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Les Québécois sur la Côte d’Azur

9 mars 2020 - Par Jean Chouzenoux, correspondant européen

Sur la photo : Le Bar des Oiseaux, un ancien resto-théâtre reconverti.

Pourquoi certains Québécois, qui veulent se distancer de la rigueur hivernale, optent pour le sud-est de la France en lieu et place de la Floride ou des Bahamas ?

Sur la Côte-d’Azur, en mars, pas de sable fin comme à Cuba, pas de pina colada à siroter comme sous le soleil des tropiques et vous ne serez pas liquéfié par la chaleur accablante comme à Playa del Carmen au Mexique.

M’est d’avis qu’ils recherchent davantage la douceur du climat, le soleil et le ciel d’azur mais à 15 c, l’avantage de marcher dehors sans enfiler les bottes ou prendre le tramway sans claquer des dents à chaque station (vous l’entendez la chanson de Dominique Michel ou celle de Robert Charlebois ?). Mais je crois aussi que ces snow birds europhiles privilégient avant tout un certain "Art de vivre" !

À Nice, où je vois de plus en plus de Québécois défiler chaque hiver, j’observe le comportement de ces touristes saisonniers. Le bord de mer les enchante d’emblée, les longues marches au soleil ont alors la cote d’autant que l’on peut faire une halte et déguster un verre de rosé bien frais à l’un ou l’autre des restaurants de plage ouverts en permanence.

Pour les romantiques et les hédonistes, les balades dans l’arrière-pays sont de circonstance. Ceux-ci se hasardent et roulent en gravissant cols et lacets pour atteindre certains pics rocheux où sont plantés des villages médiévaux et leurs châteaux.

Pour les mondains et jet setters, il faut louer la voiture sport décapotable et emprunter la basse ou moyenne corniche avec sa vue en plongée sur la Grande Bleue d’un côté et les falaises alpines de couleur ocre de l’autre, pour se rendre à Monaco, sur la Riviera italienne ou vers l’Est à Cannes et St-Tropez. D’autres plus ludiques ou plus ouverts aux beautés évanescentes de l’art, visitent les musées de Picasso à Antibes, Chagall et Matisse à Nice ou Giacometti à St-Paul de Vence.

Gastronomie méditerranéenne

En revanche, le point de ralliement incontestable, pour tous ces Québécois qui hivernent dans ce pays de cocagne, demeure la recherche d’authenticité gustative et d’expériences gastronomiques exotiques, voire provençales.

Le but de cette chronique est de vous vanter les mérites de la région niçoise et de vous y attirer. Or, si vous vous laissez tenter et décidez d’y venir l’hiver prochain, voici quelques suggestions.

Pour ceux qui louent un appartement et aiment cuisiner, levés au chant du coq, vous irez faire vos emplettes (votre ti-panier sous le bras) au marché du Cours Saleya ou de la Place Libération. Au gré des récoltes de saison, fruits et légumes variés colorent les étals des maraîchers venus de la proche campagne. Dans l’allée aux poissons, selon la pêche de la nuit, vous choisirez parmi les daurades, loups de mer, rougets ou sèches. Enfin, vous continuerez votre pèlerinage avec des arrêts forcés chez le boucher, le fromager, le pâtissier et le marchand de vin. Ne vous reste qu’à dresser la table !

La cuisine niçoise recèle de trésors territoriaux tels la pissaladière, les petits (légumes) farcis, le pan bagnat, la Socca (tarte à la farine de pois chiches), la daube, les raviolis niçois, les fleurs de courgettes farcies et la célèbre salade niçoise. Nous avons droit ici à une cuisine inventive, colorée, parfumée, qui a désormais ses lettres de noblesse et son propre label « cuisine nissarde » reconnue au Patrimoine culturel immatériel de France. Les influences de la cuisine méditerranéenne sont nombreuses, notamment du sud de la France, de Marseille à Nice en faisant un crochet par la Corse, de l’Italie toute proche ou encore des pays d’Afrique du Nord juste en face. Or, ce qui distingue cette cuisine du cru demeurent la fraîcheur des produits, l’authenticité et l’intensité du goût. Pendant votre séjour, il vous faudra croquer au moins une fois dans une tomate miranda ou vous délecter d’une tapenade aux petites olive niçoises ! Enfin, vous comblerez tous vos plaisirs en ouvrant et en vous servant un verre Rosé de Provence, de blanc de Cassis ou de rouge de Bellet.

Trois restaurants coups de cœur !

C’est bien beau, mais vous êtes en vacances après tout et vous rêvez de vous faire servir. Le Vieux Nice regorge de restaurants, estaminets, troquets, bistrots qui sauront combler vos attentes. Mais attention les pièges à touristes sont aussi légion. Imprimez cet article et rangez-le dans vos bagages si vous venez sur la Côte d’Azur prochainement. Vous pourrez alors vous rendre à l’une de ces trois adresses.

Le Bistrot d’Antoine

Ce sympathique bistrot propose une cuisine du terroir.

À l’entrée du Vieux-Nice, ce sympathique bistrot propose une cuisine du terroir où se côtoient joue de bœuf confite, porcelet en cocotte, boudin noir, chou farci et autres rognons de veau. L’ambiance y est fort conviviale, la promiscuité en salle favorise les discussions avec les convives des tables voisines, une salle à l’étage si vous êtes plusieurs et quelques tables en extérieur (à l’année svp) complètent le décor. Justement en montant à l’étage, prenez le temps de jeter un œil aux tableaux accrochés aux murs représentant des Présidents français revêtant des tenues surprenantes. Hilarant ! Amplement encensé dans les guides gastronomiques, y obtenir une table relève parfois du parcours du combattant, mais soyez persévérants vous n’en serez que ravis.

