Les premiers kilomètres
Le périple commence à Tadoussac, célèbre pour l’observation des baleines. La route 138 file vers Baie-Comeau, ponctuée de belvédères offrant des panoramas grandioses sur le fleuve, invitant à ralentir le rythme. À Baie-Comeau, la route 389 prend le relais, ouvrant la voie vers la nordicité et les paysages sauvages.

Au cœur du nord industriel
Arrêts incontournables, les centrales Manic 2 et Manic 5 s’imposent par leur présence monumentale, véritables cathédrales de béton au cœur de la nature sauvage. Les visites guidées révèlent l’audace et l’ingéniosité nécessaires pour ériger de telles constructions dans un environnement aussi extrême.
Dès le franchissement du 50e parallèle, le paysage change radicalement. Le réservoir Manicouagan, immense anneau d’eau circulaire visible depuis l’espace, s’étend à perte de vue. Plus loin, l’ancienne municipalité de Gagnonville se dévoile comme un décor fantomatique, vestige silencieux d’une époque minière révolue, où le temps semble s’être figé.
Puis vient Fermont, fascinante, avec son imposant mur-écran qui protège la ville des vents glaciaux, symbole de la résistance humaine face aux forces de la nature. La visite de la mine du Mont Wright plonge les visiteurs dans l’univers titanesque de l’exploitation du fer, où chaque excavatrice et chaque gisement raconte l’histoire d’un travail colossal.

Labrador : une traversée grandeur nature
Le Labrador représente l’un des temps forts de l’expédition. La Trans Labrador dévoile près de mille kilomètres de solitude assumée, une route où le regard porte loin, très loin, sur des plateaux de conifères, des vallées modelées par les glaciers et des rivières impétueuses. Ici, on roule dans un silence presque sacré, le territoire imposant le respect par sa nature sauvage. Peu de véhicules croisent notre chemin laissant place à une profonde impression de liberté totale. À l’approche du golfe du Saint-Laurent, le littoral côtier se dévoile peu à peu. Les paysages gagnent en relief et se font plus dramatiques : falaises battues par les vagues, caps rocheux, petits villages timides devant l’immensité du large. À chaque kilomètre, un nouveau tableau se révèle.
Red Bay, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, raconte le passage des baleiniers basques, ces hommes venus de loin qui traçaient leur vie au rythme des marées et des cétacés. Les vestiges submergés et le centre d’interprétation font résonner leur histoire, offrant un écho du passé au cœur d’un territoire encore indompté. Un peu plus loin, le phare de la pointe Amour, deuxième plus haut au Canada, se dresse comme une vigie face au détroit de Belle-Isle, offrant un panorama saisissant où la mer et l’horizon semblent se rejoindre.

Blanc-Sablon — au bout du monde
À Blanc-Sablon débute le dernier segment oriental de la route 138, mais, avant de rejoindre la mer, un détour sur la route de la Chicoutai nous appelle. Entre Blanc-Sablon et Vieux-Fort, le paysage déroule un condensé de la Basse-Côte-Nord : caps rocheux fouettés par le vent, baies turquoise qui scintillent sous le soleil, villages isolés et maisons colorées accrochées au bord du monde. Les belvédères improvisés offrent des panoramas qui semblent suspendus entre terre et mer.


On y découvre aussi les chutes de la rivière Brador et le quotidien des communautés de Middle Bay, Rivière-Saint-Paul et Bonne-Espérance. Partout, le petit fruit rouge de la chicoutai, emblème boréal, ponctue les sous-bois et rappelle la vitalité de cette nature nordique.
Le grand retour
De retour à Blanc-Sablon, notre VR embarque à bord du Bella Desgagnés, navire-cargo qui assure l’approvisionnement des villages isolés et offre un regard privilégié sur la vie maritime de la côte. La Tabatière, Tête-à-la-Baleine, Harrington Harbour (immortalisée dans le film La Grande Séduction) et La Romaine défilent comme autant de capsules de vie nordique.


Après environ trente-six heures, nos roues retrouvent la terre ferme à Kégaska, et la route devient un véritable corridor d’émotions. Natashquan séduit par ses cabanes du Galet et sa poésie littorale, tandis que Havre-Saint-Pierre ouvre la porte à l’archipel des îles Mingan, où les monolithes sculptés par le temps offrent un spectacle à couper le souffle.
Enfin, Sept-Îles, Port-Cartier et Baie-Comeau nous ramènent vers Tadoussac, où la boucle se referme. Le fleuve s’étend devant nous, vaste et tranquille, comme un miroir de tout ce que nous avons traversé : les silences du Labrador, le souffle des rivières, la force des vents et le rouge des chicoutais. Le voyage se termine, mais l’empreinte de ces paysages nordiques restera gravée bien au-delà de la route et du temps.




