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La rue Sainte-Anne, toujours attrayante

20 février 2020 - Par Jean-Marie Lebel, historien

© Photos : Fonds Daniel Abel

Les beaux jours d’été reviendront et la rue Sainte-Anne, au cœur du Vieux-Québec, retrouvera toute son animation. Ses terrasses qui font face à la place d’Armes verront s’attabler des touristes venant de tous les coins du monde. Le long du muret des jardins de la cathédrale anglicane, installés à leurs chevalets dans de petits abris, les artistes immortaliseront les portraits de gens de tous les âges… La rue Sainte-Anne fait battre le cœur des touristes et de la vieille ville.

À l’ombre de l’orme de Champlain

À la fondation de Québec, en 1608, un grand orme d’Amérique se dressait à l’angle des rues Sainte-Anne et du Trésor, dans les actuels jardins de la cathédrale anglicane. On raconte qu’au pied de cet orme, Samuel de Champlain et des Amérindiens discutaient et fumaient le calumet de paix. L’orme survécut au-delà de deux siècles à Champlain jusqu’au jour de 1845 où une tempête de vent le fit s’effondrer. Champlain, quant à lui, mourut à la Noël 1635, peu loin de son orme, dans sa maison du fort Saint-Louis, où est aujourd’hui la terrasse Dufferin.

© Fonds Daniel Abel

C’est au successeur de Champlain, le gouverneur Charles Huault de Montmagny, que l’on doit la rue Sainte-Anne et son nom. Avant même que débute l’histoire du fameux sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré en 1658, la ville de Québec avait déjà sa rue Sainte-Anne, évoquant ainsi celle qui, selon les vieilles traditions chrétiennes, fut la mère de Marie et la grand-mère de Jésus de Nazareth. En mer, les navigateurs se mettaient sous la protection de la bonne sainte Anne. On sait que ce fut le cas de Jacques Cartier. Le gouverneur Montmagny, qui vécut à Québec de 1636 à 1647, fit tracer la rue Sainte-Anne par l’arpenteur Jean Bourdon. Cette rue allait constituer le côté nord de la place d’Armes et la rue Saint-Louis son côté sud. En choisissant les noms de Saint-Louis et Sainte-Anne, le gouverneur Montmagny adoptait ainsi les noms du saint patron et de la sainte patronne des souverains français qui régnaient alors, le roi Louis XIII et son épouse, la reine Anne d’Autriche. Le nom de celle-ci était quelque peu trompeur. Elle était d’origine espagnole, fille du roi Philippe III d’Espagne. En tant que reine de France, elle s’intéressa au destin de Québec et fut généreuse pour les communautés religieuses. Devenue mère du roi Louis XIV, elle mourut en 1666.

John Dumont, portraitiste de la rue Sainte-Anne. © Fonds Daniel Abel

Le comte de Clarendon et les frères Price

Aux jours de la Nouvelle-France, la rue Sainte-Anne s’étira, longeant les jardins des Récollets (les actuels terrains de la cathédrale anglicane) et les jardins des Jésuites (les actuels terrains de l’hôtel de ville). Dans ses Mémoires, Philippe Aubert de Gaspé nous parle des beaux arbres fruitiers des jardins des Récollets et nous décrit le tragique incendie qui détruisit leur couvent en 1796. Quelques années plus tard, en 1804, fut inaugurée la cathédrale anglicane érigée dans les jardins que les Récollets avaient quittés. Cette cathédrale, qui a aujourd’hui 216 ans, n’a rien perdu de son vieux charme britannique et chaque dimanche matin, son carillon a quelque chose de londonien.

C’est en 1858 qu’un grand édifice fut construit selon les plans de Charles Baillairgé à l’angle de la rue Sainte-Anne et de la rue des Jardins. C’était pour loger l’importante imprimerie de Derbishire et Desbarats qui étaient les imprimeurs de la reine, autrement dit les imprimeurs officiels du Canada-Uni. Quelques années plus tard, ces imprimeurs déménagèrent à Ottawa, car c’est là-bas que l’on avait décidé d’installer la capitale du nouveau Canada. C’est ainsi que dans l’édifice libéré s’installa, en 1866, un hôtel, le Clarendon House, que l’on appelle de nos jours l’hôtel Clarendon. Cet hôtel, dont le nom rappelle le comte de Clarendon, qui fut premier ministre d’Angleterre, constitue de nos jours le plus ancien hôtel du Vieux-Québec.

© Fonds Daniel Abel

C’est en 1929-1930 que l’on érigea, rue Sainte-Anne, l’édifice Price pour y loger les bureaux de la compagnie Price Brothers qui possédait plusieurs moulins à papier. Il y a longtemps que la famille Price résidait à Québec. Leur édifice de 16 étages fut surnommé « le premier gratte-ciel de Québec ». Sa construction souleva un tollé. Toutefois la firme d’architectes Ross and Macdonald, à laquelle on doit aussi le bel hôtel Royal York de Toronto, sut bien insérer l’édifice Price dans la trame urbaine, avec son somptueux style Art déco et sa toiture de style Château comme celle du château Frontenac. Un œil avisé peut apercevoir dans la façade de l’édifice des « têtes d’Indiens », des écureuils et des cocottes de pin. Au sol, du côté est de l’édifice, l’Homme-rivière, une magnifique sculpture de Lucienne Cornet, met en scène un brave draveur sur des billots de bois, rappelant l’époque où les Price avaient de grands chantiers dans les forêts du Saguenay.

À qui sait regarder et prendre le temps de découvrir et de faire des rencontres, la rue Sainte-Anne a bien des histoires à raconter.

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