Recherche

Le jeu des générations

Imaginaire

24 août 2026 | Julie Marie Dorval

Le jeu des générations

© Jacques Fortin

Anthony Doyon, Mireille Bergeron, Benoît Doyon et Dave Doyon, copropriétaires

L’Imaginaire a le vent dans les voiles. L’entreprise familiale, initialement un comptoir de timbres et de monnaies d’à peine 150 pieds carrés, est aujourd’hui considérée comme le plus grand commerce de collection et de passe-temps au Canada. Rien ne laissait présager qu’un petit établissement sauvé de la faillite deviendrait une véritable référence dans son domaine.

Benoît : de l’impro au comptoir

Adolescent, Benoît Doyon rêve de devenir humoriste. Il ne saurait dire par quel hasard, mais il réussit à intégrer la ligue d’improvisation de l’Université Laval, sans être inscrit à quelconque programme. Il passe six ans à inventer des histoires et des personnages sur le vif, mais sa grande carrière sur les planches n’arrive finalement jamais. Ce détour, pourtant, se révèle une bénédiction : il lui donne le sens et l’amour du jeu qui le guideront toute sa vie durant.

En 1986, la mère de Benoît l’encourage à acheter un petit commerce de timbres et de monnaies qui a fait faillite. Le pari est très risqué : « Je ne connaissais rien aux timbres et à la monnaie. La boutique avait une superficie de 150 pieds carrés et, moi, 400 $ en poche ! », se rappelle-t-il. Mais sa mère a du flair et accepte de lui prêter l’argent nécessaire pour acquérir l’entreprise située au centre commercial Laurier Québec. Il la nommera Timbres et Monnaies Ste-Foy.

© Jacques Fortin

« Tout le chemin était à défricher. C’est une belle histoire, à l’image d’un téléroman ! », enchaîne-t-il en riant. Dans ce local exigu, il s’installe pour redorer la réputation du lieu et répondre aux demandes les plus farfelues de ses clients afin de ranimer leur ardeur.

À l’affût des tendances, Benoît ajoute à son offre les cartes de hockey, dont le succès dépasse largement les attentes. Le nom de l’entreprise devient alors Cartes, Timbres et Monnaies Ste-Foy. Animé par cet élan, il multiplie les univers : bandes dessinées, jeux de rôle et mangas. En peu de temps, Benoît constate que le nom de l’entreprise ne suffit plus à porter ses ambitions. L’allonger pour englober tous les univers désormais réunis dans son magasin risquerait de nuire à la clarté. En 1997, il renomme son commerce par un terme qui exprime le côté ludique, créatif et magique que partagent les passe-temps : Imaginaire.

La grande demande

Victime de son succès et faisant face aux besoins grandissants de son entreprise, Benoît demande à sa femme, Mireille, de se joindre à lui. Les membres du duo, bien que contraires, fonctionnent à merveille. Mireille, plus analytique et moins encline à se précipiter, désamorce les décisions hâtives. Combien d’agrandissements a-t-elle su refréner avant que Benoît ne se lance tête première ? L’histoire ne les compte pas, mais leur dynamique aura permis à la boutique de croître sans jamais perdre le nord.

En 2013, après une vingtaine d’années à travailler plus de 60 heures par semaine, Benoît choisit de s’offrir une retraite hâtive et de mettre son entreprise en vente. La transaction, prévue avec un acheteur externe, échoue cependant à la dernière minute et laisse place à une surprise : ses fils, Anthony et Dave, lui font la grande demande de racheter le commerce. Ils en prennent officiellement possession en 2016 et ne tardent pas à entreprendre des projets d’expansion. À ce jour, l’Imaginaire compte neuf succursales (bientôt dix) au Québec et en Ontario. Benoît ne pourrait être plus fier de l’évolution de l’entreprise : « J’ai réussi l’agrandissement du commerce à 28 000 pieds carrés, mais je n’aurais jamais pensé avoir neuf autres commerces ! », relate-t-il.

© Jacques Fortin
Dave Doyon, copropriétaire

Dave : de ville en ville

Quand Dave se joint à l’actionnariat en 2016, il connaît déjà la maison, car il y travaille depuis une décennie comme gérant. La reprise ne l’intimide donc pas. À ce moment, l’entreprise ne compte qu’une seule boutique. Reprendre les rênes aujourd’hui aurait été une tout autre affaire. « Par chance, Mireille et Benoît nous ont tout montré ! », confie Dave.

