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25 journées mémorables dans l’histoire de Québec

6 mai 2021 - Par Jean-Marie Lebel, historien

J’étais de l’équipage de Champlain qui débarqua à Québec le 3 juillet 1608 et qui entreprit la construction d’une habitation au pied d’un imposant cap. Depuis ce jour-là, je n’ai jamais quitté Québec. Aujourd’hui, en ce 1er mai 2021, cela fait donc 150 781 jours bien comptés. Il nous faut tenir le chiffre de nos jours. « Enseigne-nous à bien compter nos jours, nous rappelle le psaume 90, afin que nous appliquions nos cœurs à la sagesse ». Je fus connu sous divers noms et j’occupas maints emplois, mais je n’ai jamais quitté Québec. Et chaque soir, dans des carnets, j’ai pris soin de résumer le jour qui s’achevait. À l’occasion du 25e anniversaire du magazine Prestige, voici les récits de 25 journées dans la vie d’une ville si attachante.

1/ 19 mars 1624

Un céleste patron pour de laborieux humains

© Fonds Daniel Abel

Depuis la construction de la chapelle en 1615, proche de l’Habitation de Champlain, jamais n’y avait-on célébré avec tant de solennité une fête que celle de ce matin. En ce jour de la Saint-Joseph, nos missionnaires récollets ont consacré la colonie à bâtir à l’humble charpentier de Nazareth, faisant ainsi de saint Joseph notre saint patron. Dans le modeste temple, où il faisait encore froid en cette saison, étaient réunis la vingtaine d’habitants de Québec autour de notre fondateur Samuel de Champlain et de son épouse Hélène Boullé, âgée de 25 ans et d’au moins 30 ans la cadette de son illustre mari. J’ai cru entendre qu’à l’été elle retournera en France pour de bon. Assistaient aussi à la cérémonie l’apothicaire Louis Hébert et Marie Rollet, Guillaume Couillard et Guillemette Hébert, Abraham Martin et Marguerite Langlois ainsi que les autres pionniers.

2/ 5 février 1663

Un effroyable tremble-terre

Il faisait déjà nuit lorsque vers cinq heures et demie, on entendit un bruissement et la terre se mit à trembler. Les cloches de l’église et des chapelles sonnèrent d’elles-mêmes. Les charpentes des maisons craquaient. Tous sortirent. Les animaux fuyaient. Les glaces du fleuve, pourtant costaudes en cette saison, se fracassaient. Ce soir, derrière sa grille, Marie de l’Incarnation nous a dit : « Tous avons été longtemps dans la créance que le monde allait prendre fin. » Elle a révélé ce qu’elle écrirait à son fils : « Je me suis vue presque en tous moments sur le point de consommer mon sacrifice. » Nous dormirons mal cette nuit.

3/ 11 décembre 1700

Le chien d’or a perdu son maître

© Fonds Daniel Abel

À quoi bon avoir de la mémoire si on ne garde point rancune ? C’est ce que devait se dire le coléreux Timothée Roussel, longtemps chirurgien à l’Hôtel-Dieu. Aujourd’hui, le fossoyeur l’a inhumé dans la crypte de la cathédrale. L’épidémie qui fait rage dans la ville l’a emporté. Dans la rue Buade, baptisée ainsi en l’honneur de Frontenac, le chirurgien Roussel s’était fait construire sa maison en 1688. En façade, il y avait apposé, il y a quelques années, une bien curieuse tablette de pierre montrant un chien rongeant un os et portant une inscription revancharde. Le chien de pierre promettait de mordre celui qui l’a mordu. Il faut comprendre qu’un jour, Roussel avait trouvé mort son chien, tué par un voisin. Sa rancune fut gravée dans la pierre.

4/ 15 septembre 1708

Si Louis Jolliet surgissait

L’atmosphère était plutôt étrange ce matin dans la cathédrale lors de la célébration du service funèbre de Louis Jolliet. À tout instant, nous jetions un coup d’œil vers les portes, craignant que l’une d’entre elles s’ouvre soudainement et que Louis Jolliet apparaisse. C’est qu’il n’y avait pas de cadavre dans le cercueil, et donc on n’était pas tout à fait sûrs que Jolliet fût mort. Il faut dire que cela fait déjà huit ans que Jolliet a disparu et que sa famille a perdu tout espoir de le revoir, et a donc souhaité des funérailles. En 1700, Jolliet, excellent canotier, avait quitté pour se rendre à l’archipel de Mingan et à l’île d’Anticosti qui lui avaient été concédés. L’automne venu, on avait en vain attendu son retour. Ainsi était disparu l’explorateur et découvreur du Mississipi, l’organiste de la cathédrale et le professeur d’hydrographie au collège des Jésuites. « Que Dieu ait pitié de son âme ! ».

