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Notre amphithéâtre de 1931

1er novembre 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

C’est avec une évidente frénésie que bien des gens attendent le nouvel amphithéâtre de Québec, prévu pour 2015. C’était aussi il y a une quatre-vingtaine d’années que l’on rendit publics les plans novateurs de notre premier amphithéâtre. Et, comme de nos jours, Québec avait bien besoin d’un nouvel amphithéâtre !

D’abord un palais pour l’agriculture

C’était au temps du maire Henri-Edgar Lavigueur, un populaire marchand de pianos de la rue Saint-Jean du Vieux-Québec. En 1930, l’Exposition provinciale de Québec, qui était une grande exposition agricole, attendait depuis longtemps son palais de l’agriculture. Finalement, en 1929, sous la recommandation du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, l’architecte Raoul Chênevert avait été désigné pour concevoir un grand palais de l’agriculture. En cette période de crise économique, l’administration municipale avait réussi, avec l’appui des gouvernements provincial et fédéral, à amasser les 275 000 $ nécessaires pour financer la construction de l’édifice qui débuta à l’été 1930. Cela faisait partie des investissements durant la Grande Crise pour combattre le chômage.

Le premier Colisée en 1946
Le premier Colisée en 1946

Le lieu choisi sur les terrains de l’Exposition (sur le site de notre actuel Pavillon de la jeunesse) donnait sur la grande place centrale. Le Palais de l’agriculture constituait donc le pendant du Palais de l’industrie de 1924. L’édifice fut inauguré du 20 au 23 août 1931 par des concerts de la fanfare du Royal 22e Régiment. Comme le démontre le programme-souvenir qui parut alors, le Palais de l’agriculture fut dès ses débuts aussi appelé « Colisée ». L’adoption de ce dernier nom fut davantage inspirée par les Coliseums sportifs des États-Unis que par l’antique Colisée de Rome.

Des jugements d’animaux et de grands rassemblements

Ce premier amphithéâtre abritait une arène de 204 pieds (61 mètres) sur 94 pieds (24 mètres) pour les jugements d’animaux, les tirs de chevaux et les spectacles de chevaux attelés. Dans les estrades, 2 000 personnes pouvaient s’asseoir.

En dehors de la tenue de l’Exposition provinciale, on prit coutume d’y organiser de grands rassemblements. Dès 1931, on joua dans l’arène de ce premier Colisée une série de représentations théâtrales de La Passion qui connurent un grand retentissement et attirèrent dans les estrades pas moins de 50 000 spectateurs au total. Du jamais-vu jusqu’alors à Québec ! Les Québécois avaient décidément adopté leur nouvel amphithéâtre. En 1935, c’est dans ce Colisée que le Britannique lord Baden-Powell, fondateur et grand chef des scouts, présida solennellement la revue de tous les scouts de Québec.

Le programme-souvenir de l’inauguration, 1931.
Le programme-souvenir de l’inauguration, 1931.

C’est aussi dans ce Colisée que l’éminent abbé Lionel Groulx prononça, en 1937, le discours le plus célèbre de sa longue carrière, lors du Deuxième Congrès de la langue française au Canada. Dans une envolée, l’abbé Groulx souleva l’enthousiasme des congressistes, issus de tous les coins de l’Amérique, en s’écriant : « Notre État français, nous l’aurons ! »

La mutation du Colisée

Ce fut un drame qui amena le hockey au Colisée en 1942. En effet, le 30 juin de cette année-là, l’incendie de l’aréna de Québec (situé entre le stade municipal de baseball et la manufacture de tabacs Rock City) laissait la ville sans stade couvert pour le hockey. L’aréna avait été le domicile des Aces ou As de Québec. Cette dernière équipe de hockey, de niveau senior, alors la plus importante à Québec, se cherchait donc un nouveau toit. Son passé était déjà glorieux. Formée à l’origine d’employés de la papeterie de l’Anglo Canadian Pulp du quartier Limoilou, elle avait d’ailleurs été baptisée « Aces » par l’adoption des premières lettres des mots Anglo Canadian Employees.

En cet été de 1942, le temps pressait. Alors que le Quebec Skating Rink et l’aréna avaient été des propriétés privées, l’administration du maire Lucien Borne décida que le nouveau stade de hockey serait propriété publique et elle se tourna du côté du Parc de l’Exposition provinciale. Elle prit l’inattendue décision de transformer en patinoire l’arène des jugements d’animaux du Colisée inauguré 11 ans plus tôt. Il fut cependant entendu que l’Exposition provinciale continuerait à utiliser l’édifice pour ses spectacles et ses jugements d’animaux.

Durant sept hivers consécutifs, de décembre 1942 à mars 1949, on joua donc au hockey dans ce premier Colisée. Les As y connurent beaucoup de succès. Ludger Tremblay (le frère aîné de Gilles des Canadiens de Montréal) fut l’un de leurs joueurs vedettes. En 1944, les As remportèrent la prestigieuse coupe Allan, emblème de la suprématie du hockey senior au Canada.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une coutume prit forme dans ce premier Colisée. De colorés spectacles sur glace furent présentés chaque hiver de 1946 à 1949. Ces spectacles, très populaires auprès de toutes les classes de la société, étaient présentés par la troupe de patineurs professionnels des Ice Cycles, regroupant des membres des Ice Follies et des Ice Capades. La féerie était au rendez-vous avec leurs spectacles, dont les chorégraphies et les musiques empruntaient régulièrement aux grands spectacles de Broadway. Chaque hiver, un vent new-yorkais soufflait donc sur Québec.

En novembre 1947, les joueurs du club de hockey Québec Junior, qui évoluaient aussi au Colisée, devinrent les Citadelles de Québec. Maurice « Moe » Simard fut leur premier joueur vedette. Portant le numéro 9 comme son idole, il voulait imiter Maurice Richard des Canadiens. Le gardien de but Jacques Plante et le rusé joueur d’avant Camille Henry s’illustrèrent aussi avec les Citadelles et marquèrent l’histoire du premier Colisée.

Place à la jeunesse !

Un triste sort attendait notre premier amphithéâtre. Par une froide nuit, le 15 mars 1949, il fut la proie des flammes. Les Citadelles, comme les As, perdirent leurs équipements et beaucoup de souvenirs. C’est ainsi que disparaissait le bel édifice de l’architecte Raoul Chênevert, avec ses arcades en façade et ses fenêtres hautes qui couronnaient et éclairaient l’édifice.

Dans les ruines de ce premier Colisée, un second Palais de l’agriculture fut érigé en 1950. Les murailles de briques, restées debout, purent être réutilisées. Durant les années 1950 et 1960, les gens de Québec désignèrent souvent ce Palais de l’agriculture sous le nom de « Petit Colisée », en opposition au grand Colisée érigé plus loin en 1949. C’est depuis 1969 qu’il est officiellement appelé « Pavillon de la jeunesse ». Et, à peine à une centaine de pas de lui, un tout nouvel amphithéâtre prendra bientôt place.

Sources des illustrations : J.-M. Lebel, L’Expo. Plaisir et découvertes à Québec, Les Publications du Québec, 2011.

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