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Quand nous allions au Jardin zoologique

7 juin 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Dans l’arrondissement de Charlesbourg, le pittoresque et fleuri parc des Moulins longe la sinueuse rivière du Berger, parsemée de cascades. À quelques pas de là se dresse, chaque hiver, un impressionnant hôtel de glace. Ces populaires attractions occupent le site du défunt Jardin zoologique du Québec, dont de nombreux Québécois gardent en mémoire de beaux souvenirs.

La genèse d’un jardin

Remontons en 1931. C’était au temps de la Grande Crise. L’ambitieux ministre québécois de la Colonisation, de la Chasse et de la Pêche de l’époque, Hector Laferté, faisait alors aménager une ferme expérimentale pour l’élevage des animaux à fourrure. Ces travaux, comme bien d’autres, permettaient alors de venir en aide à des chômeurs. Le site choisi était à sept miles de Québec, au nord du village de Charlesbourg, là où la rivière du Berger avait fait fonctionner plusieurs moulins. D’ailleurs, le moulin à tabac Douville n’y avait cessé ses activités que 10 ans auparavant.

La rivière du Berger et un sentier empierré
La rivière du Berger et un sentier empierré

Puis, le ministre accepta l’idée de joindre un petit jardin zoologique à la ferme expérimentale pour y attirer des visiteurs. C’est pour sa gestion que fut fondée, en 1932, la Société zoologique de Québec, formée de naturalistes de la région. Il fut décidé de mettre en valeur la faune et le patrimoine du Québec. Misant sur l’architecture traditionnelle, l’architecte Sylvio Brassard conçut la construction dès 1932 d’un moulin à vent et de maisons de pierre d’allure Nouvelle-France (ils existent encore). Pour souligner la présence amérindienne, le grand Totem du Nid de l’Aigle fut dressé. Marius Barbeau l’avait acquis d’une tribu de la Colombie-Britannique. Les fondateurs voulaient aussi faire du zoo un beau jardin fleuri. Des aménagements furent faits le long de la rivière. De beaux ponts de pierre furent construits.

Couverture du Guide des visiteurs de 1969
Couverture du Guide des visiteurs de 1969

C’est finalement à l’été de 1933 que le Jardin zoologique fut inauguré. Les visiteurs, le trouvant bien loin du centre-ville de Québec, prirent coutume de l’appeler « zoo de Charlesbourg ». Les premières vedettes du zoo furent des bisons. Les visiteurs pouvaient aussi y voir des cerfs, des orignaux, des loups, des coyotes, des renards, des castors et des rats musqués. Plusieurs de ces animaux provenaient de l’ancien petit zoo de l’hôtel Kent House (près de la chute Montmorency) qui avait été organisé par la compagnie Holt, Renfrew & Co. de Québec.

Une tragédie qui fit jaser

Les administrateurs du nouveau zoo avaient comme ambition de constituer, au cours des années suivantes, une collection complète de tous les animaux sauvages qui vivent dans la forêt québécoise et dans le Grand Nord. L’année 1939 fut certes marquée, à Québec, par la visite du roi Georges VI et le déclenchement de la guerre, mais aussi par un événement tragique.

Les bisons et leurs quartiers d’hiver
Les bisons et leurs quartiers d’hiver

En effet, le 3 juillet, jour de la Fête de Québec, un horrible drame se déroulait au Jardin zoologique. Le docteur Joseph Germain, directeur de l’Unité sanitaire de Rimouski, y avait amené en visite deux de ses enfants. Ceux-ci admiraient les puissants ours polaires que l’on y trouvait quand le médecin décida d’offrir des arachides aux ours à travers la clôture. C’est alors que l’un des ours réussit à lui tirer un bras et à le lui arracher. L’autre ours en fit tout autant de l’autre bras. Puis, l’un des ours lui dévora la cuisse gauche, devant les yeux horrifiés de ses enfants. Quand, alertés, des gardiens accoururent, il était trop tard. Le Rimouskois, en lambeaux, était mort. Ce fut une leçon pour les administrateurs, qui renforcèrent et doublèrent bien des clôtures.

D’au-delà des mers

Dans les années 1940 furent construits des volières et des quartiers d’hiver pour une riche collection d’oiseaux provenant des quatre coins du globe. Les aigles, les condors et d’autres oiseaux de proie en étaient les principales attractions. L’énigmatique harfang des neiges fascinait.

D’année en année s’ajoutèrent des mammifères exotiques : des lamas, des zèbres, des singes. L’année 1956 fut marquante. On inaugura alors un grand pavillon blanc, qui fut surnommé le pavillon des fauves ou des félins. Il logeait de grands félins africains ou asiatiques, tels que des lions, des tigres et des jaguars. Devant l’imposant pavillon fut aménagé un grand jardin à la française. En 1966, le jardin comptait 1 200 pensionnaires, appartenant à 68 espèces de mammifères et à 295 espèces d’oiseaux. Québec avait maintenant son arche de Noé. Nourrir autant d’animaux était devenu un véritable casse-tête. Chacun ayant ses caprices.

L’aventure de la serre océanique

En 1985, le Jardin zoologique de Québec devint le Jardin zoologique du Québec. En 1995, le gouvernement du Québec en confia la gestion à la Société des parcs de sciences naturelles du Québec. En 2001, cette société amorça de grands travaux de réaménagement. Elle se départit des mammifères canadiens et des fauves pour miser sur les espèces aviaires. La situation n’était plus celle des années 1930, car les zoos de Granby et de Saint-Félicien étaient devenus d’importants concurrents. En juin 2003, le jardin rouvrit. La nouvelle serre océanienne, ou serre indo-australienne, en était la nouvelle grande attraction. Toutefois, le pari était risqué. Le « virage oiseaux » souleva des critiques. Le succès escompté ne fut point au rendez-vous. En novembre 2005, un ministre annonça que le Jardin zoologique du Québec fermerait ses portes le 31 mars 2006. À l’initiative de la Chambre de commerce des entrepreneurs de Québec, la Coalition pour la sauvegarde du Jardin zoologique fut fondée. Ses efforts furent vains. Le 26 mars, 5 000 personnes manifestèrent pour s’opposer à la fermeture. Puis, 5 jours plus tard, le 31, à 16 heures, le Jardin zoologique ferma définitivement.

Beaucoup de gens de Québec y avaient vu pour la première fois des loups, des renards, des castors… S’y rendant assez souvent, ils s’étaient attachés aux animaux, les avaient vus grandir, s’épanouir, devenir parents. Comme pour beaucoup de ces gens, la fermeture de notre zoo m’a bouleversé et j’en porte encore le deuil. Et tant d’animaux qui semblaient sortis tout droit des Fables de La Fontaine de notre petite école y sont retournés.

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