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Un tour de notre bonne vieille île d’Orléans… en 1928

5 juillet 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

C’est en 1928 que l’archiviste et historien lévisien Pierre-Georges Roy publia son remarquable livre sur l’île d’Orléans. Magnifiquement illustré et imprimé avec soin sur du beau papier, cet ouvrage fait de nos jours le bonheur des collectionneurs de livres anciens. Avec Roy, faisons un tour de l’île patrimoniale et redécouvrons-la telle qu’elle était en cette année 1928.

Une île habitée par des sorciers ?

À la fois si proche et si loin de Québec, l’île d’Orléans semblait encore bien mystérieuse au temps de Roy. Le pont de l’île n’existait pas encore (il sera inauguré en 1935). Bien peu de gens de Québec s’étaient rendus sur l’île et beaucoup d’Orléanais ne venaient que rarement à Québec. L’été, un petit navire à vapeur faisait la navette entre Québec et le quai de Sainte-Pétronille. L’hiver, un pont de glace se formait sur le chenal nord, reliant Saint-Pierre à la côte de Beaupré. Les gens de l’île ne possédaient pas d’automobiles et plusieurs résidaient dans de vieilles maisons de pierres datant de la Nouvelle-France, n’ayant ni électricité ni eau courante. Des poêles à deux ponts réchauffaient encore bien des cuisines.

La vieille église de Saint-Pierre, 1928.
La vieille église de Saint-Pierre, 1928.

À Québec, c’était surtout sur les places des marchés publics que l’on apercevait des habitants de l’île, qui venaient y vendre, entre autres, leurs fameuses fraises et pommes, mais aussi des mitaines tricotées ou des laizes de catalogne. Leurs habillements et parlers semblaient vieillots. Depuis au moins deux siècles, on les appelait « les Sorciers de l’île ». Cela remontait au temps où, la nuit, on pouvait apercevoir d’étranges lueurs sur les berges de l’île, se reflétant sur les eaux du fleuve. Qu’est-ce que cela pouvait bien être ? Les insulaires se gardaient bien d’éclaircir le mystère. Ce n’était pourtant pas si sorcier et Roy nous élucide le mystère : les lueurs étaient provoquées par des hommes de l’île qui, munis de flambeaux, se rendaient à marée basse saisir les anguilles prises dans leurs pêches.

La préparation d’une fournée de pains, 1928.
La préparation d’une fournée de pains, 1928.

Saint-Pierre et son fromage « raffiné »

La plus populeuse des paroisses de l’île était Saint-Pierre. Et ses fraises étaient les plus populaires. Sa très vieille église s’enorgueillissait d’abriter le tombeau d’un évêque. En effet, l’un des curés de la paroisse, Mgr d’Esgly, désigné évêque de Québec en 1784, s’était entêté à ne pas quitter son île et avait gouverné le diocèse à partir de son humble presbytère. La paroisse était réputée pour son fromage « raffiné ». Seules dix familles en fabriquaient et ne voulaient pas révéler les procédés de fabrication de ce petit fromage à pâte molle très fine. C’était sûrement de France que leurs lointains ancêtres avaient amené leurs procédés au 17e siècle.

Une famille à Saint-Pierre, 1928.
Une famille à Saint-Pierre, 1928.

Sainte-Famille et ses trois clochers

Séparée de Saint-Pierre par la rivière Pot-au-Beurre, la paroisse Sainte-Famille était la plus ancienne de l’île. On y avait commencé la construction d’une église dès les années 1660. La paroisse se donnait des airs de grandeur, possédant le seul couvent de l’île, qui avait été fondé en 1685 par nulle autre que Marguerite Bourgeoys. Et l’église se voulait une petite cathédrale avec ses trois clochers et ses cinq statues de la Sainte-Famille en façade, qui avaient été sculptées à Québec dans le célèbre atelier des frères Levasseur.

Saint-François que hante le cap Tourmente

Puis, Roy se déplaça vers le Bas de l’île, comme on appelait le territoire occupé par la paroisse de Saint-François que survolaient les oies blanches. De l’autre côté du fleuve, le cap Tourmente se profilait au loin avec, à ses pieds, Saint-Joachim. Le souvenir d’une tragédie unissait Saint-François à Saint-Joachim. En 1787, Louis Beaudoin de Saint-François s’était rendu à Saint-Joachim y épouser Agnès Paré. Il avait amené avec lui des parents et amis. À leur retour, la grande chaloupe fit naufrage et les 15 passagers, dont les deux nouveaux mariés, périrent.

Une ferme ancestrale à Saint-François, 1928.
Une ferme ancestrale à Saint-François, 1928.

Saint-Jean et ses intrépides pilotes

Situé du côté sud de l’île, le destin de Saint-Jean était lié au fleuve. Son église et son cimetière longeaient le grand cours d’eau. Lorsqu’arrivait la saison de navigation, plusieurs de ses habitants se faisaient pilotes sur le Saint-Laurent. Une tragédie survenue en 1839 soulevait encore de douloureux souvenirs. Cette année-là, la goélette Saint-Laurent, qui amenait 17 pilotes de Saint-Jean dans le Bas-Saint-Laurent, avait disparu dans une tempête. On n’avait rien retrouvé.

Saint-Laurent, en l’honneur d’un grand fleuve

On évoquait encore, à Saint-Laurent, l’époque de la Conquête. On y rappelait qu’en 1759, tous les habitants avaient quitté l’île avant l’arrivée de la flotte anglaise, sauf le curé François Martel, qui s’était encabané dans son presbytère. Les soldats de Wolfe virent sur la porte de l’église une note du curé, qui leur demandait de ne pas détruire son temple, et leur spécifiant qu’il aurait bien aimé leur donner des asperges et des raves de son potager, mais qu’elles étaient montées en graine. La route des Prêtres, bordée d’érables, reliait Saint-Laurent à Saint-Pierre. Son nom rappelait qu’au début des années 1700, de nombreux habitants des deux paroisses s’y étaient rencontrés pour s’échanger des reliques de saints. Nous nous dirigeons maintenant vers le Bout de l’île.

Sainte-Pétronille, la fille de Saint-Pierre

Une vieille tradition dans l’Église catholique veut que l’apôtre Pierre eût une fille prénommée Pétronille. Lorsqu’on détacha le Bout de l’île de la vieille paroisse de Saint-Pierre en 1870 pour créer une nouvelle paroisse, on décida donc de la nommer Sainte-Pétronille. Roy connaissait plusieurs des familles de Québec qui y passaient leurs étés en villégiature. D’ailleurs, celles-ci contribuèrent à payer les ornements de l’église inaugurée en 1871.

C’est ainsi que se conclut notre parcours avec Pierre-Georges Roy. Son livre évoque encore bien des faits et personnages. L’île d’Orléans, c’est 42 milles de souvenirs tranquilles...

Source : L’île d’Orléans, Pierre-Georges Roy, Librairie Garneau Limité, éditeur officiel du Québec, réédition 1976.

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