Au Bistrot d’Antoine, c’est délicieux, authentique, gourmand, goûteux et le service enjoué. La patronne des lieux, la pétillante Sophie, vous accueillera avec chaleur, vous gratifiera d’un sourire amical et si vous mangez bien, vous claquera la bise quand vous repartirez, repus. Surtout tendez bien l’oreille, vous courrez la chance d’entendre l’accent québécois car cette adresse est devenue, pour plusieurs de nos compatriotes, le point de départ de la tournée des bonnes tables niçoises.

Le Bar des Oiseaux

Le sympathique Armand Crespo devant la cuisine et dans son décor coloré

Quelques mètres plus loin, enfoui au cœur du Vieux-Nice, à l’angle de deux rues étroites, cet ancien resto-théâtre reconverti est rapidement devenu incontournable pour la bande de québécois qui fréquente Nice depuis bientôt une dizaine d’années. Ici, c’est le très sympathique Armand qui vous accueille du mardi au samedi dans son établissement au décor pop-art, bigarré et garni de pièces d’arts hétéroclites. En franchissant le pas de la porte, vous passez devant la cuisine ouverte sur la salle. Vous y voyez les chefs jouer leur partition dans un espace restreint où chaque geste requiert une grande précision. Ne manque que les tutus à ces cuisiniers qui allient rigueur et grâce dans leurs mouvements millimétrés. Vous voilà conquis avant même d’être attablés. Le truc génial à cette enseigne est la diversité du menu, les spécialités régionales telles la bourride, le poulpe à la plancha et ses gnocchi, les raviolis avec sabayon à l’huile de truffe garni d’un œuf mollet et, véritable signature de l’établissement, le risotto de langues d’oiseaux (petites pâtes) et sa garniture de saison ; ces spécialités disais-je côtoient les classiques comme le magret de canard ou le filet de cochon. En outre prenez note que le patron, fin connaisseur, a concocté une carte des vins qui recèlent de trouvailles issues principalement du sud de la France et surtout que…vous ne vous ferez pas plumé en acquittant l’ardoise. Osez et dites à Armand que vous venez de ma part !

L’African Queen

Vous y croyez au décor de rêve de l’African Queen ? Voici votre hôte, Gilbert Vissian,

Cette table distinguée se trouve à Beaulieu-sur-mer, sur la route entre Nice et Monaco. Les plus vieux se doutent que ce nom évoque le célèbre film avec Humphrey Boggart ! Bien visé, car celui qui a ouvert l’établissement il y a cinquante ans était un fan inconditionnel de l’acteur. Qui plus est, toujours pour expliquer ce nom un peu bizarre, sachez que nous sommes sur le port de Beaulieu, entre mer et montagne, qu’il y fait en moyenne deux degrés de plus qu’aux alentours et que ce phénomène a inspiré le nom de Petite Afrique à ce secteur. Voilà pour ces considérations nominales. Mais, serait-ce à cause de ce nom inspiré du monde du cinéma que cette adresse est devenue le point de chute de nombreuses vedettes du septième art et de la scène musicale ? David Niven (La Panthère rose) propriétaire d’une villa au Cap Ferrat en fait sa cantine dès les débuts, s’y sont relayés Sophia Loren, Tony Curtis et les Rolling Stones. Mais ça c’était avant ! aujourd’hui c’est Bono et sa bande de U-2 ou le Prince de Monaco que l’on peut voir attablés discrètement en salle ou ostentatoirement en terrasse, face aux yachts gros comme ça ! En revanche nul besoin d’être une Star pour que le maître des lieux, le très courtois Gibert Vissian vous accueille à bras ouverts. Celui-ci y a débuté comme serveur et par amour et passion a racheté l’établissement. À l’African Queen vous serez la vedette dans ce décor de cinéma ou l’on dénote style et classe, bien que l’on soit en terrasse sur le port. À table le maître d’hôtel vous présentera l’assiette de poissons issus de la pêche du jour et le plateau de pièces de viandes, sinon la carte saura vous combler. Et attendez de voir le plateau de desserts ! Enfin, ne soyez pas étonnés, il est habituel de voir repartir certains clients à bord de leur Rolls-Royce ou Bently que le chauffeur aura avancé au préalable.

Un clin d’œil à Québec

Il y a quelques semaines, une amie m’a informé de l’ouverture d’un nouveau petit resto à Antibes (à 20 minutes de Nice). Je me suis empressé d’y aller O’Kebec. Devinez quelle en est la spécialité ? Et bien oui…la poutine ! De la vraie qui goûte (presque) comme chez Ashton. L’Originale avec du fromage en grain qui fait "skouik skouik", mais aussi, quelques déclinaisons, dont une avec du sirop d’érable. Humm... que ça fait du bien au Québécois que je suis ! Je vous reparlerai bientôt de ce jeune couple de franco-québécois qui a eu l’idée originale d’ouvrir cet établissement. J’ai discuté brièvement avec Vanessa Francis, originaire de Charlesbourg, et son mari antibois qui a concocté la fameuse sauce à poutine… Me semble qu’ils ont bien des choses à raconter !

Je termine en espérant vous avoir inspiré et aidé à planifier vos sorties lors de vos prochaines vacances sur la Côte-d’Azur. Attendez quand même que cet épisode de Corona Virus soit terminé.

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