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Au cœur du Vieux-Québec : La rue Christie

28 septembre 2018 - Par Jean-Marie Lebel, historien

La rue Christie © Photos : Daniel Abel

Ce n’est certes pas la rue la plus connue de Québec. Beaucoup de citoyens de la ville ignorent même l’existence de la rue Christie, qui porte pourtant son nom depuis presque un siècle et demi.

Elle est bien dissimulée au cœur du Vieux-Québec. On y voit de rares touristes, fort curieux ou égarés. La rue est si étroite que deux automobiles ne peuvent s’y rencontrer. Elle possède deux trottoirs, mais ils sont si peu larges que les piétons, craignant d’y perdre l’équilibre, préfèrent marcher dans la rue. Un matin, y ayant aperçu un chat déambulant sur l’un des deux trottoirs, j’ai cru qu’ils avaient été faits pour la gent féline.

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Dans notre « Quartier latin »

Cette rue Christie a quelque chose d’européen. On peut y voir une rue du vieux Londres de Dickens, ou bien une rue de l’antique Paris d’avant Haussmann. Mais elle a aussi quelque chose de nord-américain. Il existe un style Vieux-Québec. Surtout lorsque s’y engouffre le vent glacial de l’hiver.

Débutant à la rue Couillard, la rue Christie monte jusqu’à la rue Garneau que bornent les arrières des établissements commerciaux de la côte de la Fabrique. La rue Christie fait partie d’un secteur du Vieux-Québec que l’on prit coutume jadis d’appeler « Quartier latin » et qui, au nord de la côte de la Fabrique, s’étendait jusqu’à la rue des Remparts, de l’Hôtel-Dieu au parc Montmorency. C’est la présence du vieux Séminaire et de la savante Université Laval, où l’on enseignait la langue de Cicéron, qui donna son nom à notre « Quartier latin », fiers que nous étions d’imiter Paris qui a le sien, rive gauche, depuis le Moyen Âge.

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De Louis Hébert à Robert Christie

La rue Christie se trouve sur la terre que Louis Hébert et sa famille vinrent habiter à compter de 1617. Puis, la terre fut labourée par son gendre Guillaume Couillard. La veuve de celui-ci, Guillemette Hébert, fille de Louis, céda finalement la terre à Mgr François de Laval pour son séminaire. À compter du tournant des années 1700, le Séminaire céda des lots et l’ancienne terre des Hébert se peupla peu à peu. Le tracé de la rue Christie apparaît sur une carte de 1750 réalisée par Chaussegros de Léry. Ce n’est toutefois qu’en 1876 que la rue Christie fut ainsi baptisée.

Depuis 1870, à l’initiative d’Ernest Gagnon, longtemps organiste à la basilique et passionné d’histoire, on avait pris coutume de nommer des rues du « Quartier latin » en l’honneur d’historiens de Québec : la rue Garneau pour l’historien national François-Xavier Garneau, la rue Ferland pour l’abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland, premier professeur d’histoire à l’Université Laval, la rue Charlevoix pour le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix, célèbre historien de la Nouvelle-France, et la rue Christie pour l’avocat Robert Christie, qui fit œuvre d’historien.

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Christie vécut à quelques pas de la rue qui porte son nom. Il termina ses jours avec son épouse canadienne-française, Monique-Olivier Doucet, dans une maison de ce qui était alors la rue Saint-Joseph, laquelle est devenue la rue Garneau. C’était bien loin de sa Nouvelle-Écosse natale. Il avait vu le jour à Windsor en 1787. Appartenant à une famille d’origine écossaise, il avait d’abord tenté sa chance dans le commerce.

Changeant de cap, déterminé à devenir avocat, on le vit arriver à Québec en 1805 pour faire sa cléricature auprès du réputé avocat Edward Bowen. Puis, il se lança dans une longue carrière politique. Tout en s’enracinant à Québec, il fut député du comté de Gaspé de 1827 à 1854. Opposé au Parti patriote de Louis-Joseph Papineau, il devint toutefois un grand ami de Papineau dans les années 1840. Si Christie est passé à l’histoire, c’est surtout grâce aux livres d’histoire qu’il écrivit à compter des années 1840. Alors que Garneau racontait surtout la Nouvelle-France, Christie racontait le Régime anglais et l’histoire politique du Bas-Canada.

Les destins posthumes de Garneau et de Christie furent bien différents. Alors qu’aujourd’hui, le nom de Garneau est demeuré vivant dans tout le Canada francophone, le souvenir de Christie n’est rattaché qu’à une rue du Vieux-Québec. Heureusement pour lui, c’est une rue qui ne manque pas de charme avec ses vieilles maisons du 19e siècle, et… ses trottoirs pour les chats.

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