Comme l’explique la designer-cuisiniste et copropriétaire de Kocina Espace Design, Émilie Roberge, tout part d’une compréhension approfondie du profil des clients, de leur réalité ainsi que de ce qu’ils recherchent, conjuguée au « savoir-créer » des spécialistes, dont le mandat consiste à transposer cette identité dans la matière. « Les gens désirent toujours des espaces pratiques, certes, mais ont maintenant davantage soif de confort, d’harmonie et de bien-être, et leur environnement y contribue directement, explique-t-elle. Loin des modes toutes faites, cette personnalisation de haut niveau donne naissance à autant de décors qu’il y a d’individus pour des projets uniques. Quoi de mieux, sur le plan de la créativité, pour notre équipe de passionnées ? Heureusement, et l’ouverture du Web sur le monde n’y est certes pas étrangère, de plus en plus de gens osent en cette matière. Ce que je trouve fascinant dans cette évolution du design, ce n’est pas tant que cette sensibilité soit nouvelle pour les designers, mais plutôt que les clients y soient aujourd’hui beaucoup plus réceptifs. »
Des décors qui racontent une histoire
Pour la designer, cette évolution s’exprime notamment dans le fait de mettre en lumière dans les aménagements des objets ayant une valeur sentimentale, qui racontent une histoire, suscitent des émotions positives et un sentiment d’appartenance, jour après jour. « Par exemple, ajoute-t-elle, pourquoi ne pas prévoir un endroit particulier pour placer en évidence dans une cuisine une collection d’assiettes anciennes plutôt que de la reléguer aux oubliettes dans un tiroir comme on le fait trop souvent ?
C’est aussi vrai pour le choix des matériaux, ce qu’ils inspirent au toucher et au regard… Bref, peu importe l’endroit chez soi, les limites sont celles de l’imagination. Un plus grand raffinement s’ouvre à nous dans la manière de concevoir les espaces, ce qui stimule beaucoup notre fibre créatrice. »
Émilie Roberge, qui cumule près de 25 années de métier dans le design intérieur, observe un retour à tout ce qui est naturel, organique, une recherche d’amalgames audacieux de textures incluant les boiseries, de teintes chaudes, de cachets originaux, de décors plus épurés pourvu que l’espace disponible le permette. « Épuré n’est pas synonyme de lignes droites et de cloisons immaculées, mais d’espaces libérés d’encombrement, précise-t-elle, ce qui procure une impression d’apaisement, étant donné que tout est à sa place, notamment dans une cuisine. Ici encore, l’aménagement génère un ressenti, qui donne envie d’y passer le plus de temps possible. En d’autres termes, recevoir chez soi ne se limite plus à partager notamment un repas, mais aussi une atmosphère unique et l’identité des hôtes, le décor devenant véritablement une extension de soi. »
Du choc des idées jaillit la lumière
Comme une faible proportion de clients ont une idée bien arrêtée de leur futur milieu de vie, l’expertise des designers est déterminante dans la démarche créative. « Notre rôle consiste à équilibrer les éléments pour en faire un ensemble cohérent qui passera avec succès l’épreuve du temps, indique Émilie Roberge. Cela dit, comme il y a davantage d’idées dans plusieurs têtes que dans une seule, nous aimons aussi sortir un peu les gens de leur zone de confort par nos suggestions, toujours dans le respect de leur personnalité. À cet égard, conclut-elle, nous savons que notre but est atteint lorsqu’on entend : “Wow, c’est en plein ce que je voulais, mais sans pouvoir l’exprimer.” »


