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La marquise de Bassano - Une riche héritière du Vieux-Québec

5 mai 2022 - Par Jean-Marie Lebel, historien

La rue Mont-Carmel où grandit Clara Symes, future marquise de Bassano. ©Fonds-Daniel Abel

Il y a une quarantaine d’années, c’est dans la cathédrale anglicane Holy Trinity, au cœur du Vieux-Québec, que je vis pour la première fois le nom de la marquise de Bassano. On peut y lire sur un vitrail qu’elle en avait fait don en mémoire de son père George Burns Symes. Je savais déjà que celui-ci avait été l’un des plus importants hommes d’affaires de Québec au milieu du XIXe siècle, mais j’ignorais qu’il avait eu une fille marquise. Cela ne manqua point de m’intriguer.

Depuis lors, peu à peu, j’ai amassé des informations à son sujet. En 2019, deux articles publiés par l’historien Alex Tremblay Lamarche répondirent à mes dernières interrogations. Je suis maintenant en mesure de vous raconter la vie de la marquise de Bassano, dont le journal Le Constitutionnel clamait en 1872 qu’elle était « la plus riche héritière de la province ». Cette femme, dont la destinée tenait presque du conte de fées, sut faire preuve d’empathie, de générosité et de grandeur d’âme.

Tout a commencé rue Mont-Carmel

C’est sous le nom de Clara Symes qu’on la connut d’abord dans le Vieux-Québec. Et c’est dans la rue Mont-Carmel, qui du Château Frontenac monte lentement vers le discret parc du Cavalier-du-Moulin, qu’elle vécut son enfance et son adolescence. Elle y était née dans une maison cossue le 28 mai 1845. Les livres d’histoire nous apprennent que, ce jour-là, il y eut « le grand feu de Saint-Roch », qui détruisit plus de 1 600 maisons. Une odeur de brûlé s’infiltrait partout dans le Vieux-Québec. Clara sera fille unique. Sa mère, Marie-Anne Cuvillier (on l’appelait aussi Mary Ann) appartenait à une famille de notables montréalais et s’intégrait plus ou moins bien à la bonne société de Québec. Alors que le père, George Burns Symes, fréquentait la cathédrale anglicane, Clara sera élevée dans la foi catholique par sa mère et fut baptisée à la cathédrale catholique Notre-Dame de Québec. Clara ne connut point son grand-père paternel, George Symes, parti du pays de Galles au début du siècle pour venir faire des affaires à Québec, un important port de mer. Comme le grand-père, le père de Clara fera fortune dans le commerce d’import-export entre les ports de Québec et de Liverpool en Angleterre. À Québec, tout le monde connaissait le quai Symes.

Empruntant les rues Haldimand et du Parloir, la jeune Clara se rendait à pied au couvent des Ursulines où elle fit ses études. Les religieuses la trouvèrent assez bonne élève. Ses notes étaient surtout élevées en religion et… en anglais. Clara avait seize ans quand le malheur frappa la maison de la rue Mont-Carmel. En effet, en 1861, la mort emportait sa mère. Deux ans plus tard, en 1863, c’était au tour du père de décéder. Clara héritait alors d’une fortune évaluée à 500 000 dollars, ce qui représentait une somme fort considérable à l’époque.

La marquise de Bassano. Portrait réalisé par Daniel Abel.

Un héritage à partager

La vie ne sera plus jamais la même pour Clara. En attendant d’atteindre sa majorité, elle fut placée sous la tutelle de sa tante montréalaise, Luce Cuvillier. Cette dernière verra à parfaire son éducation et à la préparer au mariage. Elle lui apprit surtout comment une dame de la grande bourgeoisie se devait de faire œuvre de philanthropie et de venir au secours des gens démunis. Et comme sa tante, Clara deviendra une grande bienfaitrice de l’Orphelinat Saint-Alexis de Montréal.

Les années passèrent. Le mariage tardait. Le prétendant idéal ne s’était point encore présenté. Clara voyageait. Son destin allait se jouer à Londres en 1872 où la famille de l’empereur français Napoléon III s’était réfugiée. Clara était invitée dans les beaux salons. C’est ainsi qu’on la présenta au jeune marquis de Bassano, un proche de la famille impériale. Quelque temps plus tard, il la demanda en mariage. Elle lui apportait beauté et fortune. Il lui donnait noblesse et gloire. Clara Symes devint la marquise de Bassano. Elle avait 27 ans.

Débutera une vie qui verra la marquise séjourner de résidence en résidence de Londres à Paris, à Saint-Moritz, de Montréal à Québec, car elle demeurera toujours attachée à sa ville natale. Le couple aura trois filles : Pauline, Clara et Ghislaine.

La marquise se révéla une généreuse et efficace bienfaitrice. C’est surtout le sort des orphelins qui la touchait. Et elle apprit très tôt à ses filles l’importance de leur venir en aide. La Première Guerre mondiale vint bouleverser la vie de la marquise. Dévouée, on la vit, malgré son âge avancé, soigner des blessés dans un hôpital militaire de France.

La marquise de Bassano, devenue duchesse de Bassano en 1898, mourut à Paris le 15 janvier 1922 à l’âge de 77 ans. Le journal La Presse soulignait qu’elle n’avait jamais manqué « une occasion de combler de faveurs ses orphelins ».

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