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Les résultats du 2 mai - Élection de réalignement ou de désabusement ?

2 juin 2011 - Par Nelson Michaud, Ph.D.

Le politologue Vincent Lemieux définit une élection de réalignement comme étant l’une de celles, rares et particulières, où un parti, mobilisateur d’une nouvelle génération, réussit à déloger celui qui était appuyé par la génération précédente. L’arrivée en masse de députés fédéraux néo-démocrates au Québec s’inscrit-elle dans cette tendance ?

Mobilisés à gauche ou à droite ?

Encore faut-il établir le véritable mobilisateur. Car au moment même où ils ont voté massivement pour Jack Layton et son programme de gauche, les électeurs québécois voyaient aussi en François Legault (à droite) un potentiel premier ministre. Ceux qui appuient au Québec l’option souverainiste ont déserté le Bloc québécois pour favoriser un parti dont le programme se soucie peu des compétences provinciales. Depuis un mois, plusieurs exégètes politiques ont tenté une explication de ces paradoxes. En réalité, ne serait-ce pas le rejet du centre qui est commun à ces partis ? Si l’un ne sait plus mobiliser, nous passons au suivant, résolus à croire qu’il nous éloignera mieux de ce centrisme honni que ne l’a fait son prédécesseur.

Mais surtout pas au centre… dit-on !

Et pourtant, nous pouvons nous demander si tel est le cas, car l’élection nous a offert un autre paradoxe révélé par la fameuse « boussole électorale » radio-canadienne. Décriée parce qu’elle donnait une lecture « trop libérale » des préférences de chacun, cette rose des vents freudienne révélait, en fait, la « pulsion » centriste de la plupart des électeurs – le Parti libéral étant, lors de la dernière élection, celui le plus près de la croisée des axes définis par le modèle. Cette propension populaire est bien connue des équipes qui gouvernent souvent plus au centre que ne l’affirme leur programme, comme il nous a été donné de le voir dans une chronique précédente.

Loin du réalignement…

En fait, pour répondre à ma question initiale, il faut voir, au-delà de toute autre considération analytique, que le remplacement de la connaissance réfléchie que nous avons du projet de tel ou tel parti – nécessaire pour qui veut véritablement se mobiliser –, par l’immédiateté de la réaction, exacerbée par les réseaux sociaux qui coupent court aux explications, empêche de considérer la dernière élection comme en étant une de réalignement. A fortiori, comment peut-on parler d’une mobilisation quand un certain nombre de candidats élus n’ont pas véritablement fait campagne ? Le vote exprimé alors traduit plutôt une réponse viscérale, représentation forte d’un désabusement collectif alimenté par un cynisme médiatiquement nourri.

… à moins que

Un véritable projet mobilisateur serait, pour les élus de la nouvelle génération, d’endiguer ce désabusement. Mais si leur prestation au cours des quatre prochaines années ne fait que l’alimenter, ils auront assurément échoué au test du réalignement.

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