5/ 20 août 1740

Aussi précieux qu’un rubis

© Fonds Daniel Abel

Lorsqu’il a débarqué à Québec il y a douze jours, Mgr de Lauberivière, notre nouvel évêque, a été accueilli triomphalement sur le quai. En procession, nous avons gravi la côte de la Montagne jusqu’à la cathédrale où fut chanté un Te Deum en son honneur. Nous l’attendions depuis longtemps et on nous avait promis qu’il avait tous les talents. Et le jeune homme de 29 ans, originaire de Grenoble, le prouva dès les jours qui suivirent. Consacré à la chapelle du séminaire Saint-Sulpice, il avait reçu une solide formation. Pour traverser la mer, il s’était embarqué à La Rochelle sur le Rubis. Tout ne pouvait que bien augurer. Et pourtant, présentement, c’est la consternation à Québec. Notre nouvel évêque est mort ce matin. Aujourd’hui même, il a été inhumé dans la crypte de la cathédrale, proche de la tombe de Mgr de Laval.

6/ 18 avril 1763

On a pendu la Corriveau

C’est sur les buttes à Nepveu, aux abords de la Grande Allée, que Marie-Josephte Corriveau, âgée de 29 ans, fut aujourd’hui pendue. Ses deux procès, qui ont beaucoup fait jaser, se sont tenus devant un tribunal militaire rassemblé au couvent des Ursulines, où réside d’ailleurs le gouverneur Murray. La pauvre Corriveau aurait tué son mari Louis Dodier dans sa maison de Saint-Vallier à coups de broc, puis l’aurait traîné jusqu’à l’écurie pour faire croire qu’il avait été tué par les ruades d’un cheval. Déjà, des rumeurs couraient à Saint-Vallier qu’elle avait tué son premier mari, Joseph Bouchard, en lui versant du plomb dans une oreille. Selon l’acte de condamnation, le corps de la pendue « sera suspendu dans des chaînes à l’endroit que le gouverneur croira devoir désigner ». Cette coutume plutôt horrible, que nous ne connaissions pas au temps de nos bons rois de France, nous arrive d’Angleterre.

7/ 14 juillet 1766

Le passage d’un loup-garou

© Fonds Daniel Abel

Dans l’édition de la Gazette de Québec, qui est parue aujourd’hui, on nous apprend qu’un loup-garou est passé à Québec, provenant du bas du fleuve, se dirigeant vers Montréal. Arrivée à Québec le 17 juin, la bête se faisait passer pour un mendiant. La Gazette fait une mise en garde : nous devons être prudents. Si c’est écrit dans le journal, cela doit être vrai, conviendront plusieurs lecteurs. C’est depuis deux ans que la ville de Québec a enfin son journal hebdomadaire. Originaires de Philadelphie, William Brown et Thomas Gilmore sont venus fonder la première imprimerie dans notre ville et ont commencé la parution de la Gazette le 21 juin 1764.

8/ 10 janvier 1776

Le chien qui pleurait son maître

On se remet de nos émotions à Québec. Il y a dix jours, à l’aube du 31 décembre, les soldats britanniques de la garnison et nos miliciens canadiens ont réussi à repousser les troupes révolutionnaires bostonnaises. Leur général Richard Montgomery avait été inhumé dans le petit cimetière du bastion Saint-Louis, au sud de la porte du même nom, et depuis lors son chien se lamentait sur sa tombe. C’est un brave épagneul qui avait accompagné son maître depuis la lointaine colonie de New York et avait participé à la capture de Montréal. Il avait vu son maître se faire tuer au pied du cap Diamant où ses troupes avaient voulu entrer dans la ville. Nous avons remarqué aujourd’hui que Charles de Lanaudière, l’aide de camp du gouverneur Carleton, a enfin réussi à apprivoiser le loyal chien et que celui-ci le suit maintenant partout en ville. Et Lanaudière a tout simplement donné le nom de « Montgomery » à son nouvel ami.

