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Les cliniques Böca

18 juin 2024 | Gilles Levasseur

Les cliniques Böca

Dr Jason Battah, D.M.D.

Pendant 12 saisons, la télésérie estivale la petite séduction a fait le tour du Québec alors que chaque semaine, un village tentait de séduire un artiste québécois en vantant ses attraits. Après une décennie de réflexion, le dentiste Jason Battah a appliqué il y a deux ans ce concept au domaine de la dentisterie en créant le réseau des cliniques Böca (bouche en espagnol), initiative visant à accroître l’accessibilité aux soins dentaires dans l’axe Montmagny-Gaspé.

LA PETITE SÉDUCTION, VERSION SOINS DENTAIRES

L’idée est simple : offrir à la relève une formule de présence en région à temps partiel ou en rotation. « Nombre de diplômés sont attirés par une pratique hors des grands centres, mais sans nécessairement vouloir s’y établir, résume Dr Battah, d’où l’intéressant compromis que nous leur proposons. L’objectif ultime est de promouvoir l’engagement envers notre profession et surtout de desservir adéquatement la population. » Les résultats sont déjà au rendez-vous.

Louise Côté, assistante dentaire; Jonathan McKnight, de la compagnie Henry Schein; Guylaine Guimont, H.D.; Dr Jason Battah, D.M.D.; Dre Évelyne Blais, D.M.D.; Dr Jean-Philippe Levesque, D.M.D.; Dre Laura Picard, D.M.D.; Dr Jean-Pierre Bouffard, D.M.D.; Joffrey Depres, gestionnaire des cliniques; Marie Noël, relationniste des cliniques, et Maude Baillargeon, assistante dentaire.
© Marie-Pierre Ferland, Zazoom Photo

En matière de soins dentaires, la situation est particulièrement préoccupante dans l’axe de l’Est, au sud du Saint-Laurent. En tenant compte des départs imminents à la retraite, la charge professionnelle d’un dentiste, qui comporte habituellement une moyenne se situant entre 1500 et 2000 patients, excède
largement 4000 dossiers, d’où des fermetures précipitées, les ressources étant souvent à bout de souffle. En 2017, ce ratio s’établissait à environ 3400 patients par dentiste dans cette vaste région, preuve de la détérioration de l’accessibilité. En considérant les départs prévus à la retraite des dentistes au cours des prochaines années, cette proportion passera probablement la barre des 6000 patients/dentiste, une réalité qui n’est pas tenable. La plupart des cliniques n’acceptent donc plus de nouveaux patients, et il est fréquent que l’on doive rouler de longues heures rien que pour un nettoyage ou une simple obturation.

À défaut de quoi il faut vraiment s’armer de patience, car l’attente peut s’allonger jusqu’à 18 mois avant une consultation. « Poussé par ce constat de déséquilibre dans l’offre de soins et mon engagement envers ma profession, je me suis donc demandé comment je pouvais contribuer concrètement à résoudre les problèmes, explique le Dr Jason Battah, bien connu dans la région de Québec dans le domaine de l’implantologie. Le Regroupement des cliniques Böca est certes tout jeune, mais je pense qu’il constitue un pas dans la bonne direction, car jusqu’à maintenant, la plupart des incitatifs visant à attirer la relève en région dans le domaine de la médecine dentaire n’ont guère porté fruit. » L’Association des chirurgiens-dentistes du Québec, l'Ordre des dentistes, Dentistes Propriétaires du Québec et même le ministère de la Santé ont tenté au fil des ans de conscientiser la population et d’inciter les nouveaux diplômés à s'enraciner en région. « L’ennui, ajoute le dentiste, c’est que pour un jeune professionnel n’étant pas natif d'une région, ce genre de dépaysement représente une grosse bouchée en matière de changement. »

Jonathan McKnight, de la compagnie Henry Schein; Dr Jean-Philippe Levesque, D.M.D.; Elisabeth Nadeau, H.D.; Dr Jason Battah, D.M.D.; Joffrey Depres, gestionnaire des cliniques; Marie Noël, relationniste des cliniques, et Maude Baillargeon, assistante dentaire.
© Marjorie Roy, Optique Photo

