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Construire le collectif au Québec en 2011 : un défi impossible ?

8 novembre 2011 - Par Nelson Michaud, Ph.D.

La plupart des projets gouvernementaux, tous ordres de gouvernement confondus, sont accueillis par la population avec une forte dose de scepticisme. En même temps, nous assistons au rejet de plusieurs de nos institutions. Comment en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce que cela implique ?

Deux vecteurs

Le refus d’implanter une garderie dans un quartier donné, d’appuyer un investissement de développement économique ailleurs ou d’exploiter une nouvelle source d’énergie pourtant dite propre sont toutes des réactions articulées autour du « pas dans ma cour » et du « j’ai pas voté pour ça ». Ces attitudes semblent plus mobilisatrices que ne le sont les retombées des initiatives qu’elles visent à contrer.

Ces réponses, fortement teintées par une vision individualiste, prennent le pas et trouvent leur pleine force dans les reportages qui leur octroient une valeur ajoutée. Ainsi, une manifestation annoncée comme étant significative, mais qui ne regroupe pas plus d’une poignée de militants, aura tout de même « attiré plusieurs dizaines de protestataires déterminés ». Et au nom d’une équité factice, on donne le même temps d’antenne et on accorde la même valeur à « l’opinion » (sic !) du scientifique qu’au « témoignage » d’un vox pop.

Une route inéluctable ?

La montée des droits individuels à l’américaine tout comme de l’isolement social camouflé derrière l’impression d’avoir des dizaines d’amis virtuels où chacun peut détenir une vérité absolue font partie de l’explication que l’on peut apporter. D’autres y voient un phénomène générationnel : tout, tout de suite, pour moi, maintenant. Le danger que pose cette dynamique est, à terme, l’impossibilité de concevoir des projets collectifs qui peuvent favoriser le développement de nos sociétés et de faire les choix difficiles qui, souvent, s’y rattachent.

Si nous rejetons aujourd’hui nos institutions, c’est en partie parce qu’elles sont justement conçues pour penser le collectif, alors que les valeurs promues dans les divers forums sont celles où chacun doit y trouver son compte. Dans ce contexte, il faut être en mesure de pousser le raisonnement jusqu’au bout : la « réforme » appelée de ces institutions n’a alors de sens que si on leur demande de sacrifier le collectif pour répondre à l’individuel. Sommes-nous prêts à cela ?

Le sens de la démocratie

En fait, cette situation nous ramène au sens même de la démocratie, dont on dit être le meilleur moyen de protéger les minorités de la tyrannie de la majorité. Or, aujourd’hui, nous en sommes presque à ce point de bascule où les opinions minoritaires prévalent. On semble oublier que le vouloir-vivre collectif est davantage que la somme des intérêts particuliers, si progressistes soient-ils. Au rêve commun, on préfère le pragmatisme égoïste ; même les « occupants » du Square Victoria, qui pourraient avoir une cause commune, refusent de formuler des revendications communes. Comment, alors, les administrations publiques et les représentants élus peuvent-ils travailler au mieux-être du plus grand nombre ? La question semble être toujours en quête de réponse.

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