9/ 31 décembre 1816

Cette année où il n’y eut pas d’été

© Fonds Daniel Abel

Nous ne pourrons pas oublier l’année qui prend fin. De mémoire d’homme, on n’a jamais connu une année aussi froide à Québec. Parlez-en au révérend Alexander Spark, pasteur de notre église St. Andrews, qui, depuis des années, prend note de la température quotidienne. D’abord, le printemps fut tardif, il neigeait encore au début de juin. On a eu des gelées en juillet, puis elles se sont répétées à compter de la mi-août. On a vu arriver des nuées d’oiseaux inconnus dans la ville. D’où venaient-ils ? Que fuyaient-ils ? Pas besoin de rappeler que les récoltes de grains, de fruits et de légumes ont été désastreuses. Heureusement, on a pu compter sur des vaisseaux des États-Unis et de Grande-Bretagne nous apportant du blé et de la farine. Quelqu’un de confiance, qui a plusieurs correspondants, m’a dit que nos problèmes seraient causés par l’éruption du Tambora en Extrême-Orient, au printemps de 1815. Ah, si nous avions plus de savants à Québec pour nous éclairer !

10/ 4 septembre 1819

Un si fin renard

Depuis l’inauguration de notre cathédrale anglicane, il y a quinze ans, ce fut la journée la plus sombre qu’on y ait vécue. Sous le chœur, on a inhumé le duc de Richmond, notre gouverneur en chef. Son cadavre avait été ramené du Haut-Canada où il faisait une tournée. C’est de la rage qu’il était mort dans une grange, après une horrible agonie. Quelque temps auparavant, à William Henry, près de la rivière Richelieu, il avait été mordu à la main par un renard apprivoisé. Beaucoup de gens de Québec se rappelleront de la magnificence des bals et réceptions à son château Saint-Louis.

11/ 27 mai 1842

Charles Dickens est en ville

Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit de la si grande visite ! Tôt dans la matinée, Charles Dickens, en provenance de Montréal, est débarqué du navire à vapeur Lady Colborne. Faisant une tournée de conférences aux États-Unis, il avait décidé de visiter Montréal puis de retourner chez les Américains. C’est John Charlton Fisher, un réputé éditeur de journaux à Québec, qui l’a invité à venir faire un tour dans notre ville. L’écrivain britannique y est déjà bien connu pour ses pittoresques romans. Lui, qui a vécu une pauvre et malheureuse enfance, met en scène des petites gens qui ne manquent pas de vaillance et de débrouillardise. Dickens apprécie sa visite à Québec. Il faut dire que Fisher, un homme fort cultivé, le reçoit à sa belle maison de la rue Sainte-Anne, face à la place d’Armes, puis lui fait visiter la ville, l’invite à entrer à la citadelle où les officiers lui offrent un banquet. Impressionné par le site de la ville, « ce Gibraltar d’Amérique » dit-il, Dickens s’est rembarqué en soirée pour Montréal.

12/ 10 juin 1868

Des moineaux parmi nous

© Fonds Daniel Abel

En ce beau mercredi, je me suis discrètement joint aux invités du colonel William Rhodes dans le jardin du Fort, où se dresse l’obélisque en l’honneur de Wolfe et Montcalm, à deux pas de la terrasse Durham. Dans un petit discours, il nous explique que les moineaux seront dans notre ville et notre pays d’utiles mangeurs d’insectes nuisibles, et que ceux-ci contribueront à égayer nos hivers. Il ouvrit des cages, libérant ainsi 50 couples de moineaux que l’on entendait pépier. On les a amenés d’Irlande. Leur plumage brun et gris les faisant ressembler à de petits moines leur a valu leur nom de moineaux. Pourront-ils être aussi pieux qu’ils en ont l’air ? Causeront-ils des embêtements à nos chères hirondelles ?

