Recherche

Assurance vie temporaire ou permanente : choisir le bon outil pour le bon besoin

24 août 2026 | Olivier B. Ampleman et Jean-Hubert Grenier, Groupe conseil Ampleman Grenier de la Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine.

Assurance vie temporaire ou permanente : choisir le bon outil pour le bon besoin

Olivier B. Ampleman, CFA, CAIA, M. Fisc., Pl. Fin., TEP, conseiller en gestion de patrimoine et gestionnaire de portefeuille

Lorsqu’il est question d’assurance vie, le débat entre l’assurance temporaire et l’assurance permanente revient fréquemment. Bien que ces deux produits soient souvent présentés comme des solutions concurrentes, ils sont en réalité conçus pour répondre à des besoins différents. Comprendre les forces, les limites et les usages appropriés de chaque type d’assurance permet d’éviter les décisions fondées sur des perceptions ou des arguments simplistes et de choisir la protection la plus adaptée à sa situation financière et familiale.

Deux protections conçues pour des besoins différents

La différence fondamentale entre l’assurance vie temporaire et l’assurance vie permanente réside dans la durée du besoin à couvrir.

L’assurance temporaire est conçue pour protéger un risque qui disparaîtra éventuellement. Pensons à une hypothèque, à des enfants financièrement dépendants ou à un revenu familial qui serait compromis par le décès prématuré d’un conjoint. Lorsque ces obligations prennent fin, le besoin d’assurance diminue ou disparaît.

Quant à elle, l’assurance vie permanente vise des besoins qui ont la vocation d’exister toute la vie durant. Il peut s’agir, par exemple, d’un impôt à payer au décès, d’un projet philanthropique, d’une volonté d’égaliser un héritage ou d’une stratégie successorale particulière.

Certaines personnes hésitent à souscrire une assurance temporaire, estimant qu’elles « jettent leur argent par les fenêtres » si elles survivent à la période couverte. Cette perception mérite toutefois d’être nuancée.

Lorsqu’on souscrit une assurance, on achète avant tout un transfert de risque. Pendant toute la durée du contrat, l’assureur assume un risque financier qui pourrait autrement reposer sur la famille. Le fait de ne jamais recevoir une prestation n’implique pas que l’assurance n’a servi à rien; cela signifie simplement que l’événement assuré ne s’est pas produit. Le même raisonnement s’applique à l’assurance habitation ou à l’assurance automobile. Personne ne considère avoir perdu son argent parce que sa maison n’a pas brûlé.

C’est cette logique de transfert de risque qui permet de mieux comprendre ce que l’on paie réellement. Dans une assurance temporaire, la prime achète une protection pour une période déterminée. Avec l’assurance permanente, cette protection est aussi payée pour ces mêmes années, mais une partie de la prime sert en plus à préfinancer une couverture qui se poursuivra toute la vie. Le souscripteur consacre donc une partie de son épargne au financement de ces années de protection supplémentaires plutôt que de l’investir dans d’autres actifs.

Quand une assurance permanente peut avoir beaucoup de sens

Bien utilisée, l’assurance vie permanente peut constituer un outil extrêmement efficace de planification financière et successorale. Parmi les situations qui peuvent justifier son utilisation, on retrouve notamment :

Le financement d’une facture fiscale au décès

Certaines personnes savent déjà qu’un impôt important sera exigible au décès. C’est souvent le cas lorsqu’il existe des biens immobiliers fortement appréciés, un chalet familial transmis à la génération suivante ou encore une société privée. L’assurance vie crée instantanément des liquidités, évitant potentiellement une vente précipitée à un prix défavorable.

La philanthropie successorale

L’assurance permanente peut aussi faciliter un don important à un organisme de bienfaisance enregistré effectué au décès. Cela ne signifie pas forcément que l’organisme doit être bénéficiaire de la police. Dans certaines situations, il peut être plus avantageux fiscalement de transférer directement d’autres actifs, entre autres des placements non enregistrés comportant des gains en capital latents, tout en utilisant l’assurance pour préserver la valeur destinée aux héritiers et s’assurer d’avoir les liquidités nécessaires.

La planification successorale des familles disposant de surplus importants

Lorsque les besoins de retraite sont couverts et que les différents régimes enregistrés ont été maximisés, tant pour les parents que pour les héritiers, une assurance permanente peut constituer un outil complémentaire intéressant. Cette situation se rencontre particulièrement chez les familles disposant d’actifs non enregistrés importants, d’un taux marginal d’imposition élevé ou d’une société privée accumulant des surplus. Dans ces circonstances, l’assurance peut parfois contribuer à diversifier le patrimoine successoral et à améliorer l’efficacité fiscale du transfert aux générations futures.

L’égalisation successorale

Lorsque l’un des enfants reprend l’entreprise familiale tandis qu’un autre n’y participe pas, l’assurance vie peut permettre d’assurer une répartition plus équilibrée du patrimoine. La prestation peut alors servir à verser à l’héritier non impliqué dans l’entreprise une valeur équivalente à celle transmise à l’enfant qui en prend le contrôle, réduisant par ailleurs les risques de conflits successoraux.

Les pièges à éviter

L’un des risques les plus fréquents consiste à surestimer sa capacité future à payer les primes. Contrairement à une assurance temporaire relativement abordable, une police permanente représente souvent un engagement financier qui peut durer plusieurs décennies.

Une baisse des revenus, un ralentissement économique, des dépenses imprévues ou un changement d’objectifs personnels ou de carrière peuvent rendre le maintien du contrat beaucoup plus difficile que prévu.

Il convient également d’aborder avec prudence les stratégies qui présentent principalement l’assurance vie comme une source potentielle de revenu à la retraite. Certaines approches fondées sur des emprunts garantis par la police peuvent être pertinentes dans des circonstances précises, mais elles demeurent sensibles à l’évolution des taux d’intérêt, aux politiques des institutions prêteuses, aux rendements futurs ainsi qu’au cadre fiscal applicable. Une mauvaise compréhension de ces facteurs peut créer des attentes irréalistes. Ces stratégies ne devraient généralement pas constituer la principale justification d’une souscription et méritent d’être évaluées avec rigueur dans le contexte global du plan financier.

Enfin, en présence d’une société privée, la structure de détention de l’assurance doit être réfléchie avec soin, afin d’éviter de nuire à l’admissibilité future à l’exonération cumulative des gains en capital ou de devoir transférer la police par la suite.

Le bon outil pour la bonne situation

L’assurance vie temporaire et l’assurance permanente ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Ce sont simplement deux outils conçus pour répondre à des objectifs différents.

L’assurance temporaire excelle lorsqu’il s’agit de protéger un besoin qui disparaîtra éventuellement, tandis que l’assurance permanente peut devenir extrêmement efficace quand l’objectif consiste à financer une obligation successorale ou à optimiser la transmission de patrimoine.

La véritable question n’est pas de savoir quel produit est supérieur, mais plutôt quelle solution s’intègre le mieux à la situation de chacun. En planification financière, la cohérence avec l’ensemble du plan importe davantage que le choix d’un produit isolé. Une assurance adaptée à ses objectifs peut être un outil remarquable; une assurance mal alignée sur ses besoins risque de devenir une source de contraintes inutiles.

Jean-Hubert Grenier, CIM, conseiller en gestion de patrimoine et gestionnaire de portefeuille.

rêver

Gérer le consentement