Dans cet article, Julie Bédard s’appuie sur l’expertise de Philippe Côté, vice-président principal et directeur de pratique nationale chez BFL CANADA, pour mettre en lumière ce contraste et expliquer pourquoi ce segment résiste là où d’autres se durcissent.
Contrairement à des marchés plus volatils, comme la cyberassurance ou l’assurance administrateurs et dirigeants (D&O), l’assurance vols et détournements demeure durablement souple, caractérisée par une fréquence élevée de sinistres de faible gravité. Puisque ces réclamations mettent rarement en péril l’ensemble du portefeuille, les assureurs parviennent à maintenir leur rentabilité tout en conservant des taux bas.
Par ailleurs, l’assurance vols et détournements est rarement au cœur d’un placement d’assurance commerciale. Elle est souvent considérée comme une garantie complémentaire ou un produit de vente croisée rapide, fréquemment regroupée avec des polices D&O ou de responsabilité des pratiques d’emploi. De nombreuses entreprises disposent également de sous-limites modestes (entre 25 000 $ et 50 000 $) intégrées à leurs programmes généraux d’assurance de biens et responsabilité civile. Ce positionnement comme police « accessoire » contribue à maintenir le produit abordable et accessible.
Des risques en mutation : ingénierie sociale et fraude
Cette apparente stabilité ne doit toutefois pas masquer l’évolution rapide des risques, notamment l’augmentation de la fréquence et de la gravité des fraudes par ingénierie sociale et usurpation d’identité de fournisseurs. En réponse, les souscripteurs portent une attention plus soutenue aux libellés des polices, notamment aux « exigences de rappel » (procédures de vérification des modifications de paiement) et aux distinctions entre les différents scénarios d’imitation. Malgré ces ajustements, le marché ne connaît ni retrait coordonné ni hausse marquée des prix, comme c’est le cas dans d’autres segments spécialisés.
L’importance du rôle des courtiers
Cette dynamique représente une arme à double tranchant pour les courtiers. D’un côté, la souplesse du marché permet de structurer des programmes autonomes solides avec des limites plus élevées. De l’autre, elle comporte le risque que cette garantie, facilement ajoutée à d’autres polices, devienne un simple élément à cocher plutôt qu’un véritable outil de gestion de risques. Cette approche peut exposer de nombreuses petites et moyennes entreprises qui sous-estiment leur vulnérabilité, croyant à tort que de faibles sous-limites suffisent.
Les courtiers qui se démarquent sont donc ceux qui posent les bonnes questions, notamment sur les contrôles internes, la séparation des tâches, les processus de paiement et la gestion des fournisseurs.
La leçon pour les entreprises est claire : la conjoncture est propice à la souscription d’une couverture complète contre les vols et les détournements allant au-delà des sous-limites « accessoires » des programmes généraux. Combinée au renforcement des contrôles internes, cette approche permet de se prémunir contre des crimes de plus en plus complexes, à un coût qui demeure relativement faible.