13/ 5 mai 1870

Le maire Tourangeau s’est enfermé dans l’hôtel de ville

Comme bien des citoyens, je me rends devant notre hôtel de ville, situé dans l’ancienne maison du brasseur Thomas Dunn, rue Saint-Louis, à l’angle de la rue Sainte-Ursule. Des soldats nous empêchent de trop approcher de l’édifice. Le maire Adolphe Tourangeau, refusant de reconnaître sa défaite, ne veut pas depuis trois jours quitter le bâtiment. Lui, qui avait été élu par les citoyens, refuse de se plier au nouveau règlement adopté par le gouvernement provincial qui stipule que le maire sera élu par les conseillers. Le 2 mai, Tourangeau a empêché ceux-ci de tenir l’élection du nouveau maire à l’hôtel de ville. Ils l’ont fait au palais de justice. Le nouveau maire Pierre Garneau a fait encercler l’hôtel de ville par les policiers, puis par les soldats. Soudainement, aujourd’hui, on a vu l’ancien maire Tourangeau, affamé, sortir de l’édifice et quitter les lieux.

14/ 21 juillet 1886

Hourra pour notre cardinal !

© Fonds Daniel Abel

Que nous sommes fiers d’avoir appris que notre archevêque Elzéar-Alexandre Taschereau avait été élevé au rang de cardinal par le pape Léon XIII ! Ce matin, les trottoirs de bois de la haute-ville étaient bondés de ses diocésains l’acclamant. Dans son carrosse tiré par deux chevaux, le premier Canadien à recevoir la distinction de cardinal a parcouru les rues, passant sous seize arcs de triomphe. Certes, il n’était pas plus souriant que de coutume et avait son éternel air bourru. Mais on l’a toujours connu ainsi. C’est un être peu loquace qui d’ailleurs avait voulu se faire moine bénédictin, mais avait finalement décidé de devenir un prêtre du Séminaire. Les gens de Québec ont appris à apprécier Mgr Taschereau, qui s’est révélé un efficace recteur de l’Université Laval, et qui, surtout, a su si bien défendre les droits et privilèges de Québec face à Mgr Bourget, le prétentieux archevêque de Montréal !

15/ 5 décembre 1905

Sarah Bernhardt fait tourner les têtes

Le passage de la grande tragédienne aura finalement tourné au drame. Pourtant hier soir, à notre auditorium inauguré en 1903 près de la porte Saint-Jean, la divine Sarah fut exquise dans l’incarnation de plusieurs de ses grands rôles, émouvante en Dame aux camélias, en Hamlet, en Aiglon. J’ai cependant remarqué qu’il y avait plusieurs fauteuils libres. Il faut rappeler que l’archevêque Louis-Nazaire Bégin avait mis ses ouailles en garde contre les dangers du théâtre. Comme il nous a déjà mis en garde contre les romans. Ce matin, le journal L’Événement a rapporté des confidences qu’elle fit à des journalistes au Château Frontenac, reprochant aux Canadiens-Français d’être sous le joug de leur clergé. À son départ, à la gare du Canadien Pacifique, une foule l’injuria et lui lança des œufs pourris. Heureusement, j’ai vu des citoyens intervenir pour la protéger et lui permettre de monter à bord.

16/ 24 avril 1928

Lindberg est sur les plaines

C’est par une édition spéciale du Soleil que nous avons appris que Charles Lindberg allait atterrir sur nos plaines d’Abraham. Nous y sommes accourus comme plus de 3 000 personnes. L’aviateur Lindberg est un héros depuis l’année dernière où son exploit a fait les manchettes des journaux. À bord de son Spirit of St. Louis, il fut le premier aviateur à survoler l’Atlantique, se rendant de New York à Paris. La foule attendait patiemment sur les plaines quand on entendit soudainement des vrombissements. « C’est lui ! C’est lui ! », entendit-on crier de toutes parts. Il était 6 heures 40, au tout début de la soirée, lorsque l’appareil se posa sur les plaines. À sa descente de l’avion, le brave gaillard de 26 ans a été accueilli par le maire Oscar Auger. Ce n’est pas un voyage d’agrément, loin de là. Lindberg apporte du sérum pour sauver son ami Floyd Bennett, hospitalisé à l’hôpital Jeffery Hale de la rue Saint-Cyrille. Lindberg dormira cette nuit au Château Frontenac.

