail. Je voulais aider autant les gestionnaires que les jeunes. » Une petite mise en garde s'impose, dit-il : les différences sont individuelles et non générationnelles, et on ne peut classer tout le monde dans un groupe de façon automatique en raison de son âge.

Il affirme que ces Y et ces Z vont tout bouleverser. Ils ne parlent pas le même langage et ne communiquent pas de la même façon. Ils pensent que leurs appareils électroniques sont plus essentiels que leurs produits de soins personnels, ou même, que leurs vêtements.

Tant les Y que les Z veulent prendre part aux projets. « Ils ont toujours participé aux décisions avec leurs parents, que ce soit pour les vacances ou un déménagement. « Écoute ton boss », c'est dépassé, l'approche autocratique ne fonctionne pas. Ils veulent être challengés. On entend qu'ils ne veulent pas travailler : alors, c'est à l’employeur de leur donner le goût, de développer leur employabilité. Chaque emploi est gratifiant s’il les accompagne. Est-ce que son entreprise va les aider à grandir ? Si oui, ils vont rester et cela n'a rien à voir avec l'argent. Sinon, ils vont partir », explique le conférencier.

Il mentionne trois facteurs qui attirent un jeune dans une entreprise : l'ambiance générale, la flexibilité des horaires, la reconnaissance. Attention, précise ce dernier, l'ambiance, ce n'est pas nécessairement des 5 à 7 en groupe, mais plutôt la collaboration entre les employés (qu'ils vérifieront par l’entremise des commentaires sur des sites spécialisés). « Tu peux avoir de l'ambiance sans les bébelles alentour... Un baby-foot dans la cafétéria, ça ne règle pas tout. Le pire danger, c'est de tout faire pour plaire et de se dénaturer. »

En ce qui concerne la reconnaissance, il fait observer que des jeunes ont été élevés avec les jeux vidéo qui contiennent toujours plusieurs niveaux. Leur carrière doit donc progresser et peut prendre plusieurs formes. Elle n'est pas toujours linéaire et un jeune prévoit changer d'emploi régulièrement. Un jeune n'hésitera pas, par exemple, à lâcher un emploi pour prendre une année sabbatique afin de voyager ou terminer un MBA. Il mentionne le phénomène des slashers, souvent des pigistes, qui peuvent mener de front plusieurs emplois.

Ce n'est pas, par ailleurs, en faisant miroiter une retraite dorée que les entreprises vont combler un besoin en main-d’œuvre. La retraite, c'est un concept abstrait, et bien des Y ont vu leurs parents se tuer au travail et se taper des divorces ou des épuisements professionnels avant de se retirer du marché du travail.

Stéphane Simard, qui a mené une étude le printemps dernier auprès de 350 jeunes, note une différence entre les Y et les Z. « Le Y pense au “petit plaisir à moi”, le Z au “petit plaisir à nous” », un retour du collectivisme, en quelque sorte. Il ne faut pas en conclure pour autant que le syndicalisme va reprendre du poil de la bête.

« Le syndicalisme, ça achève, tranche l'auteur. Le jeune est allergique à la hiérarchie, il ne voit pas pourquoi il parlerait au délégué syndical quand il peut parler au patron directement. » Bonne nouvelle, par ailleurs, la génération Z a une fibre entrepreneuriale très développée.

Comment répondre aux besoins en consommation de ces nouveaux clients ? Leurs critères sont d'abord le rapport qualité-prix, puis l'expérience vécue et, enfin, le service et les commentaires d'autres acheteurs. La vente à pression les rebute et la pub, à répétition, les écœure tout simplement.

Stéphane Simard n'a aucun doute que ces nouvelles générations, en surfant sur les technologies, vont « sauver le monde ». Dans un environnement qui se dégrade, ils veulent s'engager et être de ceux qui vont trouver des solutions.


