À elle seule, la contribution de Charles Baillairgé est considérable. Que serait notre Vieux-Québec sans sa terrasse Dufferin, son hôtel Clarendon, la belle maison de la famille De Koninck ou sa vieille Université Laval, qui deviendra, à l’automne de 2026, le NAT, notre nouveau Musée national de l’histoire du Québec ? Dans la grande région de Québec, Baillairgé fut le concepteur de près de 200 édifices.
Charles Baillairgé naquit dans le Vieux-Québec en 1826 et y mourut en 1906, à l’âge de 79 ans. Qu’il trouva longues et ennuyeuses ses études au Petit Séminaire ! Dès son enfance, il fut passionné par les sciences, les techniques et la mécanique. À 17 ans, avec un camarade, il conçut et fabriqua une voiture qui se déplaçait par elle-même, sans l’aide d’un cheval ! Selon certains historiens, ce fut « la première automobile d’Amérique du Nord ». Mais son moteur à vapeur à deux cylindres était si bruyant qu’il effrayait les chevaux et terrorisait les piétons. Les autorités bannirent donc l’infernale machine.
C’est rue Ferland, dans l’atelier du réputé architecte Thomas Baillairgé, un cousin de son père, que Charles apprit son métier. Dès ses premières réalisations architecturales, des gens considérèrent que le jeune homme avait dépassé le maître. C’est que, tout en empruntant aux architectures classiques grecques, romaines et gothiques, il sut innover avec les récentes architectures et techniques étatsuniennes. Parfois jugés trop avant-gardistes ou trop ambitieux, des projets de Baillairgé furent refusés. Le Parlement d’Ottawa serait tout autre aujourd’hui !

Pavillon Charles-Baillairgé, ancienne prison de Québec, Musée national des beaux-arts du Québec
Quand l’archevêque Charles-François Baillargeon se mêla de modifier un plan d’église élaboré par Baillairgé, la colère de ce dernier fut retentissante ! Pourtant, Baillairgé n’avait-il point conçu auparavant la si belle église néogothique de Sainte-Marie, en Beauce ?
Je ne relèverais pas le défi de lire les 250 articles et livres souvent volumineux que Baillairgé a rédigés. Cela tient presque de l’impossible. Ces écrits témoignent de ses multiples champs d’intérêt, qui allaient du génie civil à l’arpentage, en passant par les mathématiques et la formule prismoïdale. Leur lecture est souvent aride : Baillairgé ne fut jamais élu à l’Académie française… Ce qui ne manque pas de nous étonner est de prendre conscience que Baillairgé fut un lecteur boulimique et un auteur intarissable dans sa tapageuse maison de la rue Saint-Louis.
Lui et sa première épouse, Euphémie Duval, eurent onze enfants. Et avec sa seconde épouse, Annie Wilson, ce furent neuf enfants qui s’ajoutèrent. Christina Cameron, auteure d’une imposante biographie de Charles Baillairgé, le décrit ainsi : « Curieux, énergique, inventif, anticonformiste, infatigable, confiant, enthousiaste, honnête et plein d’humour, il pouvait aussi se montrer agressif, abrupt, ambitieux, opiniâtre, querelleur et orgueilleux. »
Malgré l’adversité, il nous laissa de précieux legs. Par les beaux jours d’été ou d’automne, assis sur les bancs confortables qu’il conçut pour la terrasse Dufferin, admirant les élégants pavillons dont il l’agrémenta, je ne puis m’empêcher de conclure : « Merci, Monsieur Baillairgé !