LE TOURISME TATOUÉ SUR LE CŒUR
Geneviève Cantin a donc tour à tour œuvré au sein d’organismes de promotion touristique ainsi que dans la fonction publique, avant d’ajouter à son arc la corde politique comme directrice de cabinet de Geneviève Guilbault pendant deux ans. « Lorsque le poste de PDG de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec s’est retrouvé vacant en 2024, j’y ai donc vu l’aboutissement logique à mon parcours. C’était l’occasion rêvée de mettre davantage mes compétences au service de la collectivité en les mariant à ma passion. »
Fille d’une avocate et d’un directeur des communications, Geneviève Cantin a jumelé une attestation d’études collégiales en communication à un baccalauréat en droit en vue d’être journaliste juridique. « En fin de compte, mon cheminement a été tout autre, d’abord au gouvernement fédéral, puis au volet commandites du Festival d’été pendant deux éditions ainsi que dans l’organisation du Carnaval de Québec, notamment comme cheffe du protocole responsable de l’accueil des dignitaires étrangers, en plus de participer à des missions internationales. J’ai travaillé comme conseillère au ministère du Tourisme dès 2013, j’y étais directrice lorsque j’ai été embauchée en 2021 par l’organisme Destination Québec cité, après quoi je suis passée au cabinet de Mme Guilbault en 2022.
Cette expérience était le chaînon manquant qui me donnait la légitimité requise pour aspirer aux fonctions que j’occupe depuis le 27 mai 2024. En effet, j’y ai appris les rouages décisionnels, un monde complémentaire à celui du fonctionnement de l’État. Je me sentais donc très bien outillée pour relever cet emballant défi, car mis à part mon désir de servir, je ne franchis jamais une nouvelle étape sans m’assurer que la marche est assez solide. Étant une femme de réseaux, l’Alliance correspondait parfaitement à mes valeurs, car sa création est issue de la fusion de trois organismes. Il ne faut jamais sous-estimer l’importance du réseautage et de la collaboration, ce qu’on appelle la coopétition, et faire preuve de respect en toute circonstance. »
UNE PRISE EN CHARGE DE L’INDUSTRIE TOURISTIQUE PAR SES MEMBRES
L’Alliance de l’industrie touristique du Québec est née en 2016 de la fusion de trois organisations : le réseau des associations touristiques régionales (ATR) représentant 21 régions, les associations touristiques sectorielles (ATS), qui se spécialisent dans le développement de leur produit ou secteur touristique respectif, et l’Association québécoise de l’industrie touristique (AQIT). Quelque 12 000 entreprises touristiques en sont membres, soit la moitié du total provincial, un secteur de l’économie qui assure le gagne-pain de quelque 420 000 personnes. Le mandat de l’Alliance comporte deux volets : dans un premier temps, mousser, au nom du gouvernement, les attraits touristiques du Québec sur la scène internationale afin d’attirer le plus de visiteurs étrangers ; en second lieu, représenter et défendre les intérêts des entreprises touristiques afin qu’elles soient profitables. « Ce double rôle fait de notre regroupement d’affaires une entité unique au Canada, explique Mme Cantin, car nous nous occupons à la fois de représentation et de promotion, ce qui s’effectue séparément ailleurs. »

© Marjorie Roy, Optique Photo

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UNE PART IMPORTANTE DE NOTRE ÉCONOMIE
D’ici l’an prochain, l’objectif de l’Alliance est de hausser à cinq milliards de dollars par année la dépense touristique étrangère, qui se chiffrait à 4,1 milliards en 2023 sans compter les deux milliards provenant des visiteurs ontariens. « Cela en fait le quatrième produit québécois d’exportation après l’aéronautique, l’aluminium et le minerai de fer, précise la PDG. Au total, en incluant le tourisme intérieur, notre industrie génère quelque 14 milliards de dollars par année. Nous vendons la nature, le tourisme gourmand, l’hiver, la motoneige, l’aventure, le vélo, la pêche, le ski, les événements et attractions, et quoi d’autre encore, nous faisons rêver le voyageur. On lui vante la différence du Québec, sa couleur européenne au cœur de l’Amérique. Et justement, de ce quatre milliards hors Canada, les États-Unis en représentent la moitié. »
