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Mais qui était donc ce frère de Walter Scott ?

6 juillet 2015| Jean-Marie Lebel, historien

Mais qui était donc ce frère de Walter Scott ?

Les cimetières sont des livres d’histoire qui ont beaucoup à raconter. À Québec, le vieux cimetière Saint Matthew, qui longe la rue Saint-Jean dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, constitue un pittoresque et romanesque coin de la vieille Angleterre en terre d’Amérique.



Les inscriptions gravées sur les pierres tombales rappellent la mémoire d’un bon nombre d’Anglais, d’Écossais et de Gallois venus s’établir à Québec après la Conquête de 1759. On peut encore y voir une pierre tombale qui, depuis longtemps, attire l’attention des touristes britanniques et américains. Et les guides répètent sans cesse devant celle-ci : « C’est ici que fut enterré le frère du grand Walter Scott. » Et ils ajoutent que Walter Scott avait déploré la mort de son frère en terre si lointaine. Auteur des célèbres romans historiques Ivanhoé et Quentin Durward, sir Walter Scott est pour les Écossais ce que Shakespeare est aux Anglais et Molière aux Français. Mais qui était donc l’infortuné frère de Walter Scott ? Pour enfin le savoir, nous avons consulté les biographies consacrées à Walter Scott. Et nous y avons appris que la fameuse pierre tombale renfermait bien des drames.





Le cimetière Saint Matthew. L’église abrite depuis 1980 une bibliothèque publique.- Photo : Daniel Abel





L’indolent fils d’Édimbourg



La pierre tombale de Thomas Scott ne peut échapper à tout visiteur du cimetière Saint Matthew le moindrement attentif. Elle est située près du muret de la rue Saint-Jean et c’est la première pierre que l’on aperçoit lorsque l’on entre dans le cimetière, en passant près de l’ancienne église. Cette pierre, toute britannique dans sa forme et son esprit, sera bicentenaire dans quelques années et constitue l’un des plus anciens monuments funéraires à Québec. L’inscription, qui se lit encore assez bien, nous dit que Thomas Scott fut inhumé dans ce cimetière en 1823.



Thomas Scott naquit en 1774 à Édimbourg, la capitale de l’Écosse qui, par son site et ses fortifications, a des airs de parenté avec Québec. Il faisait partie d’une famille relativement aisée de 12 enfants, dont six atteignirent l’âge adulte. Adolescent et jeune adulte, Thomas Scott était un boute-en-train et commit bien des folies de jeunesse. Walter Scott racontait que Thomas réussissait à faire rire de bon cœur leur père, pourtant un homme austère et réservé.



Mais les choses se compliquèrent quand Thomas tarda à devenir un adulte responsable et à se placer les pieds. Il succéda finalement à son père comme gestionnaire du grand domaine du marquis d’Abercorn, mais s’avéra un insouciant administrateur. Son mariage en 1799 à Elizabeth Maccullough ne le rendit guère plus sérieux. Les choses se gâtèrent quand Thomas fut accusé de détournements de fonds et que les créanciers du marquis d’Abercorn voulurent se faire payer. Walter Scott se porta financièrement au secours de son jeune frère Thomas, qui demeurait malgré tout son frère préféré. Et il savait que son frère était talentueux pour l’écriture. Des rumeurs couraient même que certains des romans de Walter Scott avaient été écrits par son frère Thomas. Ce n’était toutefois que des rumeurs.







 



L’exil



Thomas, son épouse Elizabeth et leurs enfants s’exilèrent sur l’île de Man en 1808. Le désespoir s’emparait de la famille. Ce fut en 1811 qu’un cousin d’Elizabeth, le colonel Ross, offrit à Thomas d’occuper le poste de « paiemaître » dans son 70e Régiment d’infanterie. Thomas obtint finalement le poste, ce qui ne manqua pas de surprendre bien des gens, car il n’avait jamais été reconnu comme un bon administrateur. Mais son indéfectible frère Walter et sa vieille mère avaient accepté de fournir des garanties financières. Thomas allait désormais suivre le 70e Régiment dans ses déplacements.



La guerre faisait rage entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le 70e Régiment fut dépêché en Amérique pour défendre le Canada en 1813. Mais lorsqu’en Irlande, au port de Cork, le 70e Régiment s’embarqua, Thomas fut forcé de laisser son épouse à Cork, car elle était à la veille d’accoucher. C’est donc le cœur brisé, dira-t-il, qu’il partit. De son côté, Elizabeth regretta de voir partir Thomas avec un seul bouquin, car elle savait que les discussions des officiers l’ennuyaient. « I know he can’t live without reading », se plaignit-elle à Walter Scott.





La pierre tombale de sa fille Barbara, qui mourut en 1821, à l’âge de huit ans. 





 



Voir Québec et mourir



Il semble que Thomas s’acquitta à Québec avec rectitude de ses fonctions de « paiemaître », travaillant rue Saint-Louis dans le « bureau de la solde » (cette maison est aujourd’hui appelée « maison Maillou »). Mais les choses ne furent pas toujours faciles. En 1821, sa fille Barbara mourut à huit ans, comme nous l’indique la pierre tombale. Thomas Scott décéda en février 1823. Son cercueil, d’abord placé dans le charnier du cimetière Saint Matthew, fut enterré au printemps. La veuve et les enfants survivants retournèrent en Écosse. L’un des fils avait été prénommé Walter en l’honneur du grand Walter Scott. Et ce dernier, plus tard, paya le passage aux Indes du jeune Victor.



C’est en 1979 que le diocèse anglican céda l’église et le cimetière Saint Matthew à la Ville de Québec. L’église abrite depuis 1980 une bibliothèque publique. Ce qui ne déplaît sûrement pas à Thomas Scott. 



 



 



 



 



 



 


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