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Arthur LeBlanc, le violoniste au fragile destin

7 avril 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Originaire de l’Acadie, Arthur LeBlanc fit de Québec sa ville d’adoption. Enfant prodige, élève de grands maîtres, il devint, au tournant des années 1940, l’un des plus célèbres violonistes au monde. Acclamé au Carnegie Hall, louangé par le New York Times, il fut accueilli à la Maison-Blanche. Puis, la maladie survint, le faisant sombrer peu à peu dans le rêve. Et il entra peu à peu dans la légende…

ON L’ATTENDAIT AU PETIT SÉMINAIRE

Un jour de septembre 1914, un jeune garçon de huit ans, que personne n’accompagnait, débarqua d’un train à la gare de Lévis. Il prit le traversier, apercevant pour la première fois la ville de Québec. Avec sa modeste valise et son violon, son bien le plus précieux, il se rendit au Petit Séminaire, où l’attendait l’abbé Chrysologue Desrochers, un professeur de musique qui le connaissait déjà de réputation. En effet, le jeune Arthur LeBlanc, né en 1906, qui avait vécu son enfance à Moncton, était déjà une étoile en Acadie. Son père, le luthier et musicien Job LeBlanc, lui avait fabriqué un violon et lui avait appris à en jouer dès qu’il avait eu trois ans. Et à cinq ans, l’enfant avait commencé à participer à des récitals.

Arthur LeBlanc en 1944
Arthur LeBlanc en 1944

Durant les neuf années qu’il passa au Petit Séminaire, Arthur fut très populaire auprès de ses camarades par sa joie de vivre et sa générosité. Son accent acadien, qu’il ne perdra jamais, le rendait sympathique. Il reçut de fructueuses leçons du violoniste Joseph-Alexandre Gilbert. En 1923, il quitta Québec pour Boston, où son père s’était installé pour y tenir un magasin d’instruments de musique. Au New England Conservatory of Music, Arthur eut comme professeursde réputés maitres autrichiens.

LE CHEMIN MENANT AU SOMMET

En 1930, boursier de la province de Québec, cherchant toujours à perfectionner son art, Arthur LeBlanc s’exila à Paris pour étudier à la prestigieuse École normale de musique. Il passa finalement sa licence de concert et fit une tournée européenne. Durant la saison 1935-36, il occupa le poste de premier violon de l’Orchestre symphonique de Paris, sous la direction de Pierre Monteux.

De retour au Canada en 1938 pour y enseigner, il devint un populaire concertiste. En 1939, ses performances au Carnegie Hall firent sensation et le New York Times déclara qu’il jouait Brahms avec sensibilité et poésie, Bach avec Brio, et Tartini avec raffinement. De 1941 à 1946, il fut attaché à la fameuse agence Columbia, où il se retrouvait en compagnie du célèbre Yehndi Menuhin. Cette agence l’amena à se produire dans 300 concerts dans les grandes villes nord-américaines.

Arthur LeBlanc en 1982
Arthur LeBlanc en 1982

Le président Franklin D. Roosevelt voulut l’entendre et l’invita à venir jouer à la Maison-Blanche. Le sort voulut que, lors de ce concert privé, le 6 décembre 1941, un adjoint vienne soudainement chercher l’attentif président pour lui apprendre une terrible nouvelle : les Japonais venaient de bombarder Pearl Harbor.

LE SOIR OÙ IL BRISA SON VIOLON

À la fin des années 1940, Arthur Leblanc, établi à Québec pour y rester, cessa de faire des tournées et ne participa plus qu’à de rares concerts à la radio ou à la télévision. Le surmenage l’avait prématurément usé. Ce fut le début de ses problèmes de santé que l’on appelait alors « dépressions nerveuses ». Les psychiatres parleraient plutôt aujourd’hui de psychoses maniaco-dépressives.

Curieusement, la soirée du 18 novembre 1941 avait été prémonitoire. En effet, le soir même où le poète Émile Nelligan décédait dans un hôpital psychiatrique, Arthur LeBlanc était à l’affiche au Palais Montcalm. En sortant de chez lui, le violoniste fit une mauvaise chute sur la glace et cassa son cher violon, un Guadagnini de 1774. C’est en sanglotant qu’il entra sur la scène avec un autre violon. Il s’effondra et le concert fut annulé. C’était une étrange coïncidence.

Des amis du violoniste organisèrent alors une souscription publique et purent lui procurer, en 1946, un magnifique Stradivarius, fabriqué par le célèbre luthier italien en 1733, à l’âge de 90 ans. LeBlanc prit part à un dernier concert public en 1965 au Centre d’arts d’Orford, à la demande du directeur Gilles Lefebvre, un ancien élève.

Au cours des années 1970, LeBlanc appréciait vivre au Château Bel-Air de l’île d’Orléans, près du fleuve. Il pratiquait toujours son violon, espérant reprendre sa carrière de concertiste. Félix Leclerc et Raymond Lévesque lui rendaient fréquemment visite. Un nouveau drame survint en 1975 lorsque LeBlanc se fit voler ses deux violons : son Stradivarius et un Stanley. Il en était catastrophé. Ce vol odieux fit la manchette des journaux. Les policiers purent retrouver les deux violons dix-sept jours plus tard grâce à un appel anonyme.

Puis, les séjours du violoniste au Centre hospitalier Robert-Giffard se firent plus nombreux et se prolongèrent. « Ne m’abandonnez pas », disait-il à ceux qui le visitaient. Attentionné à son égard, le personnel de l’hôpital lui permettait de jouer du violon. Une religieuse l’amenait à des concerts. En 1982, l’Université de Moncton lui décerna un doctorat honoris causa. Touché par ce geste, il ne put toutefois se rendre à la cérémonie, où les invités l’applaudirent durant dix longues minutes.

Entouré de proches parents, il décéda à la fin de l’hiver de 1985, à 78 ans. Ses funérailles eurent lieu à la chapelle du Petit Séminaire de Québec, son alma mater. Il y eut beaucoup d’émotion lorsque fut entonné l’hymne national de son Acadie natale.

Le fameux Stradivarius d’Arthur LeBlanc est, depuis 1977, entre les mains de la talentueuse Angèle Dubeau. Elle en prend un soin jaloux et l’a affectueusement baptisé « Arthur ». La biographe Renée Maheu disait du virtuose disparu : « Il a eu une carrière productive relativement courte, mais il demeure un météore dans le ciel musical du Canada et de l’Acadie ».

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