UNE PRATIQUE À TEMPS PARTAGÉ

De concert avec des cliniques partenaires , l’objectif est de recruter de jeunes professionnels en leur proposant une pratique partagée entre un grand centre — incidemment Québec/Lévis — et une localité régionale, selon une fréquence de deux semaines par mois en alternance, l’hébergement étant assuré par le regroupement en plus d’une prime à la rémunération. « Nous espérons qu’un certain nombre d’adhérents à notre formule, en vivant les deux réalités géographiques, trouveront finalement leur compte dans une région pour son cadre de vie différent et ses avantages particuliers, car l’expérience directe vient souvent à bout des préjugés les plus tenaces, affirme Dr Battah. Toutefois, un tel écosystème nécessite l’implication de plusieurs cliniques, qui sont appelées à fonctionner comme des succursales d’une seule entité, avec des professionnels animés d’une mission sociale et conscients des enjeux qui la sous-tendent. J’imagine, par exemple, un patient de Mont-Joli en situation d’urgence dentaire, qui accédera en ligne au portail du réseau, et qui se verra offrir diverses possibilités de consultation rapide dans quelques points de service. Il s’agit d’une toute nouvelle vision des choses, car traditionnellement, chaque clinique s’affaire à maximiser ses activités et sa rentabilité, alors que notre modèle intégré vise avant tout la rapidité du soin et l’accessibilité sur un territoire plus étendu. Le patient d’abord ! »

Dr Jason Battah, D.M.D.; Dre Évelyne Blais, D.M.D.;
Dr Jean-Philippe Levesque, D.M.D.; Dre Laura Picard, D.M.D., et Dr Jean-Pierre Bouffard, D.M.D.
© Marie-Pierre Ferland, Zazoom Photo

DES RÉSULTATS CONCRETS

L’année dernière, le regroupement a débuté avec deux cliniques participantes, l’une à Lévis et l’autre à Matane. Deux jeunes dentistes de la cohorte 2023, les Drs Maxime- Olivier Lavigne et Jean-Philippe Levesque, y assurent une pratique partagée. « Fait à noter, raconte Dr Battah, la clinique de Matane était à vendre depuis sept ans, et son propriétaire s’apprêtait à fermer boutique faute d’avoir pu, malgré tous ses efforts, trouver quelqu’un pour assurer la relève. Heureusement, l’histoire s’est bien terminée, et ses 4000 dossiers ne se sont pas retrouvés orphelins du jour au lendemain, ce qui représentait un premier résultat tangible et encourageant. » Par ailleurs, deux nouvelles dentistes, les Dres Évelyne Blais et Laura Picard, ont été recrutées cette année, ce qui a permis d’élaborer un horaire avec d’autres cliniques partenaires à Amqui, Rivière-du-Loup et Montmagny, tandis que des discussions sont en cours avec un dentiste-propriétaire de Chandler. « Même si nous sommes encore à structurer l’équipe et consolider le réseau de partenaires, poursuit Dr Battah, l’objectif à moyen terme est de recruter suffisamment de professionnels pour assurer une relève et une pérennité de soins dans au moins sept ou huit points de services jusqu’en Gaspésie. »

MENTORAT ET PARTENARIAT

Le principe des cliniques Böca comporte aussi des avantages en termes de formation et de mentorat. « Nos dentistes partenaires sont des professionnels très expérimentés qui agissent comme mentors auprès de nos jeunes, précise Jason Battah. Cet encadrement représente pour eux un intérêt supplémentaire à se joindre à l’équipe. Je comprends parfaitement leur situation, car j’ai moi-même bénéficié énormément du mentorat de la part de plusieurs dentistes au début de ma carrière, et j’ai envie de redonner au suivant, non pas dans un environnement isolé, mais à une échelle régionale, pour le bien d’un plus grand nombre de patients. » Selon lui, cette démarche se veut un appel au ralliement des troupes et au partenariat entre professionnels en vue d’identifier et mettre en place des solutions concrètes. Par exemple, pour continuer à faciliter l’intégration des jeunes professionnels en région et l’accessibilité des soins pour le patient, le dentiste aura besoin, dans les mois à venir, de l'appui de différentes instances gouvernementales, notamment en ce qui a trait aux incitatifs financiers à mettre en place pour compenser les déplacements des patients et des professionnels dans un secteur privé de la santé. « En effet, poursuit-il, s’il est permis d’espérer que plusieurs dentistes de la relève choisiront de s’établir en région après s’y être apprivoisés à temps partiel, il est aussi logique de prévoir que d’autres se limiteront à leur entente de quelques années. Le recrutement devra donc s’effectuer sur une base permanente jusqu’à ce qu’on trouve un titulaire pour chaque site. L’important, c’est que notre initiative suscite une prise de conscience collective quant aux besoins en soins dentaires dans les régions éloignées. »

LE PATIENT AVANT TOUT

Si ce projet s’avère très stimulant pour son principal promoteur, ce dernier se place toujours en retrait derrière ses véritables objectifs. « L’essentiel demeure la collaboration entre les dentistes afin de faciliter l’intégration de jeunes de la relève au sein du regroupement pour amoindrir les problèmes d’accessibilité en région, insiste-t-il, ainsi que le mentorat dont ils bénéficieront lors de leurs premières années de pratique. Bref, tout le monde y gagne, surtout la population, qui demeurera toujours notre raison d’être. »

Pour en savoir davantage :

809, route des Rivières, local 205, Lévis 6750, boul. Guillaume-Couture, local 206

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