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Courage et persévérance 2.0 ?

6 mai 2021 - Par Annie Fortin, Focus TDL

Imaginons que je sois la meilleure conductrice qui soit. J’ai suivi tous les cours requis et ma vaste expérience au volant me permet de faire face à presque toutes les situations afin d’éviter les pertes de contrôle.

Me voici donc en train de rouler en toute confiance lorsque soudain, un brouillard opaque s’abat autour de moi. On n’y voit rien passé quelques mètres. Je n’ai d’autre choix que de ralentir, puis de m’immobiliser complètement. Quand ce voile blanc se dissipera-t-il ? Je n’en sais rien. Mais une réalité s’impose : à quoi me servent tous mes acquis et ma si précieuse expérience si je ne vois pas ni devant ni autour de moi ? Et tous les conducteurs qui m’entourent font de même, exception faite de quelques privilégiés, qui semblent pouvoir conduire dans le brouillard les yeux fermés, et même augmenter leur vitesse.

Depuis plus d’un an maintenant, beaucoup de membres de notre communauté d’affaires sont dans le brouillard, incapables d’aller de l’avant, sans savoir quand la visibilité se rétablira, et même si elle sera de retour un jour, c’est à ce point. En tant qu’accompagnatrice auprès des entrepreneurs, j’ai pour ainsi dire épuisé mes ressources, mon savoir et toute mon expérience à force de voir beaucoup d’entre eux s’effondrer tellement ils sont désemparés. De mon côté, je vois mes clients tomber comme des mouches, anéantis par les dépenses qui excèdent de beaucoup les trop maigres revenus.

Vous avez dit courage ?

Puisque ce numéro spécial traite de courage et de persévérance, je me vois forcée de redéfinir la portée de ces valeurs qui semblaient pourtant coulées dans le béton il n’y a pas si longtemps. D’abord, entendons-nous bien : quand le courage est requis, c’est que ça va mal. Ce n’est certes pas en faisant du surf à Miami pendant que les comptes bancaires sont bien garnis qu’on en a besoin ! Il en faut du courage pour affronter plus d’un an d’incertitude pandémique, rester en affaires, jongler avec les prêts qui n’arrivent pas, les aides promises qui se font attendre et qui sont de plus en plus difficiles à obtenir, le personnel coincé par les mesures, les tests positifs ou la maladie, les quarantaines, les écoles fermées et quoi encore ! Beaucoup de courage pour prendre des décisions déchirantes, pour assumer ces responsabilités comme chef d’entreprise. Je ne suis plus capable de recommander à mes collègues du monde des affaires d’être courageux, de leur dire que « Ça va bien aller… » pour les encourager, car l’espoir s’amenuise à mesure que se rapproche, pour nombre d’entre eux, le moment de fermer les livres, faute de clients. Moi qui suis de nature tellement optimiste, je commence à perdre mes repères.

Et la persévérance ?

Depuis que le monde est monde, la persévérance a été la mère de tellement de belles réussites ! Je veux bien persévérer, je l’ai tellement fait dans ma vie et ma carrière jusqu’à maintenant, je l’ai toujours enseignée. Mais à quel prix dans pareil contexte ? Quand on est acculé au pied du mur, celui-ci ne reculera pas à force de persister à pousser dessus. Dans cette situation jamais vue dans l’histoire humaine, même la persévérance y perd son latin.

Je pense qu’il convient maintenant d’avoir le courage d’accepter justement qu’il y a un mur. Le courage de lâcher prise. Le courage du miroir, ai-je l’habitude de dire. Se regarder dans la glace et se dire sincèrement que rien ne va plus.

Garder la tête haute

Le courage reste toujours, mais il évolue vers une autre prise de conscience. Je pense qu’il convient maintenant d’avoir le courage d’accepter justement qu’il y a un mur. Le courage de lâcher prise. Le courage du miroir, ai-je l’habitude de dire. Se regarder dans la glace et se dire sincèrement que rien ne va plus. Face à la désertion de la clientèle, envisager le recours à un syndic, voire la clé sous la porte. A cet égard, j’insiste sur le fait qu’il n’y a rien de honteux là-dedans, car cette extrémité ne remet nullement en cause votre compétence, votre passion et votre détermination en tant qu’entrepreneur, elle n’est pas le fruit de mauvaises décisions. Combien d’entreprises vont déclarer forfait d’ici la fin de l’année si une réouverture tarde encore ? Pour les autres, essayer de se maintenir la tête de l’eau pour payer les employés, continuer à sourire malgré tout pour donner le meilleur de soi-même pour la clientèle, voilà aussi qui demande beaucoup de courage.

Cela dit, mon courage face à la vie demeure intact. C’est devant la situation actuelle et ses conséquences inimaginables à tous égards que je reste sans mots, surtout qu’à titre d’accompagnatrice d’entrepreneurs, mon empathie est encore plus sollicitée. Au moins, nous vivons ce tsunami tous ensemble ! Malgré tout, j’ose encore espérer que le dicton « Rien n’arrive pour rien » prendra éventuellement tout son sens.

Pour en savoir davantage : structuratdl.com

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