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Le « super mardi » : baromètre de la vie politique américaine ?

28 février 2012 - Par Nelson Michaud, Ph.D.

Le mardi 6 mars est qualifié de « super mardi » dans la course à la Maison-Blanche. Il doit son nom au fait que dix des cinquante États expriment leur choix en vue du candidat à privilégier. Au-delà des résultats obtenus, le processus nous donne une lecture intéressante des pressions qui s’exercent sur le monde politique aux États-Unis. Pour bien comprendre cette particularité du système américain que sont les caucus et les primaires, il faut nous rappeler les liens d’amour/haine que nos voisins entretiennent avec le monde politique.

Près des yeux, loin du cœur

Il nous faut d’abord remonter dans l’histoire et nous rappeler que les États-Unis sont nés d’un rejet de pouvoir politique. Certes, les 13 colonies ont voulu s’affranchir de la couronne britannique en 1776, mais il y a davantage à considérer : le désir paradoxal des Pères fondateurs, des acteurs politiques de l’époque, voire de la population, était d’admettre la nécessité d’une gouvernance collective, tout en en rejetant l’emprise de ses manifestations. Cela explique en grande partie le cynisme séculaire des Américains vis-à-vis de la fonction politique et leur désir de garder les politiciens à l’œil, tout en ne leur manifestant pas la plus grande sympathie.

Des symboles parlants

Dès l’origine du pays, certains symboles ont clairement traduit ce rejet du pouvoir politique. Ainsi, le drapeau de l’État de New York nous offre une figure allégorique présentant la liberté qui chasse du pied une couronne, image rappelant le pouvoir politique. Et si aujourd’hui les yeux de la planète se tournent vers Washington plutôt que vers New York ou Philadelphie, qui avaient été choisies comme premières capitales, c’est parce qu’il a fallu établir les centres décisionnels loin des assauts de la population : Washington n’était alors qu’un distant endroit marécageux duquel a émergé une ville conçue par les soins d’un architecte français.

Des institutions marquées

Par ailleurs, l’élection du président, qui passe par les « grands électeurs » représentant chacun des États plutôt que par la population en général, est une autre manifestation de distance sciemment placée entre le peuple et le pouvoir politique. Le fait que les comtés – même pas les États – soient responsables du mode de scrutin, et non un bureau central national (un directeur général des élections, comme chez nous), en témoigne tout autant. Enfin, il faut lire les Federalist Papers, ces manifestes écrits au temps du débat autour d’une constitution qui tardait à être adoptée, pour comprendre l’origine de cette dynamique de méfiance qui imprègne encore aujourd’hui le contexte politique américain.

Donc, avant de nous laisser emporter par la fièvre électorale américaine que les médias vont assurément nous transmettre au cours des prochains mois, et avant de succomber à la tentation d’appliquer chez nous des pratiques ancrées dans une culture distincte de la nôtre, il peut être intéressant d’en faire une lecture contextualisée. Nous y verrons que chaque État, chaque nation se dote d’un système politique qui est le fruit de son histoire et de ses valeurs propres. Se familiariser avec les caractéristiques de celui-ci est non seulement nécessaire pour bien comprendre ce qui s’y déroule, mais c’est aussi le meilleur moyen d’apprécier ce qui nous distingue.

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