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[POINT DE VUE] Un retour au Québec

1er novembre 2022 - Par Jean Chouzenoux, correspondant européen

Sur la photo : Mes idoles à la place Jean-Béliveau, près de Centre Vidéotron, à Québec.

J’ai vécu à Québec durant 50 ans. J’ai fréquenté et ai vécu à Montréal une vingtaine d’années. Je vis à Nice depuis 12 ans et retourne à mes anciennes amours une ou deux fois l’an. Une passion que j’ai développée est de faire régulièrement le tour de mes villes pour voir comment elle se développent.

J’aime me balader autour des chantiers pour voir leur progression et leur inscription dans le paysage. Dernières visites en date, en octobre dernier où j’ai sillonné les grandes artères et petites rues de Québec. À Montréal, je me suis baladé à pied et me suis même payé un tour de ville en car de touristes !

Or, en cette période de grande effervescence où, autant à Québec qu’à Montréal, des ouvriers de la construction s’activent, des grues barrent le ciel, des engins grouillent et des cônes orange obstruent nos rues, j’ai posé mon regard d’urbaniste d’estrade. Qu’en est-il du REM, du tramway, du troisième lien, des travaux au tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine ?

De belles améliorations à Montréal

Enfin, arriver au Québec par l’aéroport YUL et entrer à Montréal par voie terrestre ne relève plus du cauchemar. Une belle autoroute avec voie réservée aux bus et taxi permet d’accéder au centre-ville en moins de quinze minutes.

Une signature pour Montréal, la fresque de Léonard Cohen

Que dire du nouveau bel échangeur Turcot sinon que c’était une hérésie de gaspiller autant de béton dans les années 1960. Au cours du trajet, on admire le nouvel hôpital anglophone et surtout, on reste pantois devant le spectacle offert par tous ces gratte-ciels qui rivalisent d’audace sur le plan architectural.

Deux superbes tours qui jouxtent le quartier des spectacles au centre-ville de Montréal.

Si on continue à l’ouest, se dessine la courbe du pont Samuel-de-Champlain illuminé en soirée. Frisson ! À pied, j’ai arpenté le dynamique Quartier des spectacles, contourné la Maison symphonique et, juste à l’arrière, découvert l’Espace René Lévesque. Plus loin, j’ai admiré l’Anneau de l’Esplanade Ville-Marie. Déjà, il y a deux ans, j’étais ravi par la transformation de l’autoroute Bonaventure en voie urbaine bordée d’arbres et de l’illumination du pont Jacques-Cartier. La piétonisation de la Sainte-Catherine dans l’est, la nouvelle avenue McGill, le partage de la route réussi sur la rue Saint-Denis, l’idée géniale d’immortaliser nos grandes personnalités au moyen de fresques aussi sublimes qu’émouvantes et voir autant de magnifiques immeubles sortir de terre au centre-ville… un pur ravissement !

En revanche, un gros doute m’assaille de voir Montréal être balafré par les hideux piliers du futur REM. Ce que l’on voit pointer à l’est n’est pas de bon augure. Aura-t-on mis à terre la structure de l’échangeur Turcot pour la remplacer par un monstre de béton en plein centre-ville ? Un tour sous les piliers tagués qui s’effritent de l’autoroute 40 s’impose pour éviter de reproduire un pareil désastre. Enfin, on ne peut éviter de parler de ce qui est devenu l’emblème de la métropole, les fameux cônes orange, premiers témoins de l’état lamentable des routes défoncées, des multitudes travaux non coordonnés, des infrastructures désuètes et des détours innombrables. Déambuler sur le boulevard Saint-Laurent éventré, aux façades placardées, est une réelle désolation. Ajoutons une couche à ce délire avec le chantier qui débute au tunnel L-H Lafontaine. Ce qui me fait dire que Montréal est admirable dans sa verticalité et disgracieuse dans son horizontalité.

Québec, un charme en Amérique

Côté face, Québec est une ville sublime, une carte postale. Côté pile, la capitale est d’une quiétude morose. Je parle du calme ambiant lorsqu’on y circule de jour, non pas de sa riche vie culturelle. Dans la tourmente entourant les projets de tramway, de rénovation des deux ponts et de la construction d’un troisième lien sous le fleuve, je me questionne face à ce que j’ai constaté le mois dernier.

Contrairement à Montréal, qui a longtemps négligé l’entretien de son réseau routier et de ses infrastructures, les grands axes routiers de Québec sont généralement impeccables, propres, en bon état, et les nombreux chantiers sont bien circonscrits. J’ai adoré ce que l’on voit poindre avec la dernière phase de la Promenade Samuel-de-Champlain, la nouvelle aile du Musée national des beaux-arts, la Place Jean-Béliveau au Centre Vidéotron, le Diamant de la Place d’Youville ou l’érection de nombreuses tours à logements. Ma désolation est ailleurs.

Quand je m’y balade le jour, le soir ou les fins de semaines… il y manque le dynamisme et l’énergie d’antan. C’est sans doute cliché de l’écrire, mais c’est mon constat, du trafic il y en a 90 minutes le matin, 90 minutes le soir ainsi qu’aux abords des chantiers et des « power center ». Le reste du temps, sur les extra-larges autoroutes de la Capitale, Montmorency, Robert-Bourrassa ou Laurentienne, sur le boulevard Laurier ou René-Lévesque, j’y ai conduis en toute tranquillité. En outre, j’avais le temps d’apercevoir des autobus circuler avec deux ou trois passagers à bord, me demandant ce qu’il en serait dans le futur tramway hors des heures de pointe ? Par ailleurs, bien que je comprenne l’idée d’éviter l’effet fer à cheval pour les gens de la rive sud qui doivent se rendre jusqu’aux ponts avant de revenir vers Québec, le fait de déverser un flot de véhicules au cœur de la basse-ville m’apparaît anachronique en notre époque, même si une place prépondérante doit être accordée aux transports collectifs.

En fait, c’est davantage le coût de ces travaux pharaoniques qui me pose question face aux avantages escomptés. Mon sentiment est qu’une majorité de citoyens viennent à Québec pour travailler avant de retourner dans les banlieues toutes dotées désormais de méga centres commerciaux, de salles de cinéma multiplex, d’arénas modernes, de piscines et de terrains de jeux. D’où cette affluence et ce bouillonnement qui manquent en ville. Les projets de tramway et de tunnel cherchent-ils à repeupler la ville aux abords de ces nouveaux axes ? Si oui, bonne chance, car dans la grande région de Québec, l’étalement urbain est déjà une réalité !

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