17/ 15 octobre 1928

Notre Hercule à nous

De tout temps, les hommes forts ont fasciné. C’est pourquoi à Québec nous sommes si fiers de notre Victor Delamarre. Quoiqu’il ne mesure que 5 pieds et 6 pouces, et qu’il n’a point la carrure impressionnante d’un Louis Cyr, il est réputé dans toute la province pour sa grande force physique. Il a grandi dans le quartier Saint-Roch où, déjà enfant, sa force étonnait. « Nous n’étions jamais capables de le coller par terre », disent ses anciens petits camarades. Âgé maintenant de 40 ans, il gagne sa vie en faisant des tournées de spectacles de tours de force. Aujourd’hui, dans les jardins de l’hôtel de ville de Québec, il a fait écarquiller bien des yeux. Trente policiers, de 200 livres chacun, ont monté sur une plateforme déposée sur de puissants tréteaux. Se penchant sous la plateforme, l’homme fort réussit avec son dos à la faire bouger… et à faire trembler les policiers.

18/ 3 juillet 1939

Jour de tragédie au zoo

Comme c’est le cas depuis son inauguration il y a six ans, je m’étais rendu pour ma visite annuelle au Jardin zoologique de Québec, que l’on appelle fréquemment le Zoo de Charlesbourg, pour y voir les bisons, les castors, les loups… On entendit soudainement des cris d’horreur et on vit courir des gardiens. Un drame se déroulait à l’enclos des trois ours polaires. Le docteur Joseph Germain, de Rimouski, avait eu la mauvaise idée d’offrir des arachides aux ours à travers la clôture. Devant ses deux enfants, un ours lui tira un bras et le lui arracha. Puis, l’autre ours en fit tout autant. Et un ours eut le temps de lui dévorer la cuisse gauche avant que les gardiens arrivent enfin, essoufflés. Il était trop tard, le docteur avait perdu la vie.

19/ 26 mai 1948

Un dernier tramway

Pour une dernière journée, des voitures du tramway ont circulé dans nos rues. C’est depuis 1897 que nous avions le tramway électrique. La Quebec Power Company, qui appartient principalement à des Montréalais, a décidé de mettre fin à ce service. Cet après-midi, dans l’une des dernières voitures, une petite fille, qui paraissait bien chagrinée, entendit sa mère lui dire : « Ne pleure pas Léa. Tu as aujourd’hui dix ans. Lorsque tu auras 90 ans, par une belle journée comme aujourd’hui, tu pourras embarquer dans un nouveau tramway tout neuf, tout moderne. » L’enfant ouvrit tout grand ses yeux. Me concentrant, je fis un calcul mental. Cela donnait 21 mai 2028. Puis, je me rappelai que je ne devais pas oublier d’arrêter chez le tabaconiste Jos Côté pour me procurer mon journal L’Événement, mes cigarettes Sweet Caporal et mon lait au chocolat Vico.
Visuel à venir

20/ 16 décembre 1949

Nous n’avons rien à envier aux Romains

Nous avons déjà un Colisée tout neuf. Cela tient presque du miracle. Aujourd’hui, les Citadelles de Québec ont pu y disputer un premier match. Et pourtant, la première pelletée de terre officielle n’a eu lieu que le 24 mai ! Il faut dire que tout s’est précipité depuis le mois de mars. Dans la nuit du 15 mars, notre vieux Colisée, que l’on appelait aussi le Palais de l’Agriculture, avait été la proie des flammes. Le maire Lucien Borne et sa Commission de l’exposition provinciale prirent la décision de construire un Colisée beaucoup plus grand. Les plans de l’architecture Robert Blatter étaient audacieux. L’édifice est constitué de grandes arches de béton, sans appuis intermédiaires ou colonnes. Des prophètes de malheur prédisaient que le tout s’écroulerait ! On nous dit qu’un jeune joueur talentueux de Victoriaville se joindrait bientôt à nos Citadelles.

21/ 12 janvier 1951

La pendaison d’Albert Guay

Il n’y a plus d’exécution capitale à notre prison des plaines, c’est donc à la prison de Bordeaux, dans le nord de Montréal, que ce matin a été pendu Albert Guay. Les gens de la paroisse Saint-Joseph, du quartier Saint-Sauveur, se souvenaient de lui comme d’un bijoutier aux belles manières et toujours bien vêtu. Toutefois, aux funérailles de son épouse Rita Morel, ses pleurs avaient été si considérables que cela avait paru quelque peu suspect. Sa conjointe faisait partie des 21 occupants de l’avion de la Canadian Pacific Airways qui avaient tous péri lors de son écrasement au Sault-au-Cochon, entre Saint-Joachim et Saint-Tite-des-Caps. Guay avait envoyé son épouse à Baie-Comeau pour son commerce de bijouterie. C’est une complice de Guay, Marguerite Pitre, qui amena à l’aéroport de L’Ancienne-Lorette le colis contenant la bombe. Et un autre complice, l’horloger Généreux Ruest avait conçu la minuterie de la bombe. Guay avait souhaité pouvoir vivre avec son amante, Marie-Ange Robitaille, serveuse au prestigieux café Monte-Carlo du boulevard Charest.

