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L’histoire de Fan Leung : La différence sans l’intolérance

8 juin 2020 - Par Fan Leung

Le meurtre de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter nous amènent une fois de plus – et ce ne sera sans doute pas la dernière, malheureusement, – à réfléchir au problème du racisme.

Tout d’abord, permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Fan Leung et je suis d’origine chinoise. Arrivé à Montréal à l’âge de neuf avec mes parents, je n’ai pas tardé à m’immerger dans la culture québécoise, car il me fallait m’adapter afin de pouvoir évoluer et communiquer avec autrui dans ce nouveau pays où j’allais désormais vivre. J’y suis parvenu, mais non sans difficultés, car la différence fait peur.

Quand on ne connaît pas celui qui vient d’ailleurs, cela provoque, trop souvent, hélas ! des réactions qui vont de la moquerie « inoffensive » au geste impardonnable et condamnable, le tout commis dans une indifférence qui fait mal, très mal…

Bien qu’ayant grandi au Québec, je fais partie de la minorité visible. Résultat : le racisme fait partie de ma vie depuis que j’ai quitté mon pays natal. Dès l’enfance, j’ai pris conscience du fait que j’étais susceptible d’être victime de discrimination et qu’il me faudrait être prêt à me défendre physiquement, et ce, en tout temps. Aujourd’hui, en regardant en arrière, je constate que mon vécu a fait en sorte que je suis devenu un athlète et un entraineur en sports de combat, pour me protéger d’abord et pour protéger mon entourage.

J’ai été exposé à l’intimidation et à la discrimination raciale durant la majeure partie de mes études.

J’ai dû subir au quotidien le lot des abus verbaux et souvent physiques, que ce soit dans l’autobus scolaire, dans les couloirs de l’école ou en classe, forcé chaque fois de garder le silence et d’endurer toute cette injustice. Car la moindre réponse de ma part engendrait les railleries de mes agresseurs ainsi que d’autres attaques physiques. Lorsque j’arrivais à l’école, il fallait que je me faufile pour me rendre à mon casier en toute sécurité. Bien que voulant traverser les couloirs en tentant de demeurer inaperçu, je n’avais d’autre choix que de supporter les bousculades et les insultes.

La haine était évidente : on nous détestait, car nous étions des sales Chinois, des chintoks.

Je ne sais plus combien de fois j’ai été témoin du harcèlement à l’égard de mes amis d’origine asiatique, eux qui se faisaient également battre dans les salles de bain, dans la cour d’école, dans les couloirs. Le personnel de l’école, pendant ce temps, demeurait passif devant ces actes répréhensibles. J’ai essayé de défendre mes camarades à de nombreuses occasions ; d’autres fois, je suis resté muet, de peur de paraître ridicule ou de me faire battre à mon tour, ou simplement parce que je ne savais plus quoi faire. Car personne ne venait à notre secours, personne ne semblait entendre ni voir ce qui se passait réellement, croyant davantage à des altercations banales entre jeunes de notre âge.

Je me souviens aussi d’une fois où, lors d’un cours d’enseignement « moral », alors que nous discutions des différentes ethnies, le professeur a ouvertement dit que les Asiatiques ont tendance à parler trop fort, ceci à cause de leur façon de prononcer les mots. Ce n’est pas étranger au fait que j’aie appris à chuchoter en chinois, car les surveillants nous harcelaient dès qu’on parlait dans notre langue d’origine.
Au fil du temps, j’ai fini par réaliser que l’éducation que j’ai reçue ici n’avait pas pour but de célébrer la diversité culturelle, mais bien plus celui d’inculquer une idéologie hypocrite qui renforce la xénophobie. C’était naïf de ma part de croire que ce genre d’attitude ne se retrouve que chez les jeunes, que dans le milieu scolaire. Sur le marché du travail, et même chez des amis proches, les comportements racistes se présentent de façon constante mais plus subtile, car les règles adoptées par notre société ne nous permettent pas d’être ouvertement racistes.

Et pourtant, les blagues de mauvais goût par rapport à l’identité sexuelle des hommes et à la sexualisation des femmes asiatiques, les agressions commises à l’endroit des gens aux yeux bridés, les stéréotypes associés à une nationalité donnée ne sont en fait que des manifestations cachées d’une mentalité raciste qui s’est finalement transformée en violence physique envers la communauté asiatique depuis quelques mois, et de façon encore plus concrète durant le confinement imposé par la pandémie du coronavirus.

Or, la COVID-19 ne se veut pas l’instigatrice du sentiment de haine envers les Chinois ; au contraire, elle révèle plutôt les gens qui ont déjà un sentiment de supériorité inscrit dans leur inconscient, du fait de leur éducation et de leur sens du « nationalisme ».

Si l’on reprend l’exemple du meurtre de George Floyd, autre geste hautement raciste vu les circonstances de celui-ci, ce n’est pas le premier acte du genre à avoir engendré la frustration et la révolte à travers le monde. Néanmoins, il reflète parfaitement le portrait – une fois de plus capté par les caméras – de la violence constante, provoquée et protégée par le racisme institutionnel. Mais combien d’autres, hommes ou femmes de diverses ethnies, subissent et subiront encore de telles agressions, motivées par un sentiment qui ne devrait plus avoir sa place aujourd’hui, dans un monde qui nous démontre une fois de plus que nous sommes tous fragiles, que tout peut basculer d’un jour à l’autre et qu’il importe de pouvoir compter les uns sur les autres au lieu de nous diviser ?

Il nous faut plus que jamais ouvrir les yeux. La COVID-19 existe, même si notre entourage n’est pas infecté. L’inégalité sociale existe, même si nous sommes dans le confort de notre foyer. Le racisme — institutionnel ou autre — existe, même si on ne pense pas être soi-même raciste, même si cela paraît « moins grave » ici, au Québec.

Il nous faut regarder au-delà de notre couleur de peau, tout en étant conscients de nos différences, et apprendre à respecter celles-ci. « There’s only one race. The human race. (Il n’existe qu’une seule race. La race humaine.) », comme le dit si bien Mme Jane Elliot (éducatrice et activiste anti-raciste).

Je terminerai en vous disant que je demeure malgré tout optimiste face à l’avenir. À travers mon travail d’instructeur de kickboxing (certifié par la Fédération canadienne de boxe française – savate et disciplines assimilées), j’ai trouvé ma mission : aider les gens à garder la forme, certes, mais, d’abord et avant tout, les aider à être bien dans leur peau, à se faire respecter, à respecter l’autre, et à devenir la meilleure version d’eux-mêmes.
Je continue à croire en l’être humain et en ses capacités d’amour et de gratitude envers ce que la vie lui offre, et ce peu importe sa couleur de peau, sa taille, son sexe, sa culture ou ses origines. Ensemble, nous serons toujours plus forts !

Pour suivre Fan Leung

Source : Cet article est tiré du blogue de Bellita Production. Merci à l’artiste Sabrina Ferland, présidente de Bellita Production, d’avoir accepté la reproduction de cet article.

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