De nouveau, cette année, dans beaucoup de nos foyers, des parents et leurs enfants, décorant le sapin, ouvriront des boîtes contenant les boules et mille et un ornements, rappelant tant de souvenirs des Noëls passés.
Bien des maisonnées ont gardé la coutume de placer une crèche au pied de l’arbre. Souvent, elle est constituée de petites statuettes. Depuis quelques années, nos crèches sont souvent entourées d’un village de petites maisons. Et, de nouveau, le 24 décembre dans nos églises, des gens s’affaireront à fouiller dans les armoires des sacristies pour trouver tout ce qu’il faut pour monter la crèche, car tout doit être prêt pour les messes de Noël.
On se rappelle les paroles du touchant monologue Noël au camp de Tex Lecor. Éloigné de ses parents, regardant ses cartes de Noël, regrettant de ne pouvoir assister à la messe de minuit, le jeune homme s’exclamait : « Ah, c’est une grande chose pareil, un p’tit enfant vient au monde, pis toute la Terre le sait. » De tous les personnages historiques, c’est la naissance de Jésus de Nazareth qui fut la plus célébrée à travers les siècles.
Les livres les plus savants sur Noël nous expliquent que ce fut saint François d’Assise, dont on soulignera le 800e anniversaire de décès en 2026, qui eut l’idée en 1224 de réaliser une crèche pour éduquer et émouvoir devant ce « grand mystère de la Nativité d’un Sauveur ».
Ce fut au cours du XVIe siècle que se répandit la tradition des crèches de Noël dans les églises et cathédrales d’Europe. Chez nous, dans nos modestes églises de la Nouvelle-France, on pouvait admirer les petits Jésus de cire. Ceux que réalisaient les habiles Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec devinrent célèbres.
L’âge d’or de nos crèches d’église débuta dans les dernières décennies du XIXe siècle quand notre province de Québec eut ses fabricants de statues moulées en plâtre reproduites en grande quantité. Les gens qui ont fréquenté plusieurs de nos églises ont eu l’occasion de remarquer que les personnages de nos crèches ont de grands airs de parenté d’une église à l’autre. Mais cela n’enlève rien à leur charme.
Lorsque l’on visite des expositions de crèches, on se rend compte que, dans la chrétienté, chaque contrée a donné à ses crèches ses couleurs, ses traits, ses particularités.
Qu’est-ce qui distingue nos crèches québécoises ? Ailleurs, l’Enfant Jésus est né dans une grotte. Ici, il a vu le jour dans une étable. C’est ce que nous disaient nos vieux cantiques de Noël Dans cette étable, Dans une étable obscure, D’où viens-tu bergère ? C’est pourquoi les personnages sont souvent placés sous une structure de bois évoquant une étable. De plus, n’y trouvons-nous pas un bœuf et un âne gris ? Et ils sont ici bien nécessaires, leurs souffles réchauffent l’Enfant Jésus, car, en notre pays, il vient au monde lors d’une nuit bien froide. Aux bergers accourus, l’ange avait annoncé, selon l’évangéliste saint Luc : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Traditionnellement, c’était pour la messe du matin des Rois, le 6 janvier, que le sacristain ajoutait les Rois mages. C’est l’évangéliste saint Mathieu qui nous parle de l’adoration des mages venus d’Orient et de leurs présents à l’Enfant Jésus : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Au Moyen Âge, on en fit des Rois mages et on les baptisa Gaspard, Balthazar et Melchior. Peut-être nous pardonneront-ils d’avoir souvent confondu leurs dromadaires avec des chameaux ? Et une bonne vieille crèche de chez nous n’est pas complète sans son ange quêteur. À chaque pièce de monnaie que l’on glisse dans son gousset, il nous remercie d’un gracieux hochement de tête…