Y = 21-30 ans

Z = 13-21 ans


Une cassure de communication entre générations

Des données toutes fraîches du CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations) viennent confirmer une cassure dans la façon de communiquer entre les jeunes générations et les plus vieux, qui ont atteint l'âge « vénérable » de 45 ou 55 ans.

Les médias sociaux maintiennent leur inexorable progression. Tous les jeunes (96 %) fréquentent le Web sur une base régulière et la grande majorité (93 %) est active sur les médias sociaux. « On voit une différence entre les 18-34 ans et les 45 ans et plus, observe Guillaume Ducharme, directeur des communications du CEFRIO. Leur mode de communication principal n'est pas le téléphone fixe. C'est une génération qui a appris à communiquer avec une méthode électronique. » On parle ici de Messenger sur Facebook, de textos, de clavardage et de Skype.

Les médias sociaux maintiennent leur inexorable progression. Tous les jeunes (96 %) fréquentent le Web sur une base régulière et la grande majorité (93 %) est active sur les médias sociaux.

Facebook continue de dominer les plateformes sociales (88 %), suivi de YouTube (84 %). LinkedIn est fréquenté par 17 % des jeunes Québécois, tandis que le fil Twitter demeure un média de niche qui joint, par contre, les « relayeurs », les influenceurs de la société. Cette génération qui communique par l'image délaisse graduellement Snapchat et Pinterest, mais Instagram continue de croître.

Ces jeunes qui sont venus au monde avec Internet vont changer le marché du travail. « Accueillir cette génération, ça demande un changement de mentalité », ajoute Guillaume Ducharme, qui souligne que ce ne serait pas une mauvaise idée pour une organisation, à titre d'exemple, de bloquer Facebook.

On ne sera pas surpris d'apprendre que les jeunes s'informent principalement par l’entremise du Web et des médias sociaux, et qu'ils se présentent rarement à un comptoir bancaire (77 % de leurs opérations bancaires s'effectuent de façon électronique). Ils achètent davantage en ligne (46 %), mais ont moins d'argent à dépenser que les boomers. Le CEFRIO a remarqué que davantage de jeunes se connectent au Web au moyen d’un téléviseur (télé intelligente, console de jeu, lecteur multimédia).

Le CEFRIO estime que les entreprises québécoises accusent un retard en matière de commerce électronique, mais « qu'on est train de le rattraper ».


Quelques constats :

-Les jeunes se définissent par leurs champs d’intérêt et non par la géographie. Ils s'identifient à une communauté, les gamers par exemple.

-Les sujets les plus intéressants pour les Z : la santé, la technologie, l'éducation, l'environnement... la politique est loin derrière.

-Les communications anonymes telles que Snapchat, Secret, Whisper ou WhatsApp ébranlent le concept de vie privée.

-Avec les Z, le point de mire passe de « Me to We », car ils sont conscients de la complexité des solutions.

-Internet était un privilège pour les Y, un droit humain pour les Z.

-Les plus jeunes sont irrévérencieux, car leurs parents sont à leur service.

-Curieusement, ces jeunes ultrabranchés préfèrent faire leurs achats en personne, surtout les filles (96 %), pour évaluer la marchandise, de préférence dans un grand magasin.


Des données du CEFRIO

-78 % des 18-34 ans ont un téléphone intelligent ; 51 %, une tablette.

-Ils passent en moyenne 27,9 heures par semaine sur Internet, soit cinq heures de plus que le reste de la population.

-93 % des jeunes sont sur les médias sociaux.

-Les plateformes les plus populaires sont Facebook (88 %), YouTube (83 %) et LinkedIn (25 %).

-Pour communiquer avec leurs proches, les jeunes ont recours à la messagerie intégrée aux réseaux sociaux (77,1 %), suivie de près par la messagerie de leur mobile (75,6 %).

-Les jeunes s'informent d'abord sur les médias sociaux (69 %) et sur Internet (60 %). Les journaux joignent 32 % des jeunes.


 

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