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Exposition Marcel Barbeau : portrait d’un artiste sans compromis

16 octobre 2018 - Par - Magazine PRESTIGE -

Sur la photo (à gauche) : Hella Hammid, photographe, Marcel Barbeau au Séminaire international d’art optique de l’université Fairleigh-Dickinson, Madison, NJ, été 1965. © Succession Hella Hammid / (à droite) Marcel Barbeau, Rétine optimiste ou Salute, 1964. Acrylique sur toile, 242 × 203,5 cm. Collection du Musée national des beaux arts du Québec (1969.209), achat. Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec © Succession Marcel Barbeau Photo : MNBAQ, Jean-Guy Kérouac


Saluant l’audace et l’engagement d’un artiste sans compromis, le Musée national des beaux-arts du Québec consacre une rétrospective majeure à Marcel Barbeau (1925-2016), une figure notoire de l’art contemporain du Québec. Il s’agit en réalité de la plus importante exposition jamais réalisée sur celui qui fut à l’amorce de nombreux courants d’avant-garde et de tendances artistiques au pays. À voir absolument, d’ici le 6 janvier 2019 !

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Marcel Barbeau, Bec de brise, 1959. Huile sur toile, 148,3 × 298,4 cm. Musée de Lachine. Don de Chantal Laberge (RD 1988 L15 37) © Succession Marcel Barbeau Photo : MNBAQ, Idra Labrie

L’exposition Marcel Barbeau. En mouvement offre un panorama exceptionnel de la production de l’artiste, à travers plus d’une centaine d’œuvres, reflet d’une carrière particulièrement foisonnante s’étalant sur sept décennies, soit du milieu des années 1940 jusqu’à sa toute dernière production en 2013.

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Marcel Barbeau, Rétine prétentieuse, 1965. Acrylique sur toile, 241,5 × 203 cm. Collection de la Galerie d’art Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal. Don de Marie-Marthe Huot Elie (985.002) © Succession Marcel Barbeau Photo : MNBAQ, Idra Labrie

Orchestrée autour de cinq thèmes phares, l’exposition mettra en lumière des œuvres exceptionnelles dont : Rosier-feuilles (1946), Natashkouan (1956), Tomac (1960), Rétine optimiste ou Salute (1964), Kitchenombi (1972), Fenêtre sur l’avenir (1991-1992) et Graviers dressés sur l’algue (1999). Parmi les œuvres rassemblées, une sculpture magistrale nouvellement restaurée, La Piémontaise (1988) saura réjouir les visiteurs.

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Marcel Barbeau, Diamant, passerelle d’étoiles, 1997. Acrylique sur toile, 213 × 264,4 cm. Collection particulière © Succession Marcel Barbeau Photo : MNBAQ, Idra Labrie

Barbeau, l’éternel explorateur

Barbeau fut à l’amorce de nombreux courants d’avant-garde et de tendances artistiques au pays : il s’avère un contributeur essentiel aux premiers développements de l’abstraction picturale (années 1940 et 1950) et est internationalement reconnu pour sa contribution à l’art optique (années 1960).

Porté par une étonnante audace créative, investi d’une insatiable curiosité esthétique, Barbeau ne s’est jamais contraint à une seule orientation ou forme d’expression que ce soit. Au fil du temps, son attrait pluridisciplinaire s’est exprimé dans des disciplines artistiques aussi variées que le dessin, la peinture, le collage et la sculpture, ainsi qu’au sein de performances picturales réalisées avec des comédiens, des musiciens et des danseurs. Son rôle, dans le développement de la performance transdisciplinaire, a d’ailleurs été reconnu à l’été 2013, à Paris, avec sa participation à l’événement international Nouvelles vagues, organisé par le Palais de Tokyo.

En cela, l’artiste fait figure de précurseur quant au décloisonnement des frontières artistiques. Adoptant très tôt une posture de chercheur dans l’évolution de sa démarche, Barbeau s’est ainsi engagé dans une voie artistique singulière, exempte de tout compromis, renouvelant sans cesse sa production.