L’un des grands chantiers des dix dernières années consiste à structurer ce qui, sous la direction de Benoît, reposait largement sur son instinct et sa présence constante. L’entreprise se dote d’équipes dans chaque succursale, capables de maintenir un même niveau de service, peu importe la ville, un jeu qui, désormais, se joue en passes plutôt qu’en solo. « On a repris une boutique gérée par le paternel qui faisait tourner tous les ballons sur son nez. Maintenant, on a plusieurs centaines d’employés, et personne ne jongle seul avec tous les ballons », illustre Dave.

Cette croissance apporte son lot d’avantages concrets : un pouvoir d’achat élargi, des ententes favorables avec les fournisseurs et un accès direct aux produits les plus rares. L’Imaginaire ne se limite pas aux ventes vedettes et mise sur des créneaux délaissés par les détaillants de grande surface. Les univers spécialisés, qui font palpiter une poignée de passionnés plutôt que les foules, y trouvent aussi leur place.

L’Imaginaire se démarque également de ses concurrents par l’expérience de magasinage offerte dans ses différentes boutiques et par son équipe dynamique. Plutôt que de s’entourer uniquement d’experts de vente, l’entreprise engage des passionnés qui savent transmettre leur enthousiasme. Leur présence contribue à mettre en valeur une multitude d’univers spécialisés sous un même toit, une richesse renforcée par le design coloré des magasins et leurs espaces thématiques.

© Jacques Fortin
Anthony Doyon, copropriétaire

Anthony : la croissance s’accélère

Pour Anthony, l’avenir semble encore plus prometteur à grande échelle. Avec Dave, il vise à doubler le nombre de succursales d’ici cinq ans, poursuivant la croissance de l’Imaginaire au Québec et en Ontario, tout en envisageant une première implantation dans les Maritimes. Chaque nouveau marché s’accompagne d’un cortège de défis, comme les normes différentes, une clientèle aux attentes propres et une approche à réinventer, mais Anthony se confiant pour le futur, convaincu d’avoir tiré de précieux apprentissages de ses expériences des dernières années. « L’ouverture à Ottawa nous a exposés aux normes du travail ontariennes et, forcément, au bilinguisme. Cette étape nous a donné un avant-goût de Toronto. On est meilleurs qu’avant. Heureusement, remarque ! », lance Anthony dans un éclat de rire. La prochaine succursale de Toronto deviendra également une vitrine pour des fournisseurs internationaux jusqu’ici habitués à n’y voir qu’un acteur régional : « On va passer à un autre niveau », anticipe Anthony.

© Jacques Fortin

Une autre frontière, selon lui, sera moins géographique que catégorielle : elle conduira vers la cour des tout-petits. L’Imaginaire a choisi de diversifier son inventaire de produits destinés aux jeunes enfants, une clientèle auparavant moins ciblée par l’entreprise. La fermeture de grandes enseignes de jouets crée une possibilité de marché dont l’Imaginaire profitera. Cette offre sera mise à l’honneur dans deux nouvelles succursales qui ouvriront leurs portes au cours des prochains mois : une boutique de 16 000 pieds carrés au Centre Eaton de Montréal en octobre 2026 et une autre de 30 000 pieds carrés aux Galeries de la Capitale de Québec en avril 2027.

Dans une succursale ou dans une autre, le client, peu importe son âge ou ses habitudes de fréquentation, ne finit jamais de découvrir l’Imaginaire. Ses 500 nouveautés hebdomadaires gardent l’enchantement intact, et la hâte d’y revenir, bien ardente. « Ce qui distinguera toujours l’entreprise d’un simple site Web, insiste Anthony, c’est cette volonté de surprendre sans relâche : les efforts qu’on déploie pour dénicher des produits inédits, mais surtout les passionnés derrière les comptoirs, qui vous font entrer dans leur univers et vous donnent envie de l’explorer. » C’est peut-être aussi son invitation à ne jamais perdre son cœur d’enfant, cette part de soi qui sait encore s’évader, s’émerveiller et goûter pleinement à la joie.

Pour en savoir davantage :

Imaginaire
2740, boulevard Laurier, Québec
Québec · Lévis · Sherbrooke · Trois-Rivières · Chicoutimi
St-Bruno-de-Montarville · Laval · Ottawa · Pointe-Claire
418 658-5639 | [email protected]
imaginaire.com

rêver

Gérer le consentement