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Deux nations, deux gestions de crise !

20 janvier 2022 - Par Jean Chouzenoux, correspondant européen

J’ai beau avoir les deux pieds plantés au sol français depuis plus de dix ans, cela ne m’empêche pas d’avoir un œil de chaque côté de l’Atlantique afin de suivre l’actualité française et québécoise.

J’ai peu de mérite, car la lecture quotidienne de plusieurs journaux et l’écoute des informations à la radio ou à la télé font partie de ma routine depuis l’adolescence. Baignant aujourd’hui au sein de deux cultures, j’ai simplement élargi mon champ d’intérêt à l’actualité européenne.

Concrètement, le matin est consacré à la lecture de journaux français et québécois ; le midi, à l’écoute d’une radio québécoise (je ne vous dirai pas laquelle) ; en soirée, place aux émissions françaises d’informations. Et oui, je m’abreuve encore auprès des médias traditionnels et préfère placer ma confiance envers les professionnels de l’information. Par conséquent, à ce jeu de suivre parallèlement deux actualités, je ne peux échapper au jeu des comparaisons, particulièrement sur des enjeux importants comme la gestion de la pandémie de Covid-19.

Gestion de la cinquième vague en France…

Le variant Omicron qui frappe la planète depuis l’automne dernier a amené les gouvernements du monde entier à mettre en place tout un arsenal de mesures. En France, c’est lors d’une allocution télévisée le 24 novembre dernier que le président Emmanuel Macron a annoncé une série d’initiatives pour contrer la cinquième vague.

À noter, d’abord, la formule de l’allocution solennelle, protocole et décorum à l’avenant, d’un président s’adressant directement à tous les Français, à une heure de grande écoute.

Quant aux mesures, elles visaient davantage à responsabiliser la population, majoritairement triplement vaccinée et bien au fait des gestes barrières, plutôt qu’à restreindre la liberté des citoyens et asphyxier l’économie. Il a annoncé ce qu’il ferait et, surtout, ce qu’il ne ferait pas !

Entre autres, ont alors été imposés l’obligation de porter le masque dans les lieux publics clos ; l’interdiction de vendre de la nourriture dans les cinémas et trains pour ne pas avoir à retirer le masque ; l’obligation de demeurer assis dans les bars pour éviter trop de promiscuité ; la fermeture des discothèques.

Ensuite, il a été demandé d’effecteur davantage de télétravail ; de maintenir les écoles ouvertes ; d’éviter les grandes réunions et trop de rapprochement pendant la période des Fêtes. La mesure phare étant de transformer le passeport sanitaire en passeport vaccinal à compter du 15 décembre. Cette dernière mesure avait pour but de forcer les gens à présenter uniquement une preuve vaccinale au lieu d’un test négatif pour entrer au restaurant, au cinéma, dans les grands magasins et dans les transports.

Mais surtout, le président n’a pas annoncé la fermeture des restaurants, des établissements culturels ou des commerces. Il n’a pas mis à l’arrêt l’activité économique et touristique, encore moins imposer un couvre-feu ou pire, un confinement. Donc, l’imposition de certaines contraintes et un rappel des principales recommandations quasiment devenues la norme depuis deux ans.

Deux mois après ces annonces, quelques constats s’imposent. D’abord dès le lendemain de l’allocution présidentielle, des dizaines de milliers de Français se sont rués vers les cliniques de vaccination pour recevoir leur première dose pour certains et leur troisième dose pour d’autres, tous voulant mettre à jour leur passeport vaccinal devenu le sésame pour se préserver une vie sociale et culturelle. D’eux-mêmes, les gens ont limité leurs sorties sociales ou culturelles, comme en font foi de nombreux reportages. Ironiquement… la vie a tellement suivi son cours que les employés de la SNCF (trains) ont fait la grève à la veille des vacances de Noël, que les professeurs sont dans la rue chaque jeudi depuis le début de 2022 et que les antivax manifestent tous les samedis dans plusieurs villes de France.

En contrepartie, le nombre de personnes atteintes par le virus a augmenté de façon extraordinaire, dépassant dernièrement les 400 000 infections par jour. En outre, il y a plus d’hospitalisations et, comme partout, elles sont majoritairement dues aux personnes non vaccinées. À la grande différence que, de ce côté de l’Atlantique, le système hospitalier résiste. Certes, le personnel médical est épuisé et il y a des opérations reportées, mais pour le moment, cela est somme toute assez bien contenu. Et puis, pour reprendre la phrase que l’on entend désormais régulièrement, « après trois doses, la Covid, c’est une grosse grippe ». Alors, après plus de deux ans, il faut bien faire la distinction entre les personnes qui ont suivi le parcours sanitaire des trois doses et intégré l’application des gestes barrières en ne les brimant pas à nouveau dans leur vie professionnelle et sociale, par rapport à une minorité de dissidents qui permettent au virus de se propager et qui engorgent les hôpitaux avec la conséquence de voir des gens désemparés par leur opération reportée. C’est cette distinction qu’a fait le président Macron le 24 novembre dernier. Il a depuis précisé sa pensée en déclarant qu’il avait « bien envie d’emmerder les non vaccinés ».

Et au Québec…

Pendant ce temps au Québec, le gouvernement Legault a appliqué une stratégie bien différente. Lors de sa conférence de presse du 30 décembre dernier, il a annoncé des mesures beaucoup plus strictes, comme la fermeture des restaurants, cinémas, salles de spectacles, salles de sport ; la fermeture des grands magasins le dimanche ; l’application d’un couvre-feu à compter de 22 heures sur tout le territoire du Québec.

Comme en France, le maintien du télétravail et le choix de maintenir les écoles ouvertes se sont imposés. Pour les écoles, on devine que c’est à la fois pour maintenir l’intérêt des élèves, mais surtout ,pour permettre aux parents de mener leurs activités professionnelles.

Ensuite, des mesures que certains jugent plutôt paternalistes sont venues limiter à six individus de deux bulles familiales le nombre de personnes pouvant se rassembler à Noël. L’impact positif de ces décisions est que le nombre de contaminations et d’hospitalisations ont augmenté dans une proportion beaucoup moins grande qu’en France, par exemple. Cependant, quelques questions subsistent. Pourquoi a-t-on restreint la qualité de vie des citoyens qui, depuis deux ans, respectent le protocole sanitaire et les gestes barrières de la même façon qu’on limite la qualité de vie de ceux qui manifestement s’y opposent ?

Pourquoi, par des fermetures, mettre en péril les industries de la restauration et de la culture alors que l’on peut maintenir ouvert ces établissements en exigeant le passeport vaccinal et le respect des gestes barrières ? Pourquoi punir la majorité solidaire pour une minorité d’irréductibles… par soucis d’égalité ? Pour contrôler à tout prix ce qui est devenue une forte grippe pour la majorité des gens atteints ? Ou pour préserver un système hospitalier au bord de l’effondrement ? Car s’il y a une différence importante entre la France et le Québec, c’est bien la supériorité et la fiabilité du réseau français de la santé par rapport à celui du Québec. À tous points de vue. Et ça m’attriste de le dire ! En effet, malgré le nombre de cas Covid beaucoup plus élevé en France, toute proportion gardée, le système hospitalier du Vieux Pays résiste à cet assaut.

Pour conclure, disons qu’au-delà des chiffres toujours interprétables et au-delà des stratégies politiques (rappelons qu’en 2022, il y aura des élections en France et au Québec), j’y vois aussi une approche culturelle différente et bien marquée : on ne dit pas trop longtemps aux Français quoi et comment faire. Surtout, on ne brime pas la liberté des citoyens au pays des droits de l’Homme. En revanche, notre mentalité nord-américaine nous pousse davantage au respect des lois et règlements. Reste que ces mesures plus restrictives et coercitives mises en place depuis décembre, souffrent vraisemblablement d’un manque d’adhésion d’un nombre grandissant de Québécois. Restons prudents !

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