Parmi les incontournables

Parmi la centaine d’œuvres rassemblées pour l’exposition, les visiteurs pourront apprécier au fil de leur parcours, dans les salles du pavillon Pierre Lassonde, plusieurs chefs-d’œuvre de Marcel Barbeau. Rosier feuilles (1946) fait partie des incontournables des années 1940, puisqu’elle est caractérisée par une composition dans laquelle s’estompe peu à peu la hiérarchie entre les éléments, où le regard se trouve entraîné dans le mouvement des traits qui parcourent l’entièreté de la surface du tableau.

Il faut également souligner la force de l’œuvre Tomac (1960), l’un des tableaux les plus accomplis de cette période d’épuration formelle, explorant le concept de chute latente, force à la fois tranquille et tragique, où les formes semblent prêtes à lutter entre elles pour conserver leur positionnement dans l’espace.

Figure de proue de l’art optique, la toile Rétine optimiste ou Salute (1964) est une œuvre réalisée à New York, où Barbeau vit de 1964 à 1968, stimulé par le brouhaha, le rythme effréné et l’éblouissement des enseignes lumineuses de la ville.

Pour sa part, Kitchenombi (1972) est une toile issue de la première performance picturale réalisée par l’artiste, présentée au Théâtre de Caen, en France, en 1972, lors d’un récital de poésie organisé par le metteur en scène Gabriel Gascon, en association avec le percussionniste Vincent Dionne. Une suite de cinq tableaux monumentaux est alors exécutée devant public.

Enfin, la grande sculpture Fenêtre sur l’avenir (1991-1992) semble mettre en espace le récit des formes contenues dans les tableaux de l’artiste (Les Grappes lucides et Sentinelle des ondes), celles qui se déploient dans sa peinture, donnant à voir les multiples points de vue offerts par le volume sculptural. Le rapport de correspondance entre ses œuvres bidimensionnelles et tridimensionnelles atteint ici son paroxysme.

Marcel Barbeau, en bref

L’artiste est né à Montréal, le 18 février 1925. Entre 1942 et 1947, il étudie à l’École du meuble, fleuron de l’avant-garde artistique montréalaise de l’époque, où il sera formé en ébénisterie et en design. Paul-Émile Borduas, dont l’influence sera notoire sur le développement de sa pratique initiale, compte parmi ses professeurs. Jean-Paul Riopelle et Maurice Perron figurent parmi ses confrères de classe. Avec eux, il fréquente l’atelier de Borduas, qui reçoit de jeunes gens issus de divers horizons culturels, sensibles à l’avant-garde, souhaitant s’émanciper du conservatisme des institutions artistiques, un noyau qui formera bientôt le groupe des Automatistes.

Différentes périodes modulent sa production. La première, dite « automatiste », comprise entre 1946 et 1956, valorise l’expression libre de l’inconscient et la spontanéité dans le geste. Vers 1946, ses compositions de type all over, chargées de traits vigoureux, de giclées et de dégoulinements de peinture, sont inédites dans le paysage artistique du Québec. Les années 1959 et 1960 se caractérisent par de grands tableaux et des dessins en noir et blanc. La négation des limites du cadre fait alors place à la dualité entre le fond et la forme de ses compositions. Vers le milieu des années 1960, s’amorcent l’expérience optique et l’intérêt pour la peinture cinétique. Cette nouvelle recherche, en écho à la musique contemporaine, est axée sur l’illusion de mouvement. Ses œuvres s’insèrent dans le courant du Op art, ou l’art optique — une tendance forte à New York comme en Europe — dont le peintre est l’un des pionniers au Canada. Suivront, au cours des années 1970, ses performances picturales réalisées en collaboration avec des musiciens et des danseurs, son retour à la sculpture et l’adoption d’une esthétique tachiste, vaguement impressionniste au cours des années 1980 et, plus récemment, le recours à une abstraction géométrique, dynamique.

Les œuvres de Marcel Barbeau ont été maintes fois exposées et collectionnées au Canada, aux États-Unis et en Europe. L’excellence de sa carrière et sa contribution notoire aux arts visuels contemporains ont été soulignées par de prestigieux prix, dont celui du Gouverneur général du Canada et le prix Paul-Émile Borduas, doublé qu’il remporte en 2013. Marcel Barbeau menait, jusqu’à ses derniers instants, une pratique artistique soutenue. Il est décédé le 2 janvier 2016.

Pour en savoir davantage sur l’exposition et l’artiste

RENSEIGNEMENTS : 418 643-2150 ou 1 866 220-2150

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