22/ 5 mars 1971

La tempête du siècle

© Fonds Daniel Abel

Si l’on en croit un vieux dicton, le mois de mars se terminera comme un petit mouton, car il a débuté en féroce lion. Depuis hier, la tempête fait rage. Tout est fermé en ville. Mêmes les députés ont ajourné leurs travaux parlementaires. Sur les ondes de la station de radio CHRC 80, José Mathieu, notre « Monsieur Tempête », le trémolo dans la voix, nous tient au courant des développements de la situation. Les automobiles sont incapables de circuler dans les rues. C’est en motoneige que se déplacent les policiers. Des vents atteignant 100 kilomètres à l’heure balaient la ville. Voulant affronter le blizzard, deux citoyens meurent d’une crise cardiaque. Cinquante centimètres de neige ont tombé.

23/ 13 septembre 1990

Le plus grand vol de l’histoire de Québec

© Fonds Daniel Abel

L’intérieur de notre basilique-cathédrale nous paraît bien dégarni aujourd’hui. Un audacieux vol s’y est déroulé hier en soirée. Nous regrettons la disparition des magnifiques tableaux qui étaient accrochés aux piliers de la nef centrale. Plusieurs avaient été donnés par le gouvernement de la France après l’incendie de la basilique en 1922. D’autres provenaient de généreux bienfaiteurs. Peut-être les guides ont-ils trop souvent souligné ou répété que ces tableaux avaient été peints dans des ateliers de « grands maîtres français » et qu’ils avaient « une valeur inestimable », attirant la convoitise de criminels. Les voleurs ont désencadré les toiles et les ont roulées dans des tapis afin de les sortir du temple sans se faire remarquer et les embarquer dans une camionnette. Ils auront peine à les vendre, car toutes les galeries d’art et musées ont été prévenus.

24/ 29 janvier 2017

Tragédie à la Grande mosquée

© Fonds Daniel Abel

En convalescence à la suite d’une intervention chirurgicale, je me suis couché de bonne heure. Ma conjointe vient me réveiller pour m’apprendre qu’un terrible drame vient de se dérouler à la Grande mosquée. J’entends des sirènes de voitures de police. Nous résidons à peine à un kilomètre du lieu de culte touché. Des membres de la communauté musulmane, j’en rencontre à ma boulangerie-pâtisserie, au café du coin, à la bibliothèque… Devant le téléviseur, je suis sous le choc, apprenant que le tireur avait fait plusieurs morts et de nombreux blessés. En début de nuit, on nous apprend qu’un suspect se serait rendu à la police à proximité du pont de l’île d’Orléans. Bouleversé, je retourne au lit, répétant pour me réconforter : « Paix aux femmes et aux hommes de bonne volonté. »

25/ 19 mars 2021

Un Requiem pour l’arbre au boulet

© Fonds Daniel Abel

En cette veille de printemps, le Vieux-Québec a perdu l’un de ses vieux habitants. L’arbre au boulet, vénérable orme centenaire, a disparu. Rue Saint-Louis, les chevaux des caléchiers n’entendront plus parler de son histoire. Dans les autobus, les touristes ne s’étireront plus le cou pour apercevoir le boulet prisonnier entre ses racines. Depuis une semaine, devant des journalistes et reporters, j’ai raconté le destin de l’arbre au boulet, ayant souvent l’impression d’aider les gens à faire leur deuil. Mes deuils s’accumulent dans mon cher Vieux-Québec où j’ai vu disparaître ma librairie Garneau et ses petits escaliers qui craquaient, mon restaurant Laurentien et ses smoked-meat, ma petite épicerie de la rue Sainte-Anne et sa collection de petits Bonhommes Carnaval, mes vitrines de la Librairie Générale Française, si magnifiquement décorées, ma si calme chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur de la rue Sainte-Ursule… Baudelaire ne disait-il pas : « La forme d’une ville change plus vite que le cœur d’un humain. » ?

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