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Les besoins et les difficultés des élèves doués

5 octobre 2026 | Nathalie Roy - Enseignante au primaire à la retraite

Les besoins et les difficultés des élèves doués

À la suite d’une formation suivie à l’UQTR, j’ai eu l’occasion de travailler comme enseignante-ressource en douance au sein de mon centre de services scolaire. Cette expérience, combinée à la formation reçue, m’a permis d’accompagner des élèves aux différents profils et d’approfondir mes connaissances dans ce domaine. Je me permets donc de vous faire part de quelques notions et réflexions tirées de cette pratique.

Voici la suite de la chronique « Mon enfant est-il doué ? » du magazine d’avril dernier.

Avant de poursuivre, permettez-moi de préciser quelques termes utilisés pour parler de la douance. Les expressions « haut potentiel » et « haut potentiel intellectuel » sont généralement désignées par les sigles HP et HPI. Lorsque le quotient intellectuel (QI) dépasse 140, l’appellation « très haut potentiel intellectuel » (THPI) est d’ordinaire utilisée. En France, les personnes à haut potentiel sont également surnommées « zèbres », tandis que dans le monde anglophone, elles sont plutôt qualifiées de « gifted ».

Sur l’échelle de Wechsler, qui mesure le quotient intellectuel, un haut potentiel intellectuel correspond à un score de 120-130, supérieur à la moyenne située autour de 100. Si cette échelle est représentée horizontalement, plus le déplacement sur cette dite échelle s’effectue vers la droite, plus le QI est élevé et plus le potentiel intellectuel est important. À l’inverse, plus le déplacement s’effectue vers la gauche, plus le QI est inférieur à la moyenne et plus le déficit intellectuel est grand.

Ainsi, les personnes ayant un haut potentiel se trouvent aussi éloignées de la moyenne que celles présentant une déficience intellectuelle, mais à l’extrémité opposée de l’échelle. Or, plus une personne s’éloigne de la moyenne, plus ses besoins particuliers risquent d’être considérables. Donc, les élèves à haut potentiel peuvent avoir des besoins aussi importants que ceux des élèves ayant un QI très faible. Leurs besoins sont différents, mais ils méritent tout autant d’être reconnus et pris en compte afin que les enfants qui les éprouvent puissent se développer pleinement.

Les besoins

L’école a la responsabilité de répondre aux besoins de tous ses élèves. Avant même de chercher à identifier une éventuelle douance chez quelqu’un, il est essentiel d’observer ses besoins et de s’assurer qu’ils sont considérés.

Les élèves à haut potentiel ressentent, majoritairement, un grand besoin de comprendre les choses. C’est pourquoi ils posent de nombreuses questions. Cette curiosité explique aussi leur tendance à argumenter et à remettre certaines affirmations en question. Ils ne veulent pas s’obstiner ; ils sont plutôt en quête de sens. Ils ne cherchent généralement pas à contredire ou à provoquer. En réalité, ils tentent de mieux comprendre ce qu’ils apprennent et de lui donner un sens.

Un enfant doué possède également une soif d’apprendre presque inépuisable. Il a besoin d’être stimulé intellectuellement, de sentir qu’il progresse et de voir ses efforts reconnus, comme les autres élèves.

Après tout, la valorisation est un besoin essentiel. Qui n’apprécie pas de voir ses réussites reconnues au travail comme dans ses projets personnels ?

Cet enfant demande aussi à être occupé et à pouvoir avancer à un rythme qui lui convient, c’est-à-dire de façon soutenue. Comme son traitement de l’information est souvent très rapide, les activités répétitives ou trop simples peuvent devenir source d’ennui. Son cerveau est comparé à une voiture de Formule 1 : les idées s’enchaînent à grande vitesse, ce qui lui permet de faire rapidement des liens, mais peut, en revanche, lui donner l’impression d’attendre les autres ou de manquer de défis.

Les difficultés possibles

Saviez-vous qu’un élève doué peut :

  • avoir une difficulté d’apprentissage ?
  • avoir un diagnostic de TSA (trouble du spectre de l’autisme) ?
  • avoir des notes sous la moyenne ?

En effet, un élève peut très bien présenter une douance tout en éprouvant, par exemple, des difficultés en français. Celles-ci peuvent être liées à un trouble comme la dyslexie, la dysorthographie ou autre. Un élève peut en outre avoir reçu un diagnostic de trouble de santé mentale, tel qu’un trouble anxieux ou de TDAH, de trouble du comportement ou d’une autre condition.

Lorsque la douance est associée à un autre trouble ou à une difficulté particulière, les élèves à haut potentiel possèdent une double spécificité. Les termes « twice » ou « 2E », qui signifient « doublement exceptionnel », sont alors utilisés pour les désigner.

La sous-performance

J’ai très souvent entendu des enseignants dire qu’un de leurs élèves était très intelligent, mais que son rendement ne correspondait pas à ses capacités, faute d’efforts suffisants. Je ne parle pas ici de difficultés d’apprentissage, mais uniquement de notes faibles.

En fouillant un peu, il serait sûrement possible de trouver un élève qui ne s’intéresse pas à la matière ou qui a complètement décroché à force de s’ennuyer. Bien que ce phénomène puisse se manifester au primaire, il s’observe surtout au secondaire. Ces élèves, souvent totalement désabusés par le système, attendent d’avoir l’âge nécessaire pour décrocher de l’école. Le plus regrettable dans cette situation demeure le potentiel qui n’a pas trouvé sa place à l’école : avec la liberté d’avancer à leur propre rythme, ces jeunes auraient pu accomplir de grandes choses.

Que faire pour mieux accompagner les élèves doués ? La prochaine chronique portera sur des pistes de solutions adaptées à leurs principaux besoins.

Pour terminer, voici une analogie que j’aimais bien utiliser dans mes formations.

Imaginez avoir six heures de route à faire et vous retrouver coincé dans un dense bouchon de circulation dès le départ ! Assis, en silence, dans l’attente, avec pour seule chose à faire… attendre encore et encore.

Le pire, c’est de savoir qu’il vous faudra revivre cette même situation cinq jours par semaine, sans avoir d’autre choix. N’auriez-vous pas envie de prendre votre cellulaire pour appeler quelqu’un, vous occuper ou avancer dans votre travail plutôt que de perdre tout ce temps à attendre ? Pourtant, cela vous est interdit !

Il en va de même pour l’élève qui a déjà tout compris de la matière enseignée, mais n’a pas le droit de parler, de se lever, ni de faire autre chose que de laisser le temps passer. Chaque jour, il se sent coincé dans une situation qui lui donne l’impression de ne pas avancer.

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