L’INCERTITUDE AU SUD DE LA FRONTIÈRE…
Depuis que le contexte des tarifs douaniers distille de l’incertitude dans l’actualité, l’Alliance a commandé un sondage visant à connaître les intentions de voyage des Québécois aux É.-U. Les résultats ont révélé que la moitié des habitués ont décidé d’annuler en 2025, et qu’une autre moitié de ce nombre avait choisi de rester au Québec. « Pour nos voisins du Sud, cela représente un manque à gagner de trois milliards de dollars étant donné que les touristes québécois en dépensent bon an mal an le double, commente Geneviève Cantin. Même si nous n’avons pas noté d’annulations de la part des Américains, nous les avons relancés pour leur expliquer que nous comprenons que les décisions de leur président n’engagent que lui seul ainsi que son administration. Comme ce marché est prioritaire pour le Québec, nos messages publicitaires leur rappellent donc que notre touche européenne n’est qu’à cinq heures de route, sans décalage horaire, et à 30 % de rabais en raison d’un taux de change avantageux. »
GUIDE MICHELIN : UNE PREMIÈRE CANADIENNE
Le 15 mai dernier, le Guide Michelin a dévoilé sa liste des établissements étoilés à l’échelle du Québec, neuf au total. Et c’est la capitale qui s’est particulièrement distinguée avec cinq récipiendaires, Tanière3 étant le seul à avoir mérité 2 étoiles, à l’instar de quelque 500 autres adresses dans le monde. Les quatre autres étoilés sont les restaurants Légende, Kebec Club privé, Arvi et le Laurie Raphaël. Trois restos montréalais et un de Rimouski se sont aussi vu attribuer une étoile. « Le Guide Michelin Québec constitue une première canadienne puisque l’ensemble de la province est considéré et non pas seulement des villes, comme le sont Toronto et Vancouver, se réjouit Mme Cantin. L’entrée en scène du Guide est le résultat du travail acharné d’un ensemble de partenaires. Les retombées positives pour l’industrie touristique québécoise sont assurées, d’abord grâce au rayonnement mondial qui en découle, et ensuite pour la crédibilité que cela apporte à la destination, car le tourisme gourmand arrive au second rang des atouts qu’apprécient les visiteurs chez nous. C’est vraiment une excellente nouvelle ! »
TRAVAILLEURS ÉTRANGERS TEMPORAIRES : UN ENJEU PRÉOCCUPANT
Comme dans bien d’autres secteurs de l’économie, les entreprises touristiques sont aux prises avec la rareté de la main-d’œuvre. Ce phénomène s’est amplifié depuis que le gouvernement fédéral a réduit en septembre 2024 de 30 % à 10 % la proportion de travailleurs étrangers temporaires par rapport à l’effectif total des entreprises canadiennes. « Partout au Québec, des employeurs devront ainsi congédier les travailleurs excédentaires, déplore Mme Cantin. Ils sont pourtant compétents, parlent français, sont intégrés depuis plusieurs années et contribuent à l’économie touristique. Pourquoi nous priver de leur expertise ? À l’Alliance, nous comprenons la problématique des demandeurs d’asile, mais nous croyons qu’il devrait y avoir une exemption pour celles et ceux bénéficiant de droits acquis, d’autant plus que les postes concernés comportent des salaires plus modestes et sont souvent boudés par les Québécois. Or, leurs collègues temporaires du secteur de l’agriculture sont épargnés, même s’il s’agit aussi d’employés saisonniers. Chose certaine, l’impact sera visible dès cet été. »
Au terme d’une année à la tête de l’organisme, Geneviève Cantin, forte de son bagage pluridisciplinaire, entend continuer à contribuer, avec la collaboration de l’ensemble des acteurs touristiques, à faire en sorte que « cette industrie qui me passionne génère encore plus de retombées positives pour le Québec ».


