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Le monde du vin en 2011

25 janvier 2011 - Par Jean-Sébastien Delisle

Une profonde métamorphose

C’est bien connu, la fin de l’année est propice aux bilans et le début de la nouvelle se prête aux perspectives. Sans prétendre avoir l’esprit visionnaire d’un Nostradamus, je souhaite tout de même me prêter au jeu des prédictions dans le domaine qui me fascine, celui du vin. Je peux vous annoncer avec certitude que le monde du jus de raisin fermenté vivra une profonde métamorphose.

Actuellement, la préoccupation majeure des producteurs de vin, quel que soit leur lieu de culture, est liée aux changements climatiques. Les effets des températures qui s’élèvent sont déjà perceptibles. L’appellation Châteauneuf-du-Pape nous offre un cas de figure révélateur. Dans cette région, au cours des quarante dernières années, les vendanges ont été précipitées d’une semaine par tranche de dix ans, si bien que les vignobles récoltent aujourd’hui le raisin un mois plus tôt que dans les années soixante-dix. Pour les consommateurs, c’est un autre effet pervers qui se fait sentir : le taux d’alcool dans le vin ne cesse de grimper, si bien que Bordeaux, qui nous proposait jadis des bouteilles à 12,5 % d’alcool, embouteille désormais des flacons qui flirtent avec les 14 %. Cela a des répercussions directes sur le style de ces vins réputés, qui s’éloignent peu à peu de leur élégance et de leur raffinement d’antan.

Les producteurs sont déjà sur la piste de solutions. Ce sont ceux qui travaillent dans le Nouveau Monde, sous des conditions déjà plus ensoleillées pour la plupart, qui font office de pionniers. L’ajustement proposé vise un but précis : « désalcooliser » le vin. On utilise, pour ce faire, une technique de filtration ultra-précise qui s’appelle l’osmose inverse, ce qui permet d’éliminer une partie de l’alcool jugé excédentaire. Après les millésimes de chaleurs atypiques que furent 2000, 2003, 2005 et même 2009, les Bordelais, plutôt conservateurs d’ordinaire, s’intéressent eux aussi à cette méthode, question de ne pas trop modifier les caractères uniques qui ont fait la renommée de leurs flacons.

Mais la situation va bien au-delà des tours de passe-passe œnologiques. L’augmentation de la température à l’échelle planétaire risque de redessiner la carte viticole. Une étude sérieuse faite par des chercheurs à Colmar, en Alsace, estime en effet que ces changements auront l’effet de repousser vers le nord d’environ deux à trois cent kilomètres, voire plus, les régions de viticulture classiques. Ainsi, on élaborerait –hypothétiquement – les vins de Bourgogne en Champagne, et les vins de Champagne… en Grande-Bretagne ! Les producteurs champenois, réalisant la gravité de cette conjoncture, ont d’ailleurs commencé à acheter des terres sur l’île britannique, question de préparer le terrain à une éventuelle migration forcée.

D’un autre côté, ce ne sont pas tous les pays producteurs qui vont se plaindre de quelques degrés de chaleur supplémentaires. Certains États, situés à la limite nordique de la culture de la vigne, bénéficieront au contraire de ce réchauffement. L’Allemagne, l’Autriche, des pays de l’Europe de l’Est et le Canada seront désormais en mesure d’obtenir une meilleure maturité de leurs raisins à peau noire, ce qui leur permettra d’élaborer de plus en plus de vins rouges de qualité. Le virage est amorcé depuis quelques années, particulièrement dans les vignobles germaniques. La proportion de nouvelles plantations de vignes destinées à l’élaboration de vins rouges n’a jamais été aussi élevée.

Il faut donc se faire une raison : d’ici la fin du siècle, pratiquement tout ce que nous connaissons de la planète vin deviendra obsolète. Ou du moins subira une transformation très significative. Au lieu de regretter une époque qui, vraisemblablement, se terminera, l’occasion se présente de découvrir des terroirs et des cépages méconnus. Je parie que d’ici quelques années les bons rapports qualité-prix-plaisir proviendront d’endroits surprenants, comme la Slovénie, la Croatie ou encore la Bulgarie.

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