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Gaby Pleau, une grande dame du ski

2 février 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

C’est à compter du tournant des années 1940 que le ski alpin devint populaire dans la région de Québec. Et la jeune Gaby Pleau en fut la première vedette. Le ski fut la passion de sa vie. Il lui apporta d’enivrants défis, de grands bonheurs, mais aussi une tragique déception. Le courage, la détermination et la résilience de la célèbre skieuse ne manquèrent point d’émerveiller ses amis et admirateurs.

Une diablesse à Loretteville

Gabrielle Pleau naquit dans la petite ville de Loretteville en 1920. Très tôt, on prit coutume de l’appeler « Gaby ». Elle n’avait que cinq ans lorsque le malheur frappa sa famille. Le décès du père, Joseph Pleau, à 39 ans, laissait veuve la mère Malvina avec 4 jeunes enfants : 4 filles. Le grand-père Pleau décida alors de placer les enfants dans des orphelinats afin que Malvina « puisse refaire sa vie ». Les valises furent préparées. Mais le jour où les enfants devaient quitter la maison, Malvina décida de s’y opposer catégoriquement, déterminée à garder ses filles et à s’occuper de l’atelier de fabrication d’articles en fourrure que lui laissait son défunt mari.

Gaby et Robert Plamondon du Manoir Saint-Castin.
Gaby et Robert Plamondon du Manoir Saint-Castin.

Troisième des quatre filles, Gaby comprit très vite que ses sœurs aînées « faisaient la loi » dans la maison. C’est donc à l’extérieur qu’elle s’épanouira. Elle devint la seule fille à jouer au hockey ou au baseball avec les garçons des environs. Elle était tellement talentueuse que ses compagnons de jeu la surnommèrent « la diablesse ». Tout cela ne manquait pas de scandaliser de « bonnes gens » persuadés qu’une jeune fille de bonne famille devait rester à la maison pour apprendre à « tenir un foyer ».

Gaby n’avait même pas 10 ans lorsqu’elle devint une femme d’affaires. À la belle saison, elle attrapait des écrevisses dans la rivière Saint-Charles pour l’épicier Boivin et pour l’alligator du notaire Larue. Elle eut même quelques garçons à son emploi.

Gaby avait 10 ans lorsque le maire Blondeau convainquit sa mère de la laisser participer au Festival des sports d’hiver. Elle y remporta une course de raquetteurs. C’était le début de la gloire !

Gaby en compagnie de sa mère, Malvina Jinchereau.
Gaby en compagnie de sa mère, Malvina Jinchereau.

La princesse du mont Murphy

Le ski eut ses premiers adeptes à Québec au début du XXe siècle. Les membres du Quebec Ski Club pratiquèrent d’abord leur sport sur les plaines d’Abraham. Des courses de cross-country (ski de fond) eurent lieu au parc Victoria. Gaby Pleau, devenue adolescente, en fut la championne féminine en 1936 et 1937.

C’est le mont Murphy (qui deviendra plus tard le mont Saint-Castin), dominant le lac Beauport, qui devint, à la fin des années 1930, le berceau du ski alpin dans la région de Québec. Au début de 1939, Gaby Pleau y devint la première championne féminine régionale de ski alpin.

Avec ses élèves, Gaby est à l’extrême droite.
Avec ses élèves, Gaby est à l’extrême droite.

Elle rêvait à Saint-Moritz

À compter de 1940, Gaby Pleau participa à des compétitions dans les Laurentides, dans les Cantons-de-l’Est, en Ontario et au Vermont. Sa réputation croissait rapidement. Elle était acclamée au mont Tremblant ou à Lake Placid, se confrontant aux meilleures skieuses de l’est du continent.

En avril 1946, à 26 ans, à Banff, dans les Rocheuses, Gaby Pleau remporta une convoitée compétition qui en fit la championne canadienne. Ce triomphe lui garantissait une place dans l’équipe qui allait représenter le Canada aux Jeux olympiques d’hiver de 1948, à Saint-Moritz, dans les Alpes suisses. Son rêve se réaliserait donc enfin !

Mais le destin allait en décider autrement. Une semaine plus tard, toujours dans ce fatidique mois d’avril 1946, lors d’une compétition à Soda Springs, en Californie, l’un de ses skis se brisa sur une roche et elle fit une très vilaine chute. Sa jambe droite fut fracturée à huit endroits. L’infortunée skieuse dut être transportée sur une traîne, puis en autoneige. Le rêve olympique venait ainsi de se briser…

Le lendemain, un chirurgien lui plaça des tiges d’acier et des pansements. Il pria la skieuse de rentrer aussitôt au Québec pour y être soignée. Mais elle préféra suivre un ami qui l’invitait au Mexique. Dans ce pays chaud, la gangrène attaqua la jambe blessée. Elle échappa de justesse à l’amputation par des chirurgiens mexicains. De retour à Québec, sa jambe se fractura de nouveau et fut placée dans un plâtre pour de longs mois.

Son dévouement pour la relève

Gaby se remit tranquillement de ses blessures, pouvant skier à nouveau, mais ne participant plus à des compétitions. Le ski demeura sa passion. Décidée à transmettre à d’autres son rêve olympique, elle obtint un diplôme de monitrice et fonda, en 1947, le club-école féminin Saint-Castin. Quelques-unes de ses élèves se distingueront dans d’importantes compétitions. Femme d’affaires, Gaby fonda, en 1948, une agence d’importation d’équipements français de ski. Lorsqu’elle épousa un pharmacien en 1953, ce dernier la força à abandonner son entreprise. En 1954, Gaby devint, avec l’autorisation de son mari, la première dame de compagnie des duchesses du Carnaval. Son premier enfant, un garçon, naquit à la Noël de 1955. Elle donnera naissance plus tard à une fille. Malgré une certaine désapprobation sociale, elle quitta son mari contrôlant et emmena ses deux enfants.

Gaby Pleau s’impliqua de multiples façons dans l’Association canadienne de ski amateur, étant toujours une charmante et convaincante ambassadrice. Elle s’occupa de Nancy Greene et eut le bonheur de la voir triompher aux Jeux olympiques de 1968.

Dans les dernières décennies de sa vie, Gaby Pleau s’impliqua dans bien des œuvres caritatives ou sociales de sa paroisse de Sainte-Foy. En 1984, elle eut la joie d’être admise au prestigieux Temple de la renommée canadien du ski. Elle nous quitta en 2000. Son souvenir demeure. Au Centre de ski Le Relais, une populaire piste porte son nom. C’est aussi le cas d’un parc dans le secteur de Loretteville, qui la vit naître. Cette « reine des neiges », comme se plaisaient à la surnommer les journalistes, fut une grande dame.

Source : Les images sont tirées de Olympissimo – Elle était une fois : Gaby Pleau, par Jacques Revelin, Édition : agences Champollion.

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