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Comment Limoilou devint Limoilou

15 avril 2024| Jean-Marie Lebel, historien

Comment Limoilou devint Limoilou

La renaissance du quartier Limoilou fait plaisir à voir et à vivre. La naturalisation des berges de la rivière Saint-Charles, le renouvellement du mobilier urbain, la création de petites places publiques, la vitalité de la 3e avenue, tout cela a donné un nouveau souffle et une nouvelle fierté à ses citoyens. Limoilou a ses particularités.

Tout a commencé au lieu historique national du Canada Cartier-Brébeuf (souvent appelé parc Cartier-Brébeuf). Là hivernèrent en 1535-1536 Jacques Cartier et son équipage. Ils avaient été accueillis par les Iroquoiens du Saint- Laurent dont la bourgade Stadaconé était située à proximité. Là aussi s’établirent en 1626 les Jésuites du père Jean de Brébeuf. Ces derniers seront propriétaires de la seigneurie Notre-Dame des Anges (contenant l’actuel territoire de Limoilou) jusqu’en 1800 et établirent les premiers colons près de la rivière Saint-Charles dans les années 1650.

Ce qui constitue aujourd’hui Limoilou fut longtemps un vaste territoire agricole et il n’y avait que deux chemins : le chemin de Charlesbourg qui menait au Trait-Carré de Charlesbourg (l’actuelle 1re Avenue) et le chemin de Beauport, aussi appelé chemin de la Canardière.

À compter des années 1800, le commerce du bois devient la principale activité économique de la région de Québec. Des chantiers s’installent sur les berges de la rivière Saint-Charles. Le chantier de William Hedley Anderson prit de plus en plus d’importance et donna naissance, à compter des années 1830, au village d’Hedleyville (le secteur des trois premières rues de notre actuel quartier Limoilou).

C’est en 1893 que l’on démembra le territoire de la municipalité de Saint-Roch-Nord. On créa alors la municipalité de Limoilou, dont le cœur était le vieux village d’Hedleyville. Le nom de Limoilou avait été proposé par Ernest Gagnon, un réputé musicien de Québec, qui consacrait ses loisirs à l’histoire. Il voulait ainsi rappeler le nom du manoir situé près de Saint-Malo (Bretagne) dans lequel l’explorateur Jacques Cartier vécut les dernières années de sa vie.

L’imposante façade de l’église Saint-Charles de Limoilou et ses deux hauts clochers.

Les gens de Limoilou n’en pouvaient plus de traverser le vieux pont de bois Dorchester pour se rendre à la messe à l’église Saint- Roch. Ils réclamèrent une paroisse à eux et l’obtinrent en 1896. En 1899, le feu détruisit leur nouvelle église. En 1902, un nouveau malheur les frappa quand leur curé Albert Côté, qui s’était endetté aux courses de chevaux, prit la fuite aux États-Unis avec l’argent de la paroisse. L’archevêque Bégin dut donc alors faire appel aux Capucins d’Ottawa pour venir redresser la situation.

L’avenir de Limoilou s’annonçait donc plutôt sombre, du moins sans grande envergure. Mais tout changea soudainement en 1906. Cette année-là, la grande terre, que la famille Anderson avait abandonnée en 1867 pour retourner en Angleterre, fut acquise par la Quebec Land Company. Cette compagnie immobilière, propriété de Montréalais, dont Trefflé Berthiaume, qui possédait le quotidien La Presse, réalisa rapidement ses ambitions. Des avenues et des rues, larges de 60 pieds, furent tracées à angles droits. Des lots furent vendus à des citoyens de Québec et des triplex s’alignèrent le long des artères. Avec des galeries, des escaliers en fer forgé et d’importantes corniches en fer blanc ornées de modillons ou de dentelures. Et contrairement aux vieux quartiers de Québec, les façades ne seraient pas collées aux trottoirs. Ce qui permettait de planter des arbres devant les maisons et d’aménager de « petits parterres ».

Limoilou offrait un nouvel art de vivre. De nombreuses familles vinrent s’y installer. C’est le notaire Blondeau, secrétaire de la municipalité de Limoilou, qui eut l’idée de numéroter les avenues et les rues comme cela s’était fait à New York. La 3e Avenue devint la grande artère commerciale et la 5e Rue l’artère la plus distinguée, sa percée visuelle donnant sur l’imposante façade de l’église Saint-Charles de Limoilou et ses deux hauts clochers.

L’ouverture de nouvelles rues et la construction de tant de nouvelles maisons exigeaient d’importantes infrastructures municipales. « Mais le mouvement en avant, rappellera le père capucin Alexis, dépassait évidemment les forces de notre village ». La Ville de Québec courtisa la municipalité de Limoilou, lui promettant des ponts de fer, des trottoirs permanents, des rues pavées, le tramway et le raccordement à l’aqueduc de Québec. L’annexion de Limoilou à Québec eut lieu le 17 décembre 1909. Une dizaine d’années plus tard, le père Alexis concluait, tout en étant étonné du comportement des hommes politiques, que toutes les promesses avaient été réalisées !

C’est ainsi que la municipalité de Limoilou devint le quartier